Jean de Boullongne
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Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.
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Jean de Boullongne
Né et baptisé à Paris (paroisse Saint-Eustache) le 13 octobre 1690.
Mort à Paris, le 21 février 1769.
Action ministérielle
Boullongne, qui avait déjà été pressenti avec le « grand Trudaine » pour remplacer Orry et Machault d’Arnouville, fut nommé contrôleur général des finances le 25 août 1757, un poste qu’il conserva à peine dix-huit mois. Il obtint le 23 septembre 1758 la charge de grand trésorier commandeur des ordres du roi dont il démissionna au mois de décembre 1762.
L’arrivée de Boullongne aux finances fut généralement bien accueillie par le public. Le nouveau contrôleur général arrivait néanmoins au gouvernement dans une situation financière très délicate car la guerre de Sept Ans, entamée en 1756, coûtait très cher tandis que la France commençait à essuyer ses premiers revers militaires sur le continent et dans ses colonies. L’arrangement des finances fait par Boullongne pour l’année 1758 évaluait les recettes disponibles pour le Trésor royal, c’est à dire après le payement des charges affectées sur les diverses caisses de la monarchie, à 139 millions de livres pour des dépenses qui s’élevaient à 357 millions. Boullongne devait donc trouver les moyens de combler un déficit de près de 220 millions. Il recourut à l’émission d’emprunts sous de multiples formes qui lui fournirent 146 millions en 1757 et 205 millions en 1758, aux affaires extraordinaires et à l’augmentation des impôts.
Les emprunts
Les premiers emprunts de Boullongne furent lancés au mois de novembre et de décembre 1757 pour un capital de 40 millions puis de 20 millions au denier 10 (10 %) sans distinction d’âge. dont le paiement des arrérages devait être affectés sur les recettes des aides et gabelles et des cinq grosses fermes. Au mois d’avril 1758, il émit un autre emprunt de 40 millions sous la forme, apparemment moins coûteuse, de rentes héréditaires à 4 % remboursables à concurrence de 1,5 millions par an mais qui étaient exemptes des vingtièmes et deux sous pour livre du dixième. Le capital de cet emprunt était en outre payable moitié en argent, moitié en quittances de rentes perpétuelles au denier 40 émises au mois de juin 1720 (denier 40) Au mois de novembre 1758, Boullongne émit un dernier grand emprunt de 3,6 millions de rentes viagères sur les aides et gabelles au principal de 45 millions qui fut également exempté des taxes sur le revenu. Cet emprunt fut particulièrement onéreux puisque l’intérêt versé par le gouvernement était compris entre 10 et 14 % selon l’âge de l’acquéreur du contrat de rente. En outre, Boullongne introduisit une innovation pleine d’avenir puisqu’il autorisa de placer les rentes sur deux têtes avec un intérêt de 8 % sans distinction d’âge. Boullongne sollicita aussi des avances sur recettes des fermiers des postes (1 million) et des receveurs des généraux des finances (9,5 millions). Boullongne emprunta ainsi au moins 150 millions représentant une charge annuelle d’au moins 12 millions.
Les affaires extraordinaires
Boullongne recourut aux vieilles méthodes de financement héritées du règne de Louis XIV, en particulier à la création d’offices (près de 7 millions de livres) et surtout à l’emprunt forcé. Il obligea ainsi au mois d’août 1758 les officiers du roi à verser au Trésor un supplément à la finance qui rapporta 20 millions. Il aliéna également la prorogation et l’augmentation de divers impôts à des compagnies de financiers moyennant le versement, en une seule fois, d’une somme forfaitaire. Un supplément de 4 sols sur le débit du tabac fut ainsi mis aux enchères pour la somme de 30 millions de livres au mois d’août 1758. Cette mesure fut cependant sans réel succès financier car le surcoût sur le tabac eut pour effet d’en diminuer la consommation et d’augmenter la contrebande. De sorte que le gouvernement fut obligé de s’accorder avec des financiers qui n’avaient aucune chance de faire quelque bénéfice.
Le don gratuit des villes
La mesure la plus significative de la politique de Boullongne fut la création, par un édit du mois d’août 1758, d’un don gratuit extraordinaire sur les villes, faubourgs et seigneuries qui s’inspirait nommément d’une taxe autrefois établie par le contrôleur général Desmaretz. L’ambition de Boullongne fut d’établir le principe durable (la nouvelle taxe fut successivement prorogée en 1763, 1768, 1771 et 1780 sous le nom de « droits réservés ») d’une fiscalisation des centres urbains qui, en dépit de leurs richesses, ne participaient que faiblement aux recettes de l’impôt relativement aux campagnes. Le ministère établit un tarif général taxant près de 2 600 villes et bourgs du royaume pour une somme totale qui devait rapporter près de 6 millions par an et être perçue pendant six ans par les villes au profit du gouvernement. Boullongne, qui avait à dessein surtaxé de nombreux villes, négocia un second tarif qui lui permit d’accorder des réductions aux villes qui acceptaient d’emprunter et de s’acquitter en une fois de leur quote-part du don gratuit. Levé en temps de guerre et sans préparation, le don gratuit ne pouvait être qu’un échec, mais un échec porteur d’avenir. De nombreuses petites villes ou bourgs inscrits sur les tarifs de 1758 et 1759 ne percevaient pas de droits d’octrois et n’avaient pas non plus l’infrastructure nécessaire à la perception de taxes sur les consommations qui frappèrent les plus démunis. Ainsi, dans la généralité de Tours, 116 villes furent imposées au don gratuit mais seules 38 d’entre elles levaient des octrois pour une somme annuelle de 122 000 livres sur des revenus totaux de 232.000 livres. Même réduit de 377 000 livres à 260 000 livres, le don gratuit ne pouvait être qu’un facteur supplémentaire de mécontentements sociaux et de graves déficits pour bien des villes. D’ailleurs, dans plusieurs grandes villes, notamment à Rouen, le don gratuit survint dans un contexte financier rendu très difficile par la guerre maritime avec l’Angleterre et la présence d’hôpitaux surchargés de mendiants et au bord de la banqueroute. Établie dans l’urgence, la nouvelle taxe ne commença à être payée qu’en 1759 et ne rapporta pas 4 millions par an.
Le 4 mars 1759, le comte de Saint-Florentin, ministre de la maison du roi, vint annoncer à Boullongne que Louis XV ne voulait plus de ses services. Cette disgrâce a été commentée diversement, certains contemporains affirmant que Boullongne avait souhaité démissionner parce qu’il ne se sentait pas apte à diriger les finances. Il semble en effet que les derniers emprunts en rentes viagères émis par Boullongne, « quoique constituées à un prix avantageux », ne furent point remplis. Selon Silhouette « les emprunts pour les états de Languedoc et de Bretagne, qui forment un objet de près de 69 millions, languissent et n’ont point fourni, à beaucoup près, les secours qu’on en avoit attendus » de même que « plusieurs autres parties à rentrer, tant sur l’abonnement des dons gratuits, que sur le rachat des boues et lanternes ». Selon Barbier, le renvoi de Boullongne fut aussi le résultat d’une querelle entre le contrôleur général et le maréchal de Belle-Isle, qui voulait plus de fonds pour faire la guerre, et d’une discussion houleuse dans une séance de travail avec le roi durant laquelle Boullongne s’était résolument « opposé au projet de mettre dans le public des billets de confiance, projet soutenu par M. de Silhouette, comme devant répandre au contraire, beaucoup de méfiance dans le public et faire resserrer l’argent ».
L’après-ministériat
Exilé par Louis XV, Boullongne se rendit chez l’un de ses cousin à Falaise en Normandie. En 1761, il s’installa dans son château de La Chapelle-Godefroy et établit en 1763 une manufacture de bas à Nogent-sur-Seine. Selon les Nouvelles à la main, il se fractura la rotule au mois d’octobre 1767 en jouant au jeu de paume et mourut quatorze mois plus tard des suites de cette blessure.
Écrits
L’arrangement des finances de Boullongne pour l’année 1758 a été publié par Charles-Joseph Mathon de la Cour, Collection de comptes-rendus, pièces authentiques, états et tableaux concernant les finances de la France depuis 1758 jusqu'à nos jours, Lausanne, 1788.
Sources et bibliographie
Le Minutier central des notaires parisiens conserve les principaux actes notariés de Boullongne, en particulier son contrat de mariage (étude XX, liasse 460, 2 avril 1719), son inventaire après décès (étude LIII, liasse 446, 7 mars 1719) qui a été publié par Hélène Guicharnaud, « Testament et inventaire après décès de Jean de Boullongne, intendant et contrôleur général, et de Catherine de Beaufort, son épouse (1768-1769) », Bulletin de la Société d’histoire de Paris, 1988, p. 167-215 et le partage de sa succession (étude LIII, liasse 478, 25 septembre 1771).
La seule étude historique consacrée au contrôleur général Boullongne a été publiée par le comte G. de Caix de Saint-Aymour, Une famille d’artistes et de financiers aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les Boullongne, Paris, 1919.
Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.
Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1
Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc