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XVIIIe siècle - Page 19

Jean-Etienne Bernard de Clugny de Nuits


Creation Date
16-02-2006
Update time
16-02-2006
Source:
IGPDE
Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.

Jean-Etienne Bernard de Clugny de Nuits

Né à la Guadeloupe le 20 octobre 1729 (ondoyé le 25 au Grand Cul de Sac, paroisse Sainte-Rose).

Mort à Paris le 18 octobre 1776.

 

Action ministérielle

La nomination, le 21 mai 1776, de Clugny de Nuits au contrôle général des finances a généralement été considérée comme le symbole de la réaction aux idées de Turgot et de ses amis économistes. D’ailleurs, lorsque Clugny se présenta à la Chambre des comptes le 24 mai 1776 pour prêter serment, le premier président exposa qu’il devrait adopter de nouveaux principes : « On vous propose, Monsieur, pour modèles et pour guides ces ministres habiles et sages qui, toujours amis des propriétés, de l’ordre, de l’état des personnes, n’eurent jamais d’autres ambitions que celle d‘être utiles, et firent le bien sans faste. Sans étonner par des opinions nouvelles, sans alarmer par des spéculations hardies, leur méthode, conforme aux principes, eut la justice et l’économie pour base ; ils furent fidèles aux engagemens, ils ranimèrent le commerce, ils firent fleurir l’agriculture, et portèrent dans toutes les parties du royaume l’abondance et la vie ».

Turgot, qui connaissait bien Clugny qu’il rencontra à plusieurs reprises et dont il n’avait jamais eu à se plaindre lors de son passage à l’intendance de Bordeaux, était loin de penser que son successeur voulait détruire son ½uvre. Il écrivit d’ailleurs à Dupont de Nemours que «M. de Clugny est homme d’esprit et je serais surpris qu’il ne soutînt pas ce que j’ai pu faire d’utile à moins qu’on ne le gênât dans son administration ». Il semble en fait que Clugny fut obligé de tenir une juste mesure entre ceux qui demandaient d’abroger purement et simplement les édits de Turgot et les membres de l’administration dont certains, tels Trudaine de Montigny ou Bouvard de Fourqueux, toujours très influents au sein du gouvernement, étaient fortement attachés aux principes de la liberté économique.

Comme nombre de ses prédécesseurs et successeurs, Clugny voulut continuer à réformer mais sans effrayer. Les deux actes les plus importants de son ministère furent d’ailleurs une déception pour les ennemis de Turgot. Clugny fut certes obligé de renoncer à faire appliquer ses édits. Cependant la déclaration royale du 11 août 1776 relative aux corvées et surtout l’instruction adressée aux intendants le 6 septembre suivant donnèrent aux communautés la possibilité de confier les travaux d’entretien des routes à des entrepreneurs rétribués par une imposition additionnelle à la taille. Le principe du remplacement de la corvée en nature par une imposition était ainsi conservé même s’il ne portait plus désormais sur les propriétaires. De la même manière, l’édit du mois d’août 1776 rétablissant les six corps de marchands et quarante-quatre communautés d’arts et métiers ne fut pas un simple retour au passé. Il fut l’occasion de réunir en une seule communauté plusieurs professions jusqu’alors séparées, d’édicter de nouveaux règlements mieux adaptés aux besoins du commerce et de maintenir solennellement le principe de la liberté économique pour certains secteurs de l’économie.

Cette évolution ne passa pas inaperçue de l’abbé de Véri, un proche du comte de Maurepas, qui nota dans son Journal que les successeurs de Turgot poursuivirent son ½uvre : « Les édits principaux de liberté populaire qui ont été causes du renvoi de M. Turgot et qui ont été renversé avec lui ont pourtant produit un effet dont le peuple se ressentira sans le savoir. On s’occupe de le soulager d’une partie des corvées des grands chemins. L’esprit vexatoire, processif et inquiétant des jurandes ou corps de métiers a disparu. On en a restreint le nombre en les incorporant les unes dans les autres. On les a étendues cependant jusqu’à plusieurs villes de province qui les ignoraient. Mais cette extension n’est qu’un objet d’impôt. Les entraves de leurs règlements qui accablaient l’industrie sont presque anéantis par un effet de l’impulsion donné aux esprits. Un moyen que le barreau retirait des querelles entre les corps de métiers lui est enlevé par les idées saines que M. Turgot avaient répandues dans le préambule d’édit. Le Roi et les tribunaux ont pu révoquer une loi si judicieuse. Mais l’esprit en est resté dans le c½ur des hommes. Les ministres même qui voulaient faire regarder ses plans d’amélioration comme de pures chimères ont dû par la force de la vérité en, laisser subsister quelques uns et se conformer à l’esprit de ceux qu’ils révoquaient ».

Ces demi-mesures mécontentèrent beaucoup de ses contemporains qui avaient déjà critiqué la création, le 30 juin 1776, de la Loterie royale de France, un établissement qui fut jugé immoral parce qu’elle incitait les pères de famille à risquer le patrimoine de leurs enfants, versait d’énormes traitements à ses administrateurs et alimentait la cassette personnelle de Louis XVI.

Le demeurant de son ministère, qui ne dura pas cinq mois, fut surtout occupé à financer les préparatifs de la guerre d’Amérique, notamment par un emprunt de 15 millions auprès du département de la marine, et à équilibrer le budget. Son arrangement des finances pour l’année 1776 évalua les dépenses à 402 millions et les revenus à 378 millions, soit un déficit de 24 millions. Il devait être couvert par la réouverture de l’ancien emprunt de Hollande que Terray n’avait pas réussi à placer.

Clugny de Nuits, qui souffrait de la goutte et dont la santé s’était peut-être épuisée aux colonies, n’eut guère le temps de prendre d’autres décisions. Il mourut subitement à Paris le 18 octobre 1776, à l’âge de quarante-sept ans.

Le président de la chambre des comptes de Paris, en recevant son successeur, ne prononça qu’un bref éloge funèbre à la mémoire de Clugny qui témoignant du peu de considération dont jouissait le disparu et son action au gouvernement : « une administration plus longue eût vu éclore l’homme d’Etat, mais arrêté au commencement de sa course, Mr de Clugny n’a pu que laisser entrevoir des talens et du zèle. Il a du moins assez vécu pour faire connaître, pour faire chérir l’aménité de sa personne, et pour mériter des amis ».

 

Sources et bibliographie

Les principaux actes notariés de Clugny de Nuits sont conservés au Minutier central des notaires parisiens dans l’étude LXVIII (liasses 447, contrat de mariage du 17 septembre 1751 et 563, inventaire après décès du 24 octobre 1776). Sur la famille de Clugny, il faut se reporter à une étude d’Etienne de Clugny, Généalogie de la famille de Clugny, Dijon, s.d.

Le ministre n’a fait l’objet d’aucune biographie. Ses activités coloniales et maritimes ont fait l’objet des travaux Gabriel Debien, Gouverneurs, magistrats et colons : l’opposition parlementaire et coloniale à Saint-Domingue, Port-au-Prince, 1946 et de Marie-Caroline Merle-Gelly, Jean-Etienne-Bernard de Clugny, intendant de marine, Saint-Domingue (1760-1764) et Brest (1765-1770), thèse de l’Ecole des Chartes, 1996.


Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances

Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances  présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.

 

Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1

Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc

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