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XVIIIe siècle - Page 24

Charles-Alexandre de Calonne


Creation Date
20-02-2006
Update time
20-02-2006
Source:
IGPDE
Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.

Charles-Alexandre de Calonne

 Né à Douai le 20 janvier 1734 (baptisé le 21, paroisse Saint-Pierre).

Mort à Paris le 2 octobre 1802.

 

Action ministérielle

Calonne fut finalement nommé contrôleur général des finances le 3 novembre 1783 en remplacement de d’Ormesson sur la proposition du baron de Breteuil et avec l’appui du comte de Vergennes, alors principal ministre. Ce choix fut essentiellement dicté par la nécessité dans laquelle se trouvait le gouvernement de se procurer des fonds en s’attirant la bienveillance des financiers. Dès le 6 novembre, les bulletins de police témoignèrent de l’accueil chaleureux que rencontrait ce représentant de la finance auprès de « toutes les personnes de la Cour et tous ceux qui tiennent au Trésor royal et aux Fermes [qui] le voient avec plaisir” mais remarquèrent aussitôt que « des voix contraires... rappellent l’affaire de Bretagne et annoncent que les parlements ne lui seront pas favorables ». La réception de Calonne à la Chambre des comptes, le 13 novembre suivant, où il se fit accompagner par des maîtres des requêtes, des intendants des finances et des députations des fermiers généraux, fut spécialement conçue pour rassurer les capitaux effrayés par les mesures de son prédécesseur d’Ormesson. Le nouveau ministre y prononça un long discours d’investiture assez convenu mais qui, à posteriori, donna à penser que Calonne avait arrêté un plan d’action ministérielle tendant notamment à supprimer les privilèges fiscaux : « Ce sera pour moi le plus parfait bonheur si, aussitôt après avoir franchi l’espace laborieux qu’il faut parcourir pour l’acquittement des dettes de la guerre, je puis parvenir à l’exécution d’un plan d’amélioration qui fondé sur la constitution même de la monarchie, en embrasse toutes les parties sans en ébranler aucune, régénère les ressources plutôt que de les pressurer, éloigne à jamais l’idée de ces remèdes empiriques et violents dont il ne faut même pas rappeler le souvenir, et fasse trouver le vrai secret d’alléger les impôts dans l’égalité proportionnelle de leur répartition, aussi que dans la simplification de leur recouvrement ».

Le ministère Calonne, qui fut, avec celui de son ennemi Necker, le plus significatif et le plus long du règne de Louis XVI, fut très riche en décisions et en événements. Il demeure cependant extrêmement complexe et a suscité des commentaires très divergents. La ligne directrice de son action fut son opposition aux idées de Necker dont il n’appréciait guère l’esprit d’économie. Aussi, les partisans de Necker n’ont-ils vu dans le ministère de Calonne qu’une politique de réaction de la finance contre la banque et l’abandon des réformes administratives qui auraient permis de réduire les dépenses et les offices pour gérer plus économiquement la dette à court terme, réduire les frais inutiles et équilibrer durablement les finances du royaume. Calonne considérait au contraire que le prestige de la monarchie et le maintien de son crédit nécessitaient de dépenser beaucoup d’argent. Selon Herbert Lüthy, il mit dès lors « toute son énergie et tous ses espoirs pour le sauvetage financier du régime dans une politique d’argent facile ». Accueillie favorablement par les courtisans qui bénéficièrent des fameuses « prodigalités » de Calonne, cette politique de dépenses a été interprétée diversement. Louis Blanc a voulu y voir une volonté déterminée du ministre de creuser le déficit pour placer les parlements et les privilégiés devant l’alternative de la banqueroute ou d‘une réforme radicale des structures économiques et financières de la monarchie. D’autres historiens ont vu dans les folies du ministre, l’esprit résolument novateur d’un homme d’Etat qui, préfigurant le New Deal de Roosevelt et les idées de Keynes, entendait fonder « le succès d’une politique de prospérité financée par l’accroissement des dettes » en restaurant le pouvoir des groupes financiers, constitués autour de lui et du baron de Breteuil, et leur confiant le développement industriel du royaume.

Si l’on ne peut retirer à Calonne sa volonté de restaurer et moderniser la finance officière supprimée par Necker pour l’enraciner « dans la terre vivante de l’économie » (G. Chaussinand-Nogaret), il ne détermina « pas une politique mais la subit » (Michel Zylberberg). Reposant sur certaines convictions, son action demeura en effet empirique et étroitement liée à la situation du Trésor royal. Calonne, qui avait été nommé dans un climat financier difficile, s’engagea d’abord à rétablir le crédit. Ses mesures et la vivacité de la reprise économique stimulée par ses emprunts, les achats de piastres et sa politique de dépenses eurent pour principale conséquence d’entraîner l’agiotage et de creuser le déficit. A bout de ressources et redoutant un krach boursier, Calonne voulut jeter les bases d’une réforme en profondeur qui fut à l’origine de la convocation de l’Assemblée des notables et de son échec final.

Le contexte financier en 1783

Calonne hérita d’une situation financière doublement délicate. D’une part, la fin des hostilités avec l’Angleterre, signifiait, à moyen terme, la cessation des impositions levées pendant la guerre et, dans l’immédiat, le payement des dépenses de la guerre et de celles que le gouvernement laissait traditionnellement arriérer pendant les conflits. Un état de la situation financière qu’il fit établir à la fin de l’année 1783 montrait que le budget des recettes ordinaires (environ 270 millions) présentait un déficit de 80 millions. Face à ces revenus, dont 178 millions étaient anticipés par avance, les arrérages de rentes et les remboursements des emprunts consommaient 250 millions. Enfin les dettes exigibles représentaient 390 millions, dont 220 millions pour le seul service de la guerre. Le second problème que devait affronter Calonne était celui d’une crise de trésorerie qui avaient forcé d’Ormesson à solliciter de la Caisse d’escompte un prêt de 36 millions au Trésor à laquelle s’était jointe une crise de confiance de la part des financiers qui, conduits par Micault d’Harvelay, avaient menacé le gouvernement d’exiger le remboursement immédiats de leurs fonds s’il ne rapportait pas immédiatement la transformation de la ferme générale en une régie intéressée. Dans ce contexte, et comptant sur la nécessaire reprise des activités économiques après la signature de la paix survenue le jour même de sa nomination aux finances, Calonne se refusa, comme il le confia plus tard aux notables, à « l’habitude de la pénurie au moment où je devais en dissimuler la réalité ». Ses seules ressources, dit-il encore, consistant « dans le crédit, tous mes efforts ont dû tendre à la rétablir. L’argent manquait, parce qu’il ne circulait pas : il a fallu en répandre pour l’attirer, en faire venir du dehors pour faire sortir celui que la crainte tenait caché au dedans, se donner l’extérieur de l’abondance pour ne pas laisser apercevoir l’étendue des besoins. L’essentiel était alors de ramener la confiance égarée ».

Le rétablissement du crédit

Pour rassurer les capitaux, Calonne annula des décisions de son prédécesseur en faisant rétablir la ferme générale dès le 9 novembre 1783. Le 23 novembre suivant, un arrêt du Conseil procéda à une augmentation du capital de la Caisse d’escompte qui fut porté à 17,5 millions par l’émission de 1 000 actions nouvelles et une crue de 500 livres sur le capital des anciennes. Cette réorganisation, complétée par diverses mesures destinées à assurer une encaisse métallique suffisante, fut bien accueillie. L’arrivage de piastres en provenance de l’Espagne permit ensuite à Calonne de supprimer, un mois avant l’échéance prévue, le cours forcé des billets et de lancer un premier grand emprunt. Ces succès lui valurent d’être promu ministre d’Etat le 18 janvier 1784. Calonne voulut ensuite profiter de la reprise économique et du retour de l’abondance monétaire soutenue par une politique de surachats pour prendre, au mois d’août 1784, trois mesures importantes destinées à soutenir le crédit. Un arrêt du Conseil ordonna qu’à l’avenir le payement des arrérages des rentes ne serait plus différé mais acquitté à leur terme exact, une réforme modeste mais justement décrite par M. Marion « comme très utile, et d’une importance considérable pour l’affermissement du crédit ». Il est vrai qu’elle servit aussi à créer de nouveaux offices de payeurs et contrôleurs des rentes pour une somme de plus de 8 millions. Un second arrêt du Conseil voulut soutenir les rescriptions en ordonnant le remboursement de celles qui avaient été suspendues par l’abbé Terray en 1770. Enfin, un édit du mois d’août 1784 établit une nouvelle Caisse d’amortissement qui, fonctionnant sur le principe des intérêts composés, était prévue pour rembourser en vingt-cinq années 1 264 millions des dettes de l’Etat sur un total de 2 800 millions. Cette caisse, qui cessa de fonctionner dès 1786 et ne remboursa que 17,4 millions en deux ans, fut surtout conçue comme un instrument de crédit permettant d’agir sur la masse monétaire et transférer les remboursements d’anciennes créances en de nouveaux effets.

Une politique de dépenses

Reposant sur le pari d’un Trésor bien alimenté, la politique de Calonne consista à soutenir la croissance économique par des investissements. A cet effet, le ministre lança immédiatement une politique de grands travaux. Des lettres patentes du 8 novembre 1783 prorogèrent ainsi divers droits pour permettre la poursuite de la canalisation en Bourgogne. D’autres, en date du 1er février 1784, accordèrent une remise de 200 000 livres sur le bail du péage de Mâcon et autorisèrent les états de Mâconnais à emprunter 320 000 livres pour la navigation de la Saône. L’amélioration des ports maritimes intéressa particulièrement Calonne qui fut l’initiateur des travaux de Cherbourg, des aménagements du port de Dunkerque et de la construction de quais dans plusieurs grandes villes. Comptant sur la vivacité des relations économiques entre la France et l’Amérique, il accorda le statut de port franc aux ports de Lorient, Bayonne, Saint-Jean-de-Luz et le 14 avril 1785, recréa une Compagnie des Indes au capital de 20 millions divisé en 20 000 actions. Calonne fut aussi l’initiateur d’un grand développement de l’industrie qu’il soutint grâce à des participations du Trésor, l’octroi de primes ou d’avances. Il invita spécialement le roi, la haute noblesse de cour et les grands financiers, tels Mégret de Sérilly et Baudard de Sainte-James, à user de leur crédit et de leur argent pour soutenir des inventeurs et placer leur argent dans de vastes concentrations métallurgiques et minières dont Le Creusot fut le symbole. Ces dépenses d’investissement n’empêchèrent pas Calonne d’être violemment critiqué pour avoir cédé, dans un contexte d’argent facile, à tous les caprices des Grands, payant notamment les dettes énormes des frères du roi, achetant le château de Saint-Cloud pour la reine ou procédant à des échanges de domaines ruineux pour le gouvernement.

Le traité de commerce franco-anglais

L’une des mesures les plus importantes du ministère Calonne fut sa décision, en 1785, d’augmenter brusquement les droits sur l’importation des marchandises anglaises. Cette attitude permit de faire aboutir des négociations entamées dès le mois de mars 1784 qui donnèrent lieu, le 26 septembre 1786, à la signature d’un traité de commerce franco-anglais. Les taxes perçues sur les produits agricoles français bénéficièrent désormais de réductions importantes, en particulier les vins, ainsi que les articles de luxe. Ce traité a généralement été considéré comme un incitation à l’industrialisation rapide de la France en plaçant subitement le marché intérieur devant la concurrence des produits manufacturés anglais.

L’agiotage

 Pendant ses deux premières années au ministère, « la politique de Calonne consista à dépenser en empruntant, peut-être à dépenser plus intelligemment, mais à emprunter plus et plus cher que tous ses prédécesseurs, et cette politique à elle seule assura la prospérité de la banque et de la Bourse » (H. Lüthy). L’inflation de crédit et l’abondance de capitaux donnèrent lieu à d’intenses spéculations. Soucieux de protéger ses emprunts, Calonne réagit d’abord contre les hausses spéculatives sur les actions de la Caisse d’escompte et de la Banque de Saint-Charles en conviant Mirabeau à publier des pamphlets contre l’agiotage et en interdisant les marchés à terme (24 janvier 1785) puis les marchés à découvert (7 août 1785). A partir de 1786, dans le contexte d’un marasme économique, Calonne se décida à modifier sa politique qui menaçait directement la solvabilité des grands financiers ayant investi des sommes considérables dans les entreprises industrielles. Redoutant un effondrement de la Bourse, il confia à divers intermédiaires des fonds sur le Trésor pour soutenir la hausse des actions des plus grosses sociétés subventionnées par le gouvernement dont la Compagnie des Eaux des frères Périer et la nouvelle Compagnie des Indes. Ces interventions occultes n’empêchèrent pas les faillites successives de plusieurs financiers de grande envergure et donnèrent lieu à de graves scandales boursiers dénoncés publiquement par Mirabeau au moment de l’assemblée des notables.

Le déficit du budget et les emprunts

Les budgets de Calonne sont assez mal connus dans les détails. Il semble que les recettes ordinaires des années 1785, 1786 et 1787 aient procuré au Trésor royal des revenus nets de 267, 263 puis, après la suppression du troisième vingtième, de 238 millions. Quant aux dépenses ordinaires, elles furent de 354 millions en 1785 et de 363 millions en 1787. Le déficit du budget ordinaire se creusa donc progressivement, atteignant 86 millions en 1785, 91 millions en 1786 et plus de 110 millions en 1787. Selon les déclarations de Calonne devant les notables les dépenses totales (ordinaires et extraordinaires) de l’année 1786 s’élevèrent à 593 millions pour des recettes de 410 millions, soit un déficit de 183 millions. Pour équilibrer ses budgets, Calonne eut essentiellement recours aux créations d’offices (10 millions), aux anticipations (79 millions) et aux emprunts (560 millions). Au total, il leva 653 millions d’affaires extraordinaires dont le service annuel coûtait 45,4 millions. Ses trois plus gros emprunts furent émis aux mois de décembre 1783, 1784 et 1785. Le premier emprunt, au capital de 100 millions, était formé de 100 000 titres de 1 000 livres portant un intérêt viager de 9 % sur une tête et de 8 % sur deux têtes. A chaque titre était en outre attaché un billet, ou chance, qui participait au tirage d’une loterie de 10 000 lots d’une valeur de 1,5 millions. Ayant annoncé qu’il n’émettrait plus de viager, Calonne lança un second emprunt de 125 millions remboursables en 25 tranches annuelles par voie de loterie avec des accroissements progressifs allant de 20 % pour les trois premiers tirages à 45 % pour les trois avant derniers et à 100 % pour le dernier. Enfin, au mois de décembre 1785, fut émis un dernier gros emprunt de 80 millions composé de 800 000 titres, portant un intérêt de 5 %, remboursables en 10 tranches annuelles de 8 millions. A chaque titre était adjoint un bulletin admis à participer à une loterie de 8 millions. Les capitaux remboursés étaient enfin admis à être constitués en rentes viagères à 9 % sur une tête. C’était ainsi « un emprunt amortissable à un taux progressif de 6 à 15 % assorti de bulletins de loterie et convertible en viager » (H. Lüthy). Les remontrances de plus en plus hostiles du Parlement empêchèrent Calonne d’émettre officiellement d’autres emprunts. Pour se procurer des fonds malgré tout, il eut recours à diverses techniques qui permettaient d’éviter la censure de la magistrature. En 1784 et 1785, il emprunta auprès des pays d’état, dont 24 millions auprès des états de Languedoc, et de la ville de Paris qui fournit également 24 millions. Calonne décida par ailleurs de rouvrir un ancien emprunt de Terray qui n’avait eu aucun succès en 1770 et étendit les emprunts viagers de Necker du mois de mars 1781 (52 millions) et de Joly de Fleury du mois de janvier 1782 (36 millions). A bout de ressources, Calonne fit appel aux avances des financiers et, au mois de février 1787, procéda à une nouvelle augmentation de capital de la Caisse d’escompte pour obtenir d’elle un prêt de 70 millions.

Les impositions

Durant son ministère, Calonne eut tendance à diminuer légèrement les impositions. Au mois de mars 1784, il réduisit d’un dixième les droits sur le café, le sucre et la cire et diminua de 3 millions le brevet de la taille pour venir au secours du monde rural frappé par les mauvaises récoltes de 1784-1785. Son intervention la plus significative fut le bail Mager qui porta les recettes des fermes de 123 à 144 millions par an. Au même moment fut entrepris, sur les conseils de Lavoisier, le mur d’enceinte des fermiers généraux autour de la capitale destiné à lutter contre la fraude.

La réforme monétaire de 1785

Calonne procéda en 1785 à la première réforme monétaire entreprise depuis la stabilisation des monnaies par Le Peletier des Forts en 1726. Rendue publique par une déclaration du 30 octobre 1785, cette réforme aligna le rapport entre l’or et l’argent (il passa de 14,5 à 15,5) sur celui de l’Espagne dans le but de limiter les trafics sur les espèces d’or françaises qui s’achetaient plus cher à l’étranger par suite des importations massives de piastres en France. L’opération fut réalisée par une refonte générale des louis d’or qui conservèrent leur valeur de 24 livres mais furent plus légers. Il fut désormais taillé 32 louis au lieu de 30 dans un marc d’or. Différée à plusieurs reprises et mal préparée, la refonte des louis d’or, qui prit plus de temps que prévu et lésait les intérêts des marchands d’espèces, suscita de nombreuses plaintes, pamphlets et mémoires qui diminuèrent le crédit de Calonne ostensiblement accusé de fraude par le Parlement. Indispensable pour éviter l’hémorragie d’or; la refonte des louis fut aussi destinée à procurer un bénéfice au Trésor royal (3 millions), à déthésauriser l’or et à soutenir l’emprunt du mois de décembre 1785.

L’assemblée des notables

La cessation du troisième vingtième, l’importance du déficit, prévu pour dépasser 100 millions en 1787, les anticipations portées à 255 millions et l’hostilité des parlements à la fin de 1785 contre l’émission de tout nouvel emprunt forcèrent Calonne à entreprendre des réformes de très grande ampleur. Au mois d’août 1786, il adressa à Louis XVI le Précis d’un plan d’amélioration des finances dans lequel le ministre proposa au roi de « revivifier l’Etat entier par la refonte de tout ce qu’il y a de vicieux dans sa constitution ». Craignant l’hostilité de la magistrature, Calonne réussit à faire approuver par le roi et par Vergennes la convocation d’une assemblée des notables qui, jugée plus docile que les magistrats, devrait accepter le remplacement des vingtièmes par une subvention territoriale payable en nature et sans distinctions de privilèges et, d’une manière générale, adopter en une fois toutes les réformes préconisées, tentées et rapportées successivement depuis les années 1750 : l’établissement d’assemblées provinciales chargées de répartir l’impôt, la réduction de la taille, la liberté du commerce des grains, le remplacement des corvées par une taxe additionnelle à la taille, la suppression des barrières intérieures du commerce, la transformation de la Caisse d’escompte en une banque d’Etat. Privé de l’appui de Vergennes qui venait de mourir, subissant les contrecoups de faillites retentissantes et de ses spéculations en Bourse, Calonne fut incapable d’endiguer l’hostilité des Notables lorsqu’ils eurent connaissance de l’importance du déficit. Pour se défendre, Calonne fut amené à critiquer le Compte-rendu de Necker et n’obtint en retour que les oppositions de ses nombreux partisans parmi les Notables. Il fut contraint de démissionner le 8 avril 1787.

 

L’après-ministériat

A la différence de la plupart des contrôleurs généraux des finances, Calonne continua à jouer un rôle important dans la vie publique après sa disgrâce. Il s’installa d’abord dans son château de Berny puis reçut l’ordre de se retirer dans sa terre d’Hannonville. Sous les pressions de ses ennemis et, dit-on, de la découverte d’une malversation, Louis XVI lui ordonna de rendre sa charge de grand trésorier commandeur des ordres du roi qu’il avait obtenue le 13 juin 1784. Redoutant que les parlements n’ordonnent son arrestation pour informer contre lui dans l’affaire de la refonte de 1785, Calonne quitta la France pour l’Angleterre. Il arriva à Londres au début du mois d’août 1787 et s’installa à Hyde Park Corner en compagnie de son frère, l’abbé de Calonne, de deux secrétaires, d’un interprète et de trois valets. Le roi et les ministres essayèrent alors d’éviter l’échauffement des esprits contre lui en évoquant son procès au Conseil et en interdisant la publication de pamphlets et de dénonciations, dont le fameux Monsieur de Calonne tout entier de Carra.

Soucieux de regagner du crédit auprès de la reine, Calonne entra en contact avec Théveneau de Morande, libelliste réfugié en Angleterre, et les époux Lamotte, fameux agents de l’affaire du Collier de la Reine, pour faire racheter des documents compromettants. Parallèlement, il publia de nombreux écrits pour se justifier auprès du roi, répondre aux attaques de Necker et, à partir de 1789, faire connaître ses points de vue sur l’évolution politique du royaume. Hostile à la convocation des États généraux et au doublement du tiers état, Calonne n’en décida pas moins de rentrer en France le 30 mars 1789 pour présenter sa candidature à la députation de la Flandre maritime. Conspué, il fut obligé de repartir en Angleterre où les premiers émigrés le rejoignirent après la prise de la Bastille. Il fut alors l’un des principaux chefs de la contre-révolution, séjourna dans la plupart des pays d’Europe et fut admis à rencontrer Joseph II et Catherine II. Il fit partie quelque temps du conseil des princes à Coblence et épuisa son crédit auprès du comte d’Artois et une partie de sa fortune dans le financement de l’émigration. Interdit de séjour en France depuis le 29 décembre 1792, Calonne, qui demandait sa radiation de la liste des émigrés, débarqua à Calais en mai 1802. Il proposa alors ses services à Bonaparte dans plusieurs mémoires financiers qu’il adressa à Mollien, son ancien commis au contrôle général. Il mourut le 29 octobre 1802 dans une maison à Paris située 113 faubourg Saint-Honoré.

 

Écrits

Calonne a publié de très nombreux ouvrages avant, pendant et après son ministère qui ont donné lieu à de nombreuses réponses publiques.

Mémoire présenté au roi, par M. de Calonne, maître des requêtes, Paris, Impr. Royale, 1766, in-4°, 35 p.

Mémoires concernant la navigation des rivières de la province des Trois-Evêchés et le commerce de la ville de Metz, lus dans l’assemblée publique de la Société royale des sciences et arts de Metz tenue le 18 novembre 1772, Metz, P. Marchal, 1773, in-4°, IV-426 p.

Observations et jugements sur les Coutumes d’Amiens, d’Artois, de Boullogne et de Ponthieu, sur plusieurs matières du droit civil et coutumier…, Paris, l’auteur, 1794, in-4°, XII-568 p.

Début du discours prononcé par M. le contrôleur général dans l’Assemblée des notables, le lundi 12 mars 1787, Versailles, P.-D. Pierre, s.d., in-4°, 4 p.

Discours prononcé, de l’ordre du roi et en sa présence, par M. de Calonne, contrôleur général des finances dans l’Assemblée des notables tenue à Versailles, le 22 février 1787, Versailles, P.-D. Pierres, 1787, in-4°, 34 p. (autre éd., Nancy, P.-D. Pierres, in-8, 39 p.)

Correspondance de Mr Necker avec Mr de Calonne, 1787, s.l.n.d., in-4°, 56 p.

Requête au roi, adressée à Sa Majesté par M. de Calonne, ministre d’Etat, Londres, T. Spilsbury, 1787, in-4°, 131-76 p. (trois autres éditions).

Réponse de M. de Calonne à l’écrit de M. Necker publié en avril 1787, contenant l’examen des comptes de la situation des finances rendus en 1774, 1776, 1781 et 1787, avec des observations sur les résultats de l’Assemblée des notables, Londres, T. Spilsbury, janvier 1788, in-4° (autre éd., id., in-8°, XVI-424 p. et pièces justificatives).

Motif de M. de Calonne pour différer jusqu’à l’assemblée des Etats généraux la réfutation du nouvel écrit que M. de Necker vient de publier sur l’objet de leur controverse, s.l.n.d., in-4°, 11 p.

Réponse de M. de Calonne à la lettre de M. de Beyerlé, conseiller au parlement de Nancy (5 décembre 1788), Londres et Paris, hôtel de Mesgrigny, 1788, in-8°; 20 p.

Les Etrennes de M. de Calonne à la nation française, ou Lettre contenant un léger détail des bienfaits que M. de Calonne a rendus à la France, s.l.n.d., in-8°, 7 p. et Londres, J. Adamson, in-8°, 8p.

Réponse de M. de Calonne à la dernière lettre de Madame Lebrun, publiée par M. l’abbé de Calonne, Paris, Laurent, 1789, in-4°, 24 p.

Lettre adressée au roi par M. de Calonne, le 9 février 1789, Londres, T. Spilsbury, s.d., in-4°, 140 p.

Seconde lettre adressé au roi, par M. de Calonne, le 5 avril 1789, Londres, T. Spilsbury, s.d., in-8°, 68 p.

Lettre de M. de Calonne, ministre d’Etat, à M. l’évêque de Blois, sur le cahier de Madon (15 juin 1789), s.l.n.d., in-8°, 56 p.

Lettre de M. de Calonne, ministre d’Etat, à M. de Themines, évêque de Blois, sur son ouvrage intitulé : “Instructions et cahiers du hameau de Madon”, avec la réponse de ce prélat et une seconde lettre de M. de Calonne, Londres, T. Spilsbury, 1789, in-4°, 33 p.

A MM. Les députés de l’assemblée des Etats généraux (Londres, 16 juillet 1789), s.l.n.d., in-4°, 3 p.

Lettre de M. de Calonne à l’Assemblée nationale (16 juillet 1789), Paris, Laporte, s.d., in-8°, 4 p.

Notes sur le mémoire remis par M. Necker au Comité des subsistances établi par l’Assemblée nationale, par M. de Calonne, Londres, T. Spilsbury, 1789, in-8°, 30 p.

Observations sur les finances à l’Assemblée, par M. de Calonne, Londres et Paris, Chalon, 1790, in-4°, 25 p.

De l’Etat de la France présent et à venir, par M. de Calonne, ministre d’Etat, Londres et Paris, Laurent, octobre 1790, in-8°, XVI-440-VIII p. (mars 1791, 6e éd., id., in-8°, VIII-479 p.).

De l’Etat de la France tel qu’il peut et qu’il doit être, par M. de Calonne pour faire suite à “l’Etat de la France présent et à venir”, Londres et Paris, novembre 1790, in-8°; 80 p.

Esquisse de “l’Etat de la France”, Paris, Laurent, février 1791, in-8°, 86 p.

Mémoire de M. de Calonne, ministre d’Etat, contre le décret rendu le 14 février 1791, par l’Assemblée se disant nationale, Venise et Paris, Laurent fils, 1791, in-4°, 30 p. (autre éd., 1791, id., in-8°, 54 p.).

Observations de M. de Calonne sur la déclaration de Leurs Majestés Impériale et Prussienne, signée à Pillnitz, le 27 août…, Paris, Cabinet littéraire, s.d., in-4°, 12 p.

Tableau de l’Europe en novembre 1795 et pensées sur ce qu’on a fait et qu’on n’aurait pas dû faire, sur ce qu’on aurait dû faire et qu’on n’a pas fait, sur ce qu’on devrait faire et que peut-être on ne fera pas, Londres, J. de Boffe, s.d., in-8°, 143 p. (autre éd., in-8°, 119 p.)

Tableau de l’Europe, jusqu’au commencement de 1796, et pensées sur ce qui peut procurer promptement une paix solide, suivi d’un appendix sur plusieurs questions importantes, Londres, J. de Boffe, mars 1796, in-8°, XIX-215 p.

Lettre de M. de Calonne au citoyen auteur du prétendu rapport fait à S.M. Louis XVIII (16 juillet 1796), Londres, de Boffe, 1796, in-8°, 31 p.

Lettre de M. de Calonne sur les finances, aux Français (18 février 1797), Paris, Chaudrillié, s.d., in-8°, 8p.

Lettre à l’auteur des “Considérations sur les affaires publiques, au commencement de l’année 1798”, Londres, de Boffe, s.d., in-8°, 24 p.

Tant mieux pour elle, comte plaisant…, s.l.n.d., in-12°, 140 p. (attribué aussi à l’abbé de Voisenon).

 

Sources et bibliographie

Les principaux actes notariés de Calonne sont conservés au Minutier central des notaires parisiens dans les études LVI (liasse 152, contrat de mariage, 9 avril 1769) et XLVIII, (liasse 47, inventaire après décès, 10 frimaire an XI). Une partie de ses papiers est conservée aux Archives nationales (sous-série 297 AP et T 260-261) et aux Public Record Office à Londres. Ces derniers documents, dont certaines copies sont conservées dans la sous-série AB XIX des Archives nationales, ont fait l’objet d’une étude sommaire de Christian de Parrel, Les papiers de Calonne, documents pour servir à l’histoire de la contre-révolution, Cavaillon, 1932. le Northamptonshire Record office (Grande-Bretagne) détient la correspondance échangée entre Calonne et Edmond Burke de 1790 à 1792.

Il n’existe pas d’études particulières sur la famille Calonne mais plusieurs biographies consacrées au ministre par G. Suzane, La tactique financière de Calonne, Paris, 1901, Pierre Jolly, Calonne (1734-1802), Paris, 1949 et Robert Lacour-Gayet, Calonne. Financier, réformateur et contre-révolutionnaire, 1734-1802, Paris, 1963.

Outre ces travaux, qui ne sont pas entièrement satisfaisants, les ouvrages de Guy Chaussinand-Nogaret, Les financiers du Languedoc au XVIIIe siècle, Paris, 1970, d’Herbert Lüthy, La Banque protestante en France, Paris, 1959-1961, 2 vol., de Denise Ozanam, Claude Baudard- de Sainte-James, Trésorier Général de la Marine et brasseur d’Affaires (1738-1787), Genève-Paris; 1969, de John-F. Bosher, French finances, 1771-1795. From Businesse to Bureaucracy, Cambridge, 1970 et de Michel Zylberberg, Une si douce domination. Les milieux d’affaires français et l’Espagne vers 1780-1808, Paris, 1993, contribuent à éclairer le contexte général dans lequel s’est inscrit le ministère Calonne.

L’agiotage a fait l’objet des travaux détaillés de Jean Bouchary, L’eau à Paris à la fin du XVIIIe siècle. La Compagnie des eaux de Paris et l’entreprise de l’Yvette, Paris, 1946, Les Compagnies financières à Paris à la fin du XVIIIe siècle, Paris, 1940-1942, 3 vol., Les manieurs d’argent à Paris à la fin du XVIIIe siècle, Paris, 1939-1943, 3 vol.

Divers aspects de l’action ministérielle de Calonne sont évoqués par Guy Thuillier, La monnaie en France au début du XIXe siècle, Paris, 1983 et J. Conan, La Dernière Compagnie française des Indes, 1787-1875, Paris, 1942. Enfin les travaux de l’Assemblée des notables ont été analysés par Jean Egret, La Pré-révolution française, Paris, 1977 et Pierre Chevallier, Journal de l’Assemblée des Notables de 1787 par le comte de Brienne et Etienne Charles de Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, Paris, 1960.

A noter également

L'ouvrage publié en décembre 2005 par Guy Thuillier La réforme monétaire de 1785 : Calonne et la refonte des louis au Comité dans la série Recueil de documents


Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances

Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances  présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.

 

Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1

Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc

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Journée d'étude «Réorganiser l’administration. Réformes, fusions, disparitions de départements ministériels. Bilan et prospective» organisée par le département Recherche, Étude, Veille (IGPDE) le 1er juin 2007 à Bercy.

 

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