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XVIIIe siècle - Page 3

Marc-René de Voyer de Paulmy d'Argenson


Creation Date
10-02-2006
Update time
10-02-2006
Source:
IGPDE
Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.

Marc-René de Voyer de Paulmy d’Argenson

Né à Venise le 4 novembre 1652.

Mort à Paris le 8 mai 1721.

 

Action ministérielle

La promotion du marquis d’Argenson, le 28 janvier 1718, alors âgé de soixante-sept ans, dans les fonctions de garde des sceaux et à « la direction de l’administration principale des finances » fut un véritable coup d’Etat dirigé contre la domination du « clan Noailles » dans les conseils de la polysynodie. En acceptant les sceaux, d’Argenson, connu pour son attachement aux jésuites, favorisait le revirement du Régent contre la politique religieuse du cardinal de Noailles, président du Conseil de conscience depuis 1715, qui soutenait l’opposition des magistrats gallicans et du clergé janséniste contre la bulle Unigenitus. D’autre part, en prenant les sceaux, d’Argenson obligeait le duc de Noailles, ami du chancelier d’Aguesseau, à céder la présidence du Conseil de finance au duc de La Force, un partisan de Law, laissant ainsi les coudées franches à l’établissement de son système que le Régent entendait fermement introduire en France. Saint-Simon fut d’ailleurs chargé de « faire entendre à d’Argenson d’avance le parfait concert, pour ne rien dire de plus, qu’on souhaitoit de lui dans les finances avec Law, et de corriger ce que cela pouvoir avoir d’amer par l’éclat des sceaux ».

L’action économique et financière du marquis d’Argenson est peu lisible car « lui et Law faisoient seuls les finances » avec l’aval du Régent mais sans se concerter. Par ailleurs, ils se renvoyèrent mutuellement, ainsi que leurs partisans, la responsabilité de plusieurs décisions importantes, dont l’édit du mois de mai 1718 qui ordonna une refonte très importante des espèces qui ramenait la livre tournois de 1/40e à 1/60e de marc d’argent et permettait de porter aux monnaies les anciennes espèces avec deux cinquièmes de billets d’Etat pour être converties en nouveaux écus. Fortement contestée par le parlement de Paris qui n’appréciait pas les projets de l’Écossais, cette décision eut pour principale conséquence d’associer, au moins temporairement, les intérêts de Law et du marquis d’Argenson.

 

Le soutien à Law

Il semble que d’Argenson, chargé du détail de l’administration des finances, ait immédiatement apporté son appui à Law en facilitant le développement des activités commerciales de la Compagnie d’Occident qui formait, avec la Banque générale, l’un des deux piliers du système de l’Écossais. D’Argenson mit surtout au service des projets financiers de Law son autorité de garde des sceaux et les sentiments confus de respect, de haine et de peur que suscitaient l’ancien lieutenant général de police. Au mois d’août 1718, il accepta de venir au secours de Law, directement menacé par le parlement de Paris, en tenant un lit de justice à l’issue duquel le droit de remontrances fut plus strictement limité.

 

L’opposant de Law

D’Argenson, qui acceptait mal d’être regardé comme l’exécuteur des volontés de Law, s’entoura rapidement de nombreux financiers et traitants hostiles à l’Écossais, dont Crozat, Thelusson et les frères Pâris dont il sollicitait des mémoires qu’il transmettait ensuite au Régent. Les partisans de Law virent alors en d’Argenson l’âme de ce qu’ils appelèrent « l’Anti-Système », c’est à dire de man½uvres destinées à contrarier les projets de Law, notamment une opérations sur les fermes générales. Par un édit du mois d’octobre 1718, les fermes générales, dont le bail avait été adjugé aux frères Pâris sous le nom d’Aymard Lambert, un valet de chambre du marquis d’Argenson, furent en effet réformées sur le modèle de la Compagnie d’Occident. Elles furent alors constitués en une société au capital de 100 millions de livres divisé en actions payables en billets de l’Etat et en anciens contrats de rentes sur les impositions. Mais à la différence du système, qui entendait consolider le cours des billets de l’Etat par le soutien de la croissance économique, cette compagnie ne faisait que reprendre les procédés classiques d’une conversion d’anciennes créances en contrats de rentes assignés sur les revenus fiscaux. Cette société, dont les revenus étaient beaucoup plus importants que la rente de 4 millions accordée à la Compagnie d’Occident, menaçait de faire ombrage au système de Law. Elle disparut au mois d’août 1719, lorsque la Compagnie des Indes réussit à faire casser le bail Lambert à son profit.

 

La dîme royale

Il semble que d’Argenson se soit beaucoup préoccupé de la fiscalité. Selon certains auteurs, il serait à l’origine d’une décision du mois de septembre 1719 supprimant de nombreux offices dont les revenus provenaient de divers droits qui se percevaient sur les consommations dans la capitale. D’Argenson est surtout connu pour avoir tenté, après le duc de Noailles, une nouvelle réforme de la fiscalité, la dîme royale. Convaincu de l’impossibilité d’établir un cadastre en France, d’Argenson, qui s’inspirait des écrits de Vauban, voulait simplifier le problème de la répartition de l’impôt sur les taillables par le prélèvement en nature d’un dixième des produits de la terre et par une redevance en argent sur les revenus du bétail, de l’industrie et du commerce. Trois jours à peine après sa nomination à la tête des finances, il autorisa, par un arrêt du Conseil du 31 janvier 1718, un essai à titre expérimental cette nouvelle taille dans plusieurs paroisses de l’élection de Niort puis de la généralité de La Rochelle (20 juin 1718) et enfin de l’élection de Pont-L’Evêque (7 avril 1719). Cette réforme, comme plus tard le cinquantième de Dodun, se solda par un échec, la ponction fiscale en nature se révélant plus importante que dans l’ancien système et sa manutention élevant les coûts de perception à cause des frais de charrois et des procédures d’affermage.

 

L’après-ministériat

D’Argenson, qui s’était effrayé des premiers craquements du système et que ses luttes avec Law avaient progressivement aigri, lui abandonna les finances le 4 janvier 1720. Selon Saint-Simon, « les choses en étoient venues au point qu’il falloit que l’un des deux cédât à l’autre une administration où leur concurrence achevoit de mettre la confusion ». La carrière du marquis d’Argenson, toujours garde des sceaux, demeura cependant étroitement liée aux derniers soubresauts du système. Les partisans de Law l’accusèrent ainsi d’avoir perfidement mis la main à l’arrêt du Conseil du 21 mai 1720 qui, en ordonnant une banqueroute sur la valeur des actions de la Compagnie des Indes et des billets de banque, fut à l’origine de la disgrâce de Law le 27 mai suivant. Selon Saint-Simon, d’Argenson aurait alors conseillé au Régent de sacrifier Law mais, prudent, différa l’ordre de le faire embastiller. Le soir du 27 mai 1720, d’Argenson fut à nouveau chargé de l’administration des finances qu’il divisa en cinq départements afin de point « souffrir un nouveau contrôleur général, qui, pour le temps qu’il auroit duré, eût été le maître ». Le retour en grâce de Law mit naturellement un terme à la carrière du marquis d’Argenson. Le 7 juin 1720, il dut restituer les sceaux à d’Aguesseau et abandonner la direction de l’administration des finances qui échut à Le Peletier des Forts. Il avait été membre de l’Académie française (2 avril 1718) et nommé conseiller d’Etat ordinaire (1er avril 1719).

D’Argenson se retira dans un hôtel parisien qu’il possédait près du couvent de Tresnel, situé près du faubourg Saint-Antoine, pour se rapprocher de la prieure avec laquelle il entretenait une relation depuis plusieurs années. Ce personnage complexe, dont Saint-Simon a dressé des portraits d’une grande finesse, « conserva le rang, l’habit et toutes les marques de garde des sceaux, mais pour sa chambre ; car il n’en sortit que deux ou trois fois pour aller voir M. Le duc d’Orléans par les derrières, qui lui continua toujours beaucoup de considération ; l’abbé Dubois aussi qui le fut voir plusieurs fois. Hors deux ou trois amis particuliers et sa plus étroite famille, il ne voulut voir personne, et s’ennuya cruellement ». La médiocrité de cette situation « lui coûta la vie, sort de presque tous ceux qui se survivent à eux-mêmes ». Il mourut quatre jours après Desmaretz.

 

Écrits

Aucun écrit d’Argenson n’a été publié de son vivant. Au XIXe siècle, plusieurs historiens ont édité des parties de sa correspondance administrative. Paul Cottin a publié les Rapports inédits du lieutenant de police René d’Argenson (1697-1715), d’après les manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale, Paris, 1891, L. Larchey et E. Mabille les Notes de René d’Argenson, lieutenant général de police, intéressantes pour l’histoire des m½urs et de la police de Paris à la fin du règne de Louis XIV, Paris, 1866, François Ravaisson-Mollien des pièces tirées des Archives de la Bastille, tomes 10-13, Paris, 1879-1882, et Arthur-Michel de Boislisle ses lettres aux ministres dans Correspondance des contrôleurs généraux avec les intendants des provinces, Paris, 1874-1897, 3 vol. Plusieurs de ses lettres particulières écrites entre 1717 et 1724 ont été éditées par le comte Édouard de Barthélémy, Les Correspondants de la marquise de Balleroy..., Paris, 1883, 2 vol.

 

Sources et bibliographie

Le marquis d’Argenson, dont l’influence fut considérable en France, n’a pas suscité de vraie biographie. Fontenelle, son collègue à l’Académie française, a fait son éloge publié dans les recueils de ses ¼uvres et Pierre Clément lui a consacré une étude dans ses Portraits historiques, Paris, 1855. Ce sont surtout les activités du marquis d’Argenson comme lieutenant de police de Paris qui ont retenu l’attention des historiens. Ses travaux sont évoqués dans le vieil ouvrage de Pierre Clément, La police sous Louis XIV, Paris, 1866 qui comprend plusieurs lettres du marquis d’Argenson à Pontchartrain et à Desmaretz (1697-1713) et par J. Saint-Germain, « D’Argenson, lieutenant général de police », Revue des Deux-Mondes, vol. 387, août 1966. La réforme fiscale du marquis d’Argenson a été étudiée par Léo Desaivre, La dîme royale à Niort et à La Rochelle en 1718, Paris, 1880 et Mireille Touzery, L’invention de l’impôt sur le revenu. La taille tarifée, 1715-1789, Paris, 1994. On trouve enfin quelques indications sur d’Argenson et son action ministérielle dans les principaux ouvrages qui traitent des finances sous le règne de Louis XIV et surtout de l’expérience de Law.


Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances

Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances  présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.

 

Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1

Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc

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