Nicolas Fouquet
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Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.
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Nicolas Fouquet
Baptisé le 27 janvier 1615 à Paris
Mort le 23 mars 1680 à Pignerol
Action ministérielle
De 1653 à 1661, deux temps se distinguent nettement dans son action.
Jusqu'en 1659
Le règlement du 24 décembre 1654 fixe les responsabilités et les missions de chacun. Fouquet est chargé de recouvrer les sommes nécessaires à l'Epargne et aux paiements effectués par Abel Servient qui est l'ordonnateur de toutes les dépenses. Il doit superviser les comptes des fermiers et des traitants, rechercher et créer des ressources financières nouvelles.
Trois principes guident le ministre : il faut assurer, à tout moment et par tous les moyens, les finances qui permettront à l'État de triompher de l'Espagne avec laquelle la France demeure en guerre; il faut rétablir et maintenir la confiance dans l'État; les financiers sont nécessaires.
Toutes les ressources sont donc augmentées : la taille, mise en parti, passe de 29 000 000 livres en 1654 à 38 000 000 en 1655; les fermes de 16 880 000 en 1653 à 20 252 000 en 1659 et toutes les affaires extraordinaires sont encouragées.
Pour ramener la confiance, le surintendant use de toutes les séductions et dépense largement. Il procède à la réassignation des vieux billets de l'Épargne sur de nouveaux fonds.
Les emprunts de toutes sortes se multiplient. Mais des difficultés apparaissent en 1657. 11 800 000 livres, gagées sur les revenus du quartier d'hiver 1657-1658 sont prêtées par Hervart, le trésorier de l'Epargne Jeannin de Castille et Fouquet. En 1658, les sommes nécessaires sont fournies par le trésorier de l'Épargne La Bazinière et le financier Monnerot.
Après 1659
Le 17 février 1659, Abel Servient meurt. Après quelques hésitations, Nicolas Fouquet reste seul titulaire de la surintendance. La paix des Pyrénées est signée avec l'Espagne. On peut donc engager un redressement des finances portant sur cinq points.
Réduction des tailles
Une remise de 20 000 000 livres est accordée sur les arriérés de 1647 à 1656.
Augmentation des impôts indirects
Par le regroupement des fermes et de nouvelles adjudications, il fait passer leurs revenus de 20 252 000 livres à 32 020 000 livres.
Diminution du déficit budgétaire par la réduction des dépenses de l'Etat
Les rentes sont particulièrement visées et sont réduites de 2 000 000 livres par an.
Rétablissement des trésoreries municipales
Les dettes des villes de Bourgogne, de Toulouse et de Moulins sont liquidées.
Levées de contributions diverses sur les financiers
Fouquet refuse le principe d'une Chambre de justice mais négocie avec les financiers la manière dont ils peuvent participer au redressement du pays. Les remises et les taux d'intérêt des prêts sont diminués. En outre, les traitants doivent verser, en 1657, un quarantième des remises accordées et les fermiers 300 livres par an pour chaque tranche de 100 000 livres jusqu'à 3 000 000 livres de la valeur de leurs baux et 150 livres par an pour chaque tranche de 100 000 livres au-delà; en 1658, ils doivent restituer ce qui excède le sixième et les deux sols pour livre sur les remises dont ils ont bénéficié depuis 1635; en 1661, il leur faut rendre le douzième de l'intérêt des sommes que l'État leur a remis lors de la signature des résultats; en 1659 et 1660, des prêts forcés les frappent.
En matière économique, Fouquet, gouverneur de l'Amérique, est particulièrement actif dans le commerce maritime. Il possède au moins dix navires et une importante participation dans une compagnie constituée, en 1658, au capital de 1 050 000 livres, pour vendre des toiles blanches de Laval, Rouen et Château-Gontier en Espagne et aux Indes. Mais il est difficile de savoir si ces affaires privées sont ou non les prémisses d'une implication mercantiliste de l'État dans le commerce international.
L’après ministériat
A la mort de Mazarin, en 1661, Fouquet fait partie avec Lionne et Le Tellier du Conseil d'En haut qui dirige le pays avec le roi. Il ne se méfie pas de l'ancien intendant du Cardinal, Jean-Baptiste Colbert, qui ne souhaite pas que l'on découvre les agissements financiers de son maître (et de lui-même), ni du roi qui se scandalise de sa magnificence, particulièrement évidente lors de la fête qu'il donne à Vaux, le 17 août 1661. Pour prêter 1 000 000 livres au roi, Fouquet vend sa charge de procureur général, se privant ainsi de la seule protection qui lui aurait évité d'être traduit devant une juridiction extraordinaire. A la fin du mois d'août 1661, il se rend, à la suite du monarque, à Nantes, pour la tenue des Ètats de Bretagne.
Le 5 septembre, il est arrêté, par d'Artagnan, sur ordre royal, puis ramené à Paris où sa femme est assignée à résidence et où commence son procès inséré dans les recherches de la Chambre de justice contre les financiers. Deux chefs d'accusation sont retenus contre lui. Se fondant sur un écrit retrouvé à Saint-Mandé, il est accusé du crime de lèse-majesté. Huit griefs – création de prêts fictifs; accords d'avances au roi alors qu'il est ordonnateur des fonds; confusion de l'argent du souverain et du sien; prise d'intérêts dans les fermes et les partis; réception de pensions et de gratifications par des partisans; trafic de vieux billets de l'Épargne; réforme de vieux billets; conclusion d'accords désavantageux pour le roi – fondent l'accusation de péculat. Malgré la gravité des charges et le choix judicieux des juges réalisé par le souverain, le rapporteur Olivier Lefevre d'Ormesson, considérant que les faits sont mal fondés, conclut, le 9 décembre 1664, au bannissement à perpétuité de l'ancien surintendant, ses biens étant acquis et confisqués. Sa proposition est suivie par treize juges contre neuf. Le 22 décembre, le roi commue la peine en prison à vie. Le 27 décembre, Fouquet quitte Paris et gagne, sous bonne escorte, après un voyage de trois semaines, la forteresse de Pignerol. Son gardien, le mousquetaire Bénigne d'Auvergne, sieur de Saint-Mars, reçoit des instructions très précises : le prisonnier, installé dans le donjon, ne doit communiquer oralement ou par écrit, avec personne; il ne doit recevoir aucune visite sauf celle d'un prêtre pour les grandes fêtes; il est privé de promenade et ne peut lire qu'à condition de ne disposer que d'un livre à la fois. Sa captivité n'est perturbée que trois fois : en juin 1665, la foudre s'abat sur le donjon et il doit loger ailleurs en attendant (un an) les réparations; en 1669, son commis La Forêt et un complice organisent une tentative d'évasion qui échoue très vite; en novembre 1671, le comte de Lauzun, capitaine des gardes du corps du roi, est emprisonné à Pignerol et les deux hommes trouvent le moyen de communiquer. Fouquet occupe son temps à lire, à méditer, faire de la poésie, rédiger des traités de piété et à apprendre le latin et la pharmacie à un de ses valets. Peu à peu, son incarcération s'assouplit. Il reçoit des lettres de Louvois et lui envoie des conseils financiers et médicaux. A partir de 1674, les époux Fouquet peuvent échanger deux lettres par an; en 1675, un mémoire de son ancien commis Bruant lui parvient; en 1677, la promenade et tous les « jeux honnêtes » lui sont permis; en mai 1679, son fils ainé et sa femme lui rendent visite. Il semble que l'on s'achemine vers la libération du prisonnier. Mais le 23 mars 1680, Fouquet meurt, probablement d'apoplexie, bien que le bruit de son empoisonnement par un de ses valets ait couru. Son corps est rapatrié à Paris, dans le couvent de la Visitation Sainte-Marie, au moment où l'on ouvre le caveau familial, à l'occasion de la mort de sa mère, en 1681.
Écrits
Si Fouquet a sans doute écrit des poésies, des bouts rimés et autres pièces mondaines quand il fréquentait la haute société et les cénacles littéraires dont il était volontiers le mécène, il n'a publié ses oeuvres qu'au moment de son procès. En 1663 paraît L'office de la Sainte et Immaculée Conception de la glorieuse Vierge Marie mis en français avec une explication de ce qui est contenu dans cet office par M.N.F.V.D.M. , in 12, 284 pages, de 1665 à 1668, le Recueil des défenses de M. Fouquet, in 12, 13 volumes et de nombreuses requêtes contre les accusations formulées à son égard. En 1696, Les oeuvres de M. Fouquet, ministre d'État contenant son accusation, son procès et ses défenses contre Louis XIV, in 12, 16 volumes rassemblent le tout.
Sources et bibliographie
Le cabinet des titres du département des manuscrits de la B.N.F. fournit tous renseignements généalogiques (Pièces originales 1219, dossier 27 349; Dossiers bleus 279; Nouveau d'Hozier 142, dossier 3082; Chérin 84, dossier 1714). L'étude notariale de la famille Fouquet est l'étude LI. S'y trouvent notamment, les inventaires établis après les décès de son père François Fouquet (LI-505, 20 juillet 1640) et de Marie Fourché (LI-511, 1er juillet 1643), son premier mariage (LI-504, 10 janvier 1640) et celui de sa première fille (LI-542, 11 février 1657). Le contrat de son second mariage est dans l'étude XIX (443, 4 février 1651). Les papiers d'Ormesson (A.N. 156 Mi ) et les Défenses de Nicolas Fouquet éclairent son action de manière très significative.
L'ouvrage le plus récent sur Nicolas Fouquet est celui de D. Dessert, Fouquet, Fayard, 1987, 404 pages.
On peut également se reporter à :
- J. Lair, Nicolas Fouquet, procureur général, surintendant des finances, ministre d'État de Louis XIV, Paris 1890, 2 volumes, 577, 571 pages
- U.V. Chatelain, Le Surintendant Nicolas Fouquet, protecteur des Lettres, des Arts et des Sciences, Paris, Perrin, 1905, 598 pages
- G. Mongrédien, L'affaire Fouquet, Paris, 1956, 255 pages.
Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.
Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1
Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc