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XVIIIe siècle - Page 26

Pierre-Charles Laurent de Villedeuil


Date de création
20-02-2006
Date de mise à jour
20-02-2006
Source de l'info
IGPDE
Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.

Pierre-Charles Laurent de Villedeuil

Né à Bouchain le 11 et baptisé le 12 octobre 1742.

Mort à Paris le 28 avril 1828

 

Action ministérielle

Laurent de Villedeuil fut désigné le 3 mai 1787 par Loménie de Brienne, le nouvel homme fort du gouvernement après l’échec de Calonne devant l’assemblée des notables, pour occuper les fonctions de contrôleur général des finances en remplacement de Fourqueux. Brienne, qui portait le titre de chef du Conseil des finances et résidait à l’hôtel du contrôle général à Versailles, fut de fait le véritable ministre des finances. Laurent de Villedeuil, qui habitait à l’hôtel du contrôle général à Paris, ne fut d’ailleurs autoriser à travailler avec le roi qu’en la présence de Brienne. Acceptant mal cette position subordonnée, Laurent de Villedeuil abandonna les finances au bout de quatre mois, le 28 août 1787, sur le prétexte de problèmes de santé.

Plusieurs mesures importantes virent néanmoins le jour sous son ministère destinées à remédier à la crise des finances en trouvant les moyens, d’une part d’assurer les services immédiats de la trésorerie et, d’autre part d’équilibrer durablement le déficit par l’augmentation des recettes, la réduction des dépenses et le soutien de la croissance du secteur agricole.

Le déficit

Le renvoi de Calonne et de Fourqueux ne réglait pas le problème du déficit du budget et d’une trésorerie asphyxiée par le remboursement des emprunts. Suivant les comptes remis par Calonne aux notables, les dépenses de l’année 1786 s’étaient élevées à 593 millions pour des recettes de 410 millions, soit un déficit de 183 millions. Le déficit de 1787 donna lieu à plusieurs évaluations contradictoires par Calonne et les notables comprises entre 90 et 120 millions.

Le financement de la trésorerie

Sur la promesse d’économies de 40 millions à réaliser sur les dépenses des maisons royales, le gouvernement reçut l’accord des notables pour émettre un emprunt de 6 millions d’intérêts de rentes viagères dont le taux était compris entre 8 et 10 % selon l’âge et le nombre de têtes (édit de mai 1787). Cet emprunt, qui fut enregistré par le parlement de Paris dès le 7 mai, était prévu pour fournir un capital de plus de 60 millions, réduisant ainsi le déficit à 50 millions dont 15 à 16 millions devaient s’éteindre à moyen terme.

L’augmentation des recettes

Le principal problème du ministère de Laurent de Villedeuil consistait à se procurer des ressources permanentes pour remplacer les contributions extraordinaires levées pendant la guerre d’Amérique et équilibrer durablement le budget. A cet effet, des lettres patentes du 19 mai 1787 prorogèrent pour trois années, cela à compter du 1er janvier 1788, les octrois perçus au profit du roi. Une déclaration du 4 août 1787 ordonna la perception d’un droit de timbre pour faire passer de 6 à 18 millions le produit des droits qui se percevaient sur les actes publics et frappant désormais les actes sous seing privé, les affiches, journaux, lettres de faire-part, passeports, pétitions, quittances supérieures à 24 livres, quittances de rentes sur Hôtel de ville de Paris, etc. Un édit du mois d’août 1787, révoqué dès le mois de septembre suivant, reprit enfin un autre projet de Calonne d’établir une subvention territoriale sans distinction de privilèges qui devait se substituer aux deux vingtièmes levés pendant la guerre et aux quatre sous pour livre levés en sus du premier vingtième. Rejetant le principe de l’imposition en nature de Calonne, l’édit instituant la subvention territoriale (dont le produit était estimé à 80 millions) adoptait, sur la base des critiques jadis formulées par Turgot contre l’incivisme fiscal inhérent au vingtième, le système de la répartition dans lequel chaque contribuable avait intérêt à justifier auprès des agents du fisc toute surcharge d’imposition pour en reporter le poids sur les autres contribuables.

Le contrôle des dépenses

Pour répondre aux polémiques sur le déficit et son ampleur, le gouvernement de Brienne accéda partiellement au v½u des notables d’établir un comité des finances chargé de superviser à l’avenir les recettes et les dépenses de la monarchie et d’en publier un compte-rendu annuel. Un règlement du 5 juin 1787 créa un nouveau Conseil royal des finances et du commerce dont l’entrée, contrairement à l’avis des notables, fut réservée aux seuls membres du gouvernement : le garde des sceaux, le chef du Conseil royal des finances, les ministres d’Etat, le contrôleur général et deux conseillers d’Etat. Se réunissant au moins une fois par mois, ce Conseil devait être chargé « d’assurer et de maintenir le bon ordre dans toutes les parties de l’administration » en concentrant entre ses mains toutes les opérations financières ainsi que la distribution des fonds entre les ministères.

Soutenir la croissance

Sous l’autorité de Brienne qui avait été proche de Turgot et des économistes, le ministère Laurent de Villedeuil vit passer dans la loi les textes économiques préparés par Dupont de Nemours lors du passage de Fourqueux aux finances. Le 17 juin 1787, une déclaration autorisa la liberté du commerce des grains. Elle fut suivie le 27 juin suivant par une seconde déclaration qui convertissait définitivement la corvée en une prestation en argent sur les taillables et dont le montant ne pouvait excéder le cinquième de leur quote-part de la taille.

 

L’après-ministériat

Laurent de Villedeuil fut promu au rang de conseiller d’Etat semestre le 30 août 1788. En cette qualité, il continua de siéger au Conseil royal des finances et du commerce en remplacement de Lambert, son successeur aux finances. Le 25 juillet 1788, il fut nommé pour remplacer le baron de Breteuil au secrétariat d’Etat de la maison du roi. Hostile à la convocation des États généraux, il s’opposa au projet de Necker de doubler le tiers état. Il suggéra de leur substituer une assemblée de la Nation, sans distinction d’ordres, dont les membres ne seraient pas élus mais choisis par le roi pour discuter des seules questions financières. Il démissionna après le renvoi de Necker, le 11 juillet 1789. Une semaine plus tard, il émigra en Angleterre avec sa femme et ses enfants. Au mois de mai 1792, il revint en France pour mettre sur pied le projet d’une nouvelle fuite du roi. Après la mort de Louis XVI, il émigra en Écosse. Il ne rentra en France qu’en 1814 et fut autorisé le 30 juillet 1814 à conserver son titre de ministre d’Etat. De retour en France après les Cent-Jours, il fut élu membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1816) et nommé chevalier commandeur des ordres du roi.

 

Sources et bibliographie

Il n’existe pas de biographie de Laurent de Villedeuil. Des sources et notes éparses, dont une ancienne étude d’Etienne-Arthur Leignel, Notice sur Pierre-Joseph Laurent et Pierre-Charles Laurent, marquis de Villedeuil (1742-1828), Lille, 1905, ont été rassemblées par Sylvie Nicolas dans Les derniers maîtres des requêtes de l’Ancien Régime (1771-1789), Paris, 1998. Le père de Laurent de Villedeuil est mieux connu et a fait l’objet d’une thèse dactylographiée de Louis Thibaut, Contribution à une typologie de l’entrepreneur industriel au XVIIIe siècle : le mécanicien Pierre-Joseph Laurent (1713-1773), co-fondateur de la compagnie d’Anzin et promoteur du canal souterrain de Saint-Quentin, Université Lille-III, 1974. La demeure du ministre a été étudiée par Lucien Lambeau, Deux hôtels de la place Royale, Paris, 1911.


Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances

Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances  présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.

 

Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1

Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc

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