John Law
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Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.
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John Law
Né à Édimbourg le 21 avril 1671.
Mort à Venise le 21 mars 1729.
Action ministérielle
Converti au catholicisme le 17 septembre 1719, Law fut nommé contrôleur général des finances le 4 janvier 1720 pour venir au secours de son système qui avait connu ses premiers craquements au mois de décembre 1719. Certains investisseurs, les fameux Mississipiens, avaient alors commencé à réaliser leurs actions en billets de banque qu’ils se faisaient ensuite rembourser en espèces. D’autre part, selon Forbonnais, la fixation du dividende des actions de la Compagnie des Indes (décembre 1720) avait commencé à inquiéter les porteurs. Le dividende, 40 % à verser aux 600 000 actions émises à 500 l., représentait 120 millions, une somme jugée supérieure aux revenus de la Compagnie des Indes tandis que l’action, qui se négociait à 10 000 livres pour une valeur nominale de 500 livres, n’offrait qu’un intérêt très faible de 2 % (denier 50), un taux que Law entendait habituer en France.
Revêtu des pleins pouvoirs, Law employa les cinq mois et demi de son ministère à essayer de sauvegarder son système. A cet effet, il multiplia les interventions boursières et monétaires dont la principale conséquence fut de compliquer la manutention d’un système qui lui échappa progressivement.
Les manipulations des titres
La principale attention de Law fut d’enrayer la baisse du cours des actions de la Compagnie des Indes. A la fin du mois de décembre 1719, il avait déjà pris la décision de faire racheter par la Compagnie une partie de ses actions pour soutenir les cours et diminuer la part des dividendes à distribuer en 1720. Au mois de janvier suivant, il eut à nouveau recours au marché à primes pour tenter, cette fois, de stabiliser l’action à 10 000 livres. Pour contrarier la baisse, il ordonna, le 12 janvier, que les créanciers retardataires seraient remboursés d’office à une date proche. Comme cette stratégie n’apporta aucun répit à la baisse des actions et qu’elle obligeait la Compagnie à débourser de l’argent, Law décida, le 11 février, d’interdire les pratiques boursières qu’il avait lui-même introduites en France et mit fin au bureau des achats de la Compagnie qui avait dû débourser près de 300 millions. Law décida alors, le 23 février, que la Banque générale serait absorbée par la Compagnie des Indes. Cette concentration permettait à la Compagnie de récupérer 100 000 actions (capital 900 millions) qui appartenaient au roi dont un tiers devait demeurer dans la caisse, un tiers était remboursable en 1719 et le reste payable en dix années. D’autre part, pour « supprimer des actions en concurrence », la Compagnie créa 10 millions d’actions rentières à 2 % (capital 500 millions) offrant de la sorte la perspective d’un placement non spéculatif aux créanciers remboursés qui voulaient avant tout un revenu stable, tels les hôpitaux ou les ordres religieux.
Les manipulations monétaires
Dès le début du mois de décembre 1719, Law avait pris un certain nombre de mesures pour limiter la rivalité entre le papier et la monnaie. Le 1er décembre il avait permis aux créanciers de se faire rembourser en billets par leurs débiteurs et, deux jours plus tard, annoncé une dévaluation que devaient supporter les réalisateurs. Enfin, le 21 décembre, un arrêt du Conseil avait décidé d’octroyer une prime de 5 % en faveur des billets sur l’argent et limité la quantité d’or et d’argent autorisée dans les paiements. Un arrêt du Conseil du 28 janvier 1720 modifia sensiblement cette stratégie. Law annonça une refonte générale des monnaies afin de racheter les actions et payer les billets de banque avec des espèces surévaluées. Cette décision fut associée à des mesures draconiennes destinées à accompagner la refonte et à soutenir les billets au détriment des espèces : ordre d’apporter les monnaies aux hôtels des monnaies, interdiction de transporter les matières d’or et d’argent, introduction du cours des billets dans toutes les villes du royaume, ristourne fiscale aux contribuables s’acquittant de leurs impositions en billets, interdiction de détenir plus de 500 livres en espèce agrémentée de l’autorisation aux agents de la Compagnie des Indes de perquisitionner les domiciles privés pour saisir les espèces et, s’il s’en trouvait, de les délivrer aux délateurs.
La fin du système
Loin d’attirer la confiance, la fusion de la Banque et la Compagnie des Indes précipita la baisse des actions et leur conversion en billets au moment où l’annonce de la refonte et des avantages fiscaux accordés aux billets sur les espèces conduisait obligeait Law à procéder à l’émission massive et illégale de nouveaux billets. Deux arrêts des 5 et 11 mars 1720 essayèrent de soutenir les actions et les billets face aux espèces. Le premier arrêt procéda à une réévaluation considérable de la monnaie et fixa autoritairement la valeur des actions de la Compagnie des Indes à 9 000 livres, établissant ainsi le principe d’une convertibilité monétaire entre l’action et le billet de banque. Le second arrêt ordonna trois diminutions successives des monnaies et une démonétisation de l’or pour le 1er mai et de l’argent pour le 1er décembre assorties de l’interdiction de posséder et d’importer des espèces et matières précieuses. Enfin, le 21 mai 1720, Law ordonna une réduction de l’action à 5 000 livres et du billet à la moitié de sa valeur. Dès qu’il fut connu, cet arrêt suscita un tollé général contre la banqueroute. Les pressions exercées par les membres du Conseil et par le Parlement décidèrent le Régent à renvoyer Law le 27 mai 1720 et à le faire emprisonner à la Bastille.
L’après-ministériat
Sur l’intervention du marquis d’Argenson, Law fut simplement mis aux arrêts dans son hôtel. Une commission fut alors chargée de vérifier les comptes de la Banque dont le principal résultat fut le retour en grâce de l’Écossais car, selon le duc d’Antin, le Régent avait eu le temps de se convaincre que « le seul homme capable de le retirer du labyrinthe où il était, était M. Law, il résolut de s’en servir plus que jamais dans les parties où il excellait ». Le 2 juin, Law fut libéré, promu surintendant de tout le commerce de France, directeur général de la Banque royale et de la Compagnie des Indes et retrouva son titre de conseiller d’Etat avec séance au Conseil de régence. Le retour de Law fut accompagné par le sacrifice du marquis d’Argenson qui rendit les sceaux à d’Argenson - et même de son fils aîné qui dut céder son office de lieutenant général de police de Paris. Il fut remplacé aux finances par une commission dirigée par Le Peletier des Forts.
Entre les mois de juin et de novembre 1720, Law essaya de trouver les moyens de résorber les billets et les actions afin d’éviter l’anéantissement pur et simple de son système, c’est à dire de la Compagnie des Indes et du papier-monnaie. Au mois de juillet, il mit sur pied un plan destiné à éponger 2 200 millions de billets, soit un milliard en contrats de rentes sur l’Hôtel de ville à 2,5 %, 600 millions en comptes courants de la banque et 600 millions par l’émission de 50 000 actions de la Compagnie des Indes portant un dividende de 3 %. Ces deux dernières mesures, qui déplaisaient aux magistrats, et une émeute survenue le 17 juillet dans les locaux de la Banque, rue Quincampoix, donnèrent lieu à de nouvelles tensions politiques qui s’achevèrent par l’exil du Parlement à Pontoise le 24 juillet. Débarrassé, en théorie au moins, d’une grande partie des billets de banque, Law procéda le 1er août à une nouvelle mutation monétaire pour mettre les espèces au pair avec le papier. L’échec de cette décision força Law à abandonner définitivement le papier-monnaie en ordonnant, le 15 août 1720, une démonétisation progressive des billets dont une partie était transformée en rentes à 2 % sur la Compagnie des Indes. Le 25 août, les avantages fiscaux accordés aux billets furent supprimés. Le 10 octobre, ils furent prohibés des paiements et retirés de la circulation par une nouvelle opération monétaire ordonnant que les nouvelles espèces à recevoir seraient payables un tiers en billets. Entre temps, Law avait offert aux porteurs d’actions la faculté de les convertir à volonté en comptes courants de la banque mais amputés des trois quarts de leur valeur (2 000 livres), ce qui eut pour effet de précipiter l’échange des actions contre des billets.
Vers la fin du mois d’octobre, Law perdit le contrôle des décisions financières. Privé du secours de la monnaie de papier, il se trouva dans l’impossibilité de procurer au Trésor les fonds dont le gouvernement avait besoin et offrit sa démission le 9 décembre 1720.
John Law quitta Paris le 14 décembre 1720 après une dernière entrevue avec le Régent. Il se rendit dans sa propriété de Guermande, située près de Lagny, puis quitta la France le 22 décembre pour s’installer à Bruxelles, après avoir été arrêté quelques heures par le fils du marquis d’Argenson, alors intendant de Hainaut, qui lui confisqua son argent, 800 louis d’or. Law refusa alors les offres de plusieurs souverains, dont celle du tsar, qui voulaient employer ses talents. Au mois d’octobre 1722, il regagna l’Angleterre et fut reçu par le roi qui lui avait octroyé, le 16 novembre 1717, des lettres de pardon pour son ancien crime. Depuis Londres, Law renoua une correspondance avec le Régent qui, à la fin de 1723, s’était décidé à le rappeler pour contrer l’influence du duc de Bourbon, des frères Pâris et du contrôleur général Dodun. La mort du Régent mit fin à tous ses espoirs. Désormais privé d’appui politique, Law demanda au duc de Bourbon de hâter le règlement de ses comptes et sollicita un emploi du gouvernement anglais qui le nomma pour une mission diplomatique en Bavière en 1725. En 1726, il partit pour le carnaval de Venise et y mourut des suites d’une pneumonie.
Écrits
A l’exception des Considérations sur le commerce et sur l’argent, La Haye, 1720, in-12, 187 p. et de quelques lettres éditées par le Mercure de France en 1720, les mémoires financiers et la correspondance de Law ont été publiés après sa mort, ce qui pose d’épineux problèmes d’attribution. Ces difficultés sont discutées dans les biographies d’Edgar Faure, 17 juillet 1720. La banqueroute de Law, Paris, 1977 et d’Antoin Murphy, John Law, Economic Theorist and Policy-Maker, Oxford, 1997. L’édition la plus complète des écrits de Law est celle de Paul Harsin, Oeuvres complètes de John Law, Paris, 1934, 3 vol. à laquelle il faut ajouter la publication récente par Antoin Murphy de John Law’s Essay on a Land Bank, Dublin, 1994.
Sources et bibliographie
L’extraordinaire carrière de John Law et les conséquences de son système ont donné lieu, cela dès le XVIIIe siècle, à la publication de très nombreux ouvrages, souvent polémiques, parfois confus et contradictoires. Il est impossible de comprendre le système sans connaître les idées de Law. Elles ont été replacées dans leur contexte dans deux livres de Paul Harsin, Les Doctrines monétaires et financières en France du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, 1928 et Crédit public et banque d’état en France du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, 1933, qui insistent sur l’insertion de la pensée de Law dans le corpus des doctrines mercantilistes. François Véron de Forbonnais a publié dans son Histoire des Finances de France, Bâle, 1755, tome 2, l’exposé le plus succinct et le plus clair sur les idées de Law et l’évolution de son système, une analyse qui témoigne des divergences séparant l’Écossais des économistes libéraux du XVIIIe. On ne peut prétendre comprendre l’histoire de Law et de son système sans recourir à l’importante étude d’Edgar Faure, 17 juillet 1720. La banqueroute de Law, Paris, 1977 qui a l’avantage d’insister sur le contexte politique de la Régence, qui met l’accent sur les présupposés keynésiens de Law en matière de gestion des dettes publiques et qui contient enfin un commode essai de bibliographie critique. Il faut y ajouter la biographie déjà citée d’Antoin Murphy ainsi que son étude sur Richard Cantillon : l’ennemi de Law, Paris, 1996. Ces divers ouvrages peuvent être complétés par les importants travaux d’Herbert Lüthy, La banque protestante en France de la révocation de l’Edit de Nantes à la Révolution, Paris, 2 vol., 1959, I. Dispersion et regroupement (1685-1730), Claude-Frédéric Lévy, Capitalistes et pouvoir au siècle des Lumières, Paris, 1979, 3 vol., Jean-Marie Thiveaud, Histoire de la finance en France, tome 1. Des origines jusqu’en 1775, Condé-sur-L’Escaut, 1995. Notons enfin que Earl J. Hamilton a réuni une importante collection de documents sur le système de Law tirés de très nombreux dépôts d’archives européens qui sont conservés dans plusieurs bibliothèques universitaires des États-Unis.
Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.
Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1
Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc