Présentation du séminaire
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Le séminaire s'étend sur 3 années universitaires.
Tout en étant centré sur la France, ce séminaire fera la plus grande place à la fois aux comparaisons internationales et à l'insertion de la France dans l'Europe, et que simultanément les sciences sociales autres que l'histoire auront voix au chapitre. |
La notion de « haute technologie » s’est imposée dans l’espace public depuis les années 1960. Aujourd’hui le dictionnaire la définit comme « les moyens matériels et les organisations structurelles mettant en ½uvre les découvertes et les applications scientifiques les plus récentes », définition qui a au moins le mérite de montrer que le champ d’industries et donc de produits et de services couvert par la haute technologie est en évolution constante au cours du temps. Si elle intègre un ensemble d’éléments dont le sens est directement reliée à l’excellence technique, elle dépasse pourtant très largement ce domaine.
Intimement liée aux exigences de compétitivité voire d’indépendance nationale les hautes technologies ont pris une dimension politique et relèvent de processus de décision engageant conjointement entreprise privée et puissance publique. L’évolution de ce domaine industriel, aux contours incertains est un enjeu majeur pour l’économie française et pour l’histoire de celle-ci.
Problématique historique
L’engagement direct de l’Etat dans le champ de l’économie s’est affirmé tout particulièrement à partir de la Libération avec pour axes d’action principaux le Plan et les nationalisations. Le Plan Monnet négligea cependant les secteurs les plus susceptibles de doter la France de domaines d’excellence technologique. Face aux difficultés du temps la « reconstruction » fut certes dans une certaine mesure une « modernisation » mais elle fut dans l’incapacité d’intégrer les anticipations technologiques. Un avenir porteur de plus d’ambition n’en fut pas moins préparé grâce à la mise en place d’un ensemble de structures de recherche qui soulignent l’importance désormais accordée à ce domaine par la puissance publique. Création du CNET en 1944, de l'ONERA et du C.E.A. en 1945, de l'INRA et de l'INED en 1946.
Les secteurs évoqués révèlent une prise de conscience, cette fois concrétisée par des engagements importants, du lien existant entre maîtrise des nouvelles technologies et indépendance nationale. Recherche, nouveaux secteurs, « Big science » … il n’est pas faux d’affirmer que l’Etat prend de manière décidée le tournant des « hautes technologies » dès les années 1944-1946. Traumatisme de la défaite de 1940, révélation, à travers le déploiement américain, des enjeux réels de la puissance technologique, la concordance semble évidente …
Pourtant la césure, bien que perceptible, doit être relativisée. En remontant le temps la prise en compte de la recherche s’inscrit en effet dans une évolution bien plus profondément enracinée. Sous l’Occupation tout d’abord, avec la création de l'Institut National d'Hygiène en 1941 qui deviendra plus tard l'INSERM, de l'Office de Recherche Colonial (futur ORSTOM) en 1942, de l'IRSID en 1943, de l'Institut Français des Pétroles en 1943, sans oublier la première fondation du Centre National des Télécommunications qui intervient en mai 1944.
L’entre-deux-guerres fut également marqué par des initiatives importantes, à commencer par le processus qui, par étapes successives donnera naissance au CNRS. La création en décembre 1922 de l'Office National des Recherches Scientifiques et Industrielles et des Inventions et du Centre National de la Recherche Appliquée en avril 1938 puis les regroupements réalisés au sein du nouveau Centre National de la Recherche Scientifique en 1939 démontraient en effet que l'intérêt de l’Etat pour la science n’était pas né soudainement en 1945.
Plus en amont encore, la guerre de 1870 et surtout la Première Guerre mondiale, mirent en avant l’importance de l’équipement des armées et du poids de la « science » dans la capacité d’un pays à combattre. La Première Guerre mondiale plaça en première ligne le rôle de technologies qui, à la veille de 1914, étaient encore peu développées. L’automobile, l’aviation, la chimie, s’intègrent à l’effort de guerre, ces matériels bouleversant rapidement les formes de la guerre sans que leurs performances relatives ne soient cependant clairement mises en avant par les opinions ou les analystes. Les conséquences de l’emploi de ces “ nouvelles technologies ” ne furent d’ailleurs pas toutes tirées par les différents belligérants.
- C’est donc dans la longue durée que la prise en compte de la dimension technologique de l’indépendance nationale et de la puissance économique par la puissance publique s’est construite. Elle s’affirme au rythme des chocs du politique, des conflits et des crises, avec des périodes de forte avancée et des phases de recul ou du moins d’assoupissement.
- Mobilisation dans l’urgence entre 1914 et 1918, relâchement des années 1920, affolement peu fécond des années 1930, et redressement national au lendemain de la Libération en constituent les étapes les plus marquées.
Le contexte des années 1950 ne permit pas à cette politique de prendre toute son ampleur. Il rendit surtout bien délicate toute concrétisation industrielle significative des projets portés par les chercheurs. Le renouveau politique porté par la Cinquième République, la fin de la décolonisation, l’accélération de la croissance donnèrent un nouvel élan et apportèrent les moyens indispensables pour qu’enfin le volet « industriel » des ambitions françaises puisse se concrétiser.
Le traité de Rome sera l’aiguillon permettant d’accélérer cette dynamique. Alors que le sort de l’industrie française paraît aux yeux de certains inéluctablement funeste face à la puissance du géant allemand, la réaction sera vigoureuse. Elle permettra de réaliser, sous l’impulsion de l’Etat, les concentrations trop longtemps retardées. Elle permet également à toute une génération de hauts fonctionnaires de prendre pied dans l’entreprise. Le pantouflage n’est plus regardé avec suspicion : il est, pour un nombre croissant de hauts fonctionnaires, l’aboutissement logique d’une carrière au service de l’intérêt national. En l’espace d’une vingtaine d’années, se crée une communauté qui transcende les barrières bien établies entre public et privé. Les “ Grands Projets ” structurent cet effort ; ils s’appuient sur les grands établissements de recherche et associent les “ Champions Nationaux ”, qui défendront, à l’abri de quelques barricades, le marché national, pour mieux conquérir ensuite les marchés extérieurs. De nouveaux organismes de recherche (Centre national d'études spatiales (CNES) en décembre 1961, puis INRIA à la fin des années 1960) sont même créés pour adapter l’effort national aux mutations qui déjà s’affirment.
- Il y eut donc, sur des bases posées dès 1945 par le Gouvernement provisoire, mais réellement valorisées à partir des années 1960, l’épanouissement d’un consensus positif autour d’un projet industriel français centré sur les hautes technologies.
- Loin d’être le dernier avatar d’un colbertisme « ancestral » ou « high tech », il s’appuyait sur une ambition affirmée et assumée , sur un pacte politique et social facilité par les fruits de la croissance qui s’incarnait en la personne de figures charismatiques, capables de mobiliser, tels Pierre Marzin ou bien encore Pierre Guillaumat, hommes et énergies.
Dans le contexte bien moins favorable qui s’affirme après 1974, cet élan peine à se maintenir. Politique des “ créneaux ” élaborée par Valery Giscard d’Estaing, politique des “ filières ” et nationalisations mises en ½uvre par François Mitterrand, privatisations et “ noyaux durs ” du gouvernement Chirac au cours de la première cohabitation, diverses politiques, trop sans doute, sont appliquées avec pour objectif déclaré de maintenir une industrie française des hautes technologies dynamique et indépendante.
Principes et canevas pour un séminaire.
Les séances associeront un historien et un témoin autour d’une thématique transversale aux grands secteurs classiquement intégrés dans les industries de haute technologie.
Un universitaire invité prendra le rôle de commentateur pour élargir la réflexion. Il s’agira de la sorte de dépasser très rapidement les approches sectorielles et les logiques de métier pour comprendre de quelle manière les entreprises de haute technologie ont pu s’intégrer de manière plus large à l’histoire industrielle du pays et donc de son économie.
Le rôle de l’Etat dans cette montée en puissance des industries de Haute technologie est en France fondamental. Il sera au c½ur de la problématique de ce séminaire. Les ministères « techniques », (PTT, Transports etc …) le ministère de l’Industrie, le ministère des Finances, autant d’acteurs aux logiques parfois divergentes qui donnèrent à la politique nationale des couleurs changeantes.