Pierre Jeannin
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Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.
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Pierre Jeannin
Né en 1542 à Autun
Mort le 22 mars 1623 à Chaillot
Action ministérielle
Pierre Jeannin n'intervient directement dans les finances qu'après l'assassinat de Henri IV, en trois temps. Sully ayant démissionné de la surintendance le 26 janvier 1611, il est remplacé par un conseil de direction pour le maniement des finances comprenant le chancelier, le garde des sceaux, plusieurs membres anciens du Conseil, trois directeurs nouvellement nommés et un contrôleur général. Jeannin accède pour un an à cette fonction. Il y est maintenu en 1612, pour une nouvelle année, et ainsi de suite jusqu'en 1616. En mai 1616, Concini désirant en finir avec les anciens conseillers de Henri IV, désigne Claude Barbin. Pierre Jeannin dépossédé reçoit le titre honorifique de surintendant, une récompense de 12 000 écus, l'intendance des finances pour son gendre Castille et la possibilité de siéger au Conseil et au Conseil des finances. Enfin, après la prise de pouvoir de Louis XIII, en 1617, il est rappelé aux affaires avec le titre qui lui était échu en 1616.
Pierre Jeannin n'est pas un gestionnaire. Selon Tallemant des Réaux, au moment de sa nomination au contrôle général, il se serait écrié : « De quoi se sont-ils avisés de m'aller enger (imposer une corvée) de leurs finances? Le moindre marchand fera cela ». Il intervient, de plus, dans une situation difficile, alors que, profitant de la Régence, les appétits nobiliaires se manifestent, qu'il faut réprimer militairement de multiples révoltes, que les anciens conseillers et les amis de la Régente se livrent à des luttes intestines au sein du gouvernement, et qu'il lui faut s'expliquer par deux fois, aux États généraux de 1614 et à l'assemblée des notables de Rouen en 1617, sur sa gestion.
Sa politique financière épouse les deux temps principaux de ses nominations.
–Jusqu'en 1616, l'essentiel est de rétablir la paix.
« Le mal qui provient de la perte de l'argent peut être réparé » dit-il aux États généraux. Aussi paie-t-il les pensions sollicitées par les nobles et évaluées à 5 500 000 livres en 1614 et finance-t-il les armées nécessaires au contrôle de la situation : les dépenses destinées aux armées et aux ambassades passent de 6 000 000 livres en 1612 à 7 500 000 livres en 1613, 9 000 000 en 1614, 10 300 000 livres en 1615, 12 500 000 livres en 1616. Du coup, les impôts directs et indirects augmentent. Du moins peut-il déclarer qu'il n'a jamais pris de décisions seul mais avec le Conseil dont il fait partie. Malgré tout, il tempère les excès de la paulette, réorganise les bureaux, tente de pallier les effets de la hausse de l'or, négocie au plus serré les demandes d'argent des uns et des autres et puise dans les réserves de la Bastille pour épargner les populations soumises à l'impôt. Toutefois, il n'est pas totalement maître du jeu : en 1613, Antoine Allory, adjudicataire victorieux du bail des cinq grosses fermes, doit s'incliner devant la volonté de la reine de le donner à un candidat de sa favorite, Léonora Galigaï; en 1615, Marie de Médicis demande que l'on prélève 1 200 000 livres sur les réserves de la Bastille pour financer le déplacement nécessaire aux mariages espagnols; Jeannin refuse mais doit céder aux ordres de la souveraine.
–Après 1617
Jeannin souhaite redresser les finances du pays. Il veut limiter la pratique des recettes extraordinaires et réduire les pensions et les débours militaires. Il reçoit l'aval des notables de Rouen. Les dépenses militaires et les deniers extraordinaires s'abaissent donc en 1618 (9 500 000 livres; 7 500 000 livres). Mais ils s'élèvent à nouveau en 1619 (12 300 000 livres; 12 000 000 livres). Les réformes envisagées ne tiennent pas devant la reprise des tensions internes (guerres de la mère et du fils) et externes (exécution de Jean Oldenbarnevelt aux Provinces-Unies).
L'après ministériat
En raison de son grand âge (soixante-dix-sept ans ) et de son indisposition, Jeannin demande à être déchargé de la surintendance, ce qui lui est accordé le 6 septembre 1619. Il reste membre du Conseil, perçoit 40 000 écus en plus de la rémunération annuelle de surintendant qui lui est maintenue sa vie durant. Son gendre est nommé contrôleur des finances. Lui-même reçoit l'office de trésorier général de France à Dijon.
Jusqu'à sa mort, Jeannin est consulté, surtout en matière diplomatique. En février 1620, au moment où la guerre de Trente Ans prend un tour européen, il préconise le changement dans la politique extérieure de la France : le refus de l'alliance avec les protestants dont il faudrait abattre la puissance; la paix plutôt que la guerre; mais si l'on doit en venir au conflit, intervenir en Bohême plutôt qu'au Palatinat. En avril 1622, il recommande à nouveau de maintenir la paix et l'alliance avec l'Angleterre. A la fin de la même année, en réponse à une question précise de Louis XIII sur l'attitude à observer dans la guerre hispano-hollandaise, il se déclare hostile à tout rapprochement entre l'Espagne, l'Angleterre et les Provinces-Unies.
Il donne également son avis sur certaines affaires intérieures, toujours pour solliciter le retour à la paix intérieure, notamment avec les protestants et les princes qui entourent la reine mère, ainsi en 1622. Il intervient aussi pour des problèmes familiaux : en janvier 1623, son gendre est entraîné dans la chute du surintendant Schomberg; il réclame qu'il soit jugé selon les lois.
Il meurt le 22 mars 1623 à Chaillot. Il est inhumé à Autun dans une chapelle de la cathédrale Saint-Lazare, à côté de son épouse, leurs coeurs étant déposés sous l'autel du prieuré Saint-Ruf à Chagny. Le monument où les deux époux sont représentés en prières est de Nicolas Guillain dit de Cambrai.
Écrits
Humaniste et juriste, Pierre Jeannin réédite en 1604 l'ouvrage de Pierre Charron sur La Sagesse. Après son ministériat, il écrit un Discours apologétique et la préface d'une vie de Henri IV qu'il n'a pas le temps d'entreprendre. L'abbé de Castille publie, en 1656, Les négociations et oeuvres meslées de Monsieur le Président Jeannin, in folio, 758 pages. De nombreuses lettres de lui ont paru de son vivant – ainsi les Lettres de MM.les chancelier Brûlart, garde des sceaux et Président Jeannin écrites à la reine mère, Paris, Froment 1619, in 8°, 13 pages – ou au XIXe siècle – comme Deux lettres inédites du Président Jeannin publiées par Anatole de Charmasse en 1885 et « Lettres du Président Jeannin » par Noël Garnier (Mémoires de la société bourguignonne de géographie et d'histoire) en 1888.
Sources et bibliographie
- On trouve assez peu de choses dans le cabinet des titres du département des manuscrits de la B.N.F. (Dossiers bleus 369; Pièces originales 1578, dossier 36199).
- Les négociations, republiées dans les Mémoires pour servir à l'histoire de France, deuxième série, Tome IV, Paris, 1837, 719 pages sont assez éclairantes.
- L'ouvrage le plus récent est celui de H. Ballande, Rebelle et conseiller de trois souverains, le Président Jeannin, 1542-1623, Barre Dayez éditeurs, 1981, 279 pages.
Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.
Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1
Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc