Maximilien de Béthune, duc de Sully
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Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.
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Maximilien de Béthune
Né le 13 (?) décembre 1559 à Rosny (Yvelines)
Mort le 22 décembre 1641 à Villebon (Eure-et-Loir)
Action ministérielle
De la fin de l'année 1597 à sa démission de la surintendance, le 26 janvier 1611, son action s'exerce dans cinq domaines.
Apuration de l'héritage financier
A l'issue des guerres civiles, la dette exigible résultant d'emprunts non remboursés ou d'engagements non tenus contractés auprès de puissances étrangères ou de créanciers français s'élève à environ 150 000 000 de livres; en outre, le domaine royal, quoiqu'il soit inaliénable, a été en grande partie vendu.
• Le règlement des dettes
Avec les souverains étrangers et les plus gros créanciers français, Sully réussit soit à échelonner les remboursements soit à les réduire. Ainsi le prince d'Anhalt reçoit-il une rente sur les gabelles de France, le duc de Toscane compense-t-il ce qu'on lui doit en ne versant pas la dot de la reine Marie de Médicis, le roi d'Angleterre compte-t-il les subsides accordés aux Provinces-Unies par la France comme des remboursements et les colonels suisses préfèrent-ils une somme moindre mais rapidement payée à la totalité de leur dû remis à plus tard. De même, Sully obtient-il à dégager les bijoux de la couronne, donnés en gages à Rucellaï et à Le Grand, moyennant de piètres dédommagements.
Pour les rentes dont les intérêts (« arrérages ») n'avaient pas toujours été versés, Sully agit en trois temps. Dès mars 1599, une commission inventorie celles qui ont été souscrites depuis 1560 et la manière dont elles ont été réglées. Une deuxième commission définit les termes du remboursement dans l'arrêt du 17 août 1604. Tous les arrérages impayés ne seront pas versés; seuls seront exigibles les termes qui viendront à échéance à partir du 1er janvier 1605. Enfin, toutes les rentes sont vérifiées et les taux d'intérêts revus en fonction de la date et des conditions de l'achat : celles qui ont été acquises avant 1575 voient leur intérêt passer du denier 12 (8,33%) au denier 16 (6,25%) si elles ont été loyalement payées et au denier 18 (5,55 %) voire au denier 24 (4%) dans le cas contraire; pour les plus récentes, le taux n'est pas modifié, sauf si elles sont considérées comme frauduleuses, auquel cas le taux d'intérêt est diminué du denier 12 au denier 18. Cette banqueroute rencontre l'hostilité des rentiers qui font intervenir le prévôt des marchands de Paris et manifestent à l'Hôtel de ville. Sully renonce, en 1605, à appliquer la « réduction » des rentes.
• Le rachat des rentes et du domaine
Il s'effectue surtout en 1608 et 1609, grâce aux traitants à qui Sully permet de racheter des portions de domaine ou d'acquitter des rentes pour un montant déterminé moyennant la jouissance de ces biens ou d'une taxe créée à cet effet, pendant un certain temps (généralement seize ans). cent soixante-treize traités sont ainsi conclus par cent vingt-deux partisans pour 135 000 000 livres. Mais tous ne sont pas éxécutés, surtout après l'assassinat du roi.
• Remise en ordre de la fiscalité.
En août 1598, une commission chargée d'examiner et de juger les problèmes survenus dans l'assiette et la perception de la taille est envoyée dans chaque généralité où sévit la taille personnelle. L'édit de mars 1600 réorganise la répartition et la levée de l'impôt direct.
– Réforme monétaire
En 1602, pour remédier à la raréfaction des métaux précieux, à la hausse des prix de l'or et de l'argent et à la spéculation, une dévaluation de 8,33% frappe l'écu dont la valeur officielle est fixée à 65 sols. Mais ce cours ne peut être tenu. Après avoir consulté des experts, Sully réunit une commission de conseillers d'État. En août 1609, toutes les espèces étrangères sont décriées; un nouveau rapport est établi entre l'or et l'argent; de nouvelles pièces d'or doivent être frappées, les « Henrys ». Mais la Cour des monnaies et le Parlement, hostiles à la modification du rapport entre l'or et l'argent, refusent d'enregistrer l'édit.
– Contrôle des officiers de finance
Sully se méfie beaucoup des officiers qu'il accuse de peu travailler et de s'enrichir aux dépens du pays. En 1597, 1601-1604 et 1607, il les soumet à des chambres de justice destinées à punir ceux qui ont malversé dans l'exercice de leurs fonctions. Il exige également que le contrôle de leurs comptes – ordinairement effectué par la Chambre des comptes – soit d'abord réalisé par le Conseil. Enfin, il s'en prend aux trésoriers généraux de France organisés, dans chaque généralité, en bureaux dirigés par un président. En décembre 1598, les bureaux et les présidents sont supprimés et les dix trésoriers doivent servir alternativement, une année sur deux, par groupe de cinq, en attendant que leur nombre soit réduit à deux, au fur et à mesure des vacances. Toutefois, en novembre et décembre 1608, il rétablit les bureaux et les présidents moyennant finance et la mise en place, en décembre 1604, du droit annuel – versement par les officiers désirant transmettre leurs offices d'une taxe équivalente au 1/60ème de la valeur de la charge – au lieu de la nécessaire attente de quarante jours après la résignation de l'office, donne davantage de liberté à leurs détenteurs.
– Amélioration de la gestion des finances
Pour une meilleure gestion, Sully organise des enquêtes auprès des officiers. Il réalise ensuite des statistiques, ainsi le Traité du revenu et dépense des finances de la France de 1607. Chaque dépense prévue est assignée sur une recette. Chaque année, des états prévisionnels fixent les recettes et les dépenses attendues et les états au vrai de l'année précédente sont arrêtés, vérifiés et signés au Conseil des finances. Toutes les administrations provinciales des finances qui ne rapportent pas ce qu'il en attend sont modifiées. Ainsi les états de Guyenne sont-ils remplacés par des officiers royaux dans le cadre d'élections.
– Réalisation d'excédents budgétaires
L'augmentation des revenus ordinaires et la restriction des dépenses permettent de dégager des excédents, presque chaque année, à partir de 1602. Les impôts directs fournissent plus de la moitié des 20 000 000 livres des recettes; les taxes indirectes, toujours affermées mais davantage regroupées et non accrues du sol pour livre qui devait frapper les marchandises entrant dans les villes où se tenaient des marchés et des foires et auquel le ministre a dû renoncer, 25%; les parties casuelles (revenus provenant des offices), 10%; les contributions des états, 7%; les ressources des bois, 4%. Les dépenses varient entre 16 et 19 000 000 livres, 9 à 10 000 000 livres étant consacrés aux dépenses de la cour, de l'administration et aux comptants (dépenses non soumises au contrôle de la Chambre des comptes) et 6 000 000 aux forces militaires et aux frais diplomatiques qui, en ces temps de paix, restent limités. Les bénéfices annuels sont variables mais s'établissent, en moyenne, à 1 755 627 livres par an. Conformément à ce qui a été prévu en juillet 1602, ils sont déposés, à partir de septembre 1605, dans un coffre, à la Bastille. En 1609, le « Trésor de la Bastille » s'élève à 9 000 000 livres.
L'après ministériat
Ayant reçu 300 000 livres, doublées en mai, lors de sa démission, toujours grand voyer de France, surintendant des bâtiments et gouverneur du Poitou, Sully se retire sur ses terres. Ses interventions publiques sont limitées : il participe à l'assemblée protestante de Saumur (mai-septembre 1611), à la révolte de Condé (août 1615-mai 1616), à la négociation de la paix de Loudun et est chargé d'une mission de paix – qui échoue – auprès des protestants révoltés, en mars 1622. A Loudun, il obtient d'être maintenu dans ses charges, leur survivance pour son fils François et son gendre Rohan, le paiement en deux ans de sa première indemnité et le règlement de tous ses gages jusqu'au jour où il a rejoint Condé (soit 120 000 livres). A la mort de son fils Maximilien, il ne peut retrouver la charge de grand maître de l'artillerie dont il avait conservé la survivance. En compensation, il est nommé maréchal de France (18 septembre 1634).
Il se consacre donc, pendant trente ans, à ses affaires personnelles. Il fait aménager ses châteaux et son hôtel parisien acheté en février 1634, s'occupe de sa famille dont il fait écrire l'Histoire généalogique par André Duchesne, de la gestion et de la transmission de ses biens. Il lit et écrit. Il teste le 5 octobre 1640 et le 1er février 1641 et s'éteint, dans son château de Villebon, le 22 décembre 1641. Il est enterré dans un mausolée proche de l'hôpital de Nogent-le-Rotrou, profané en 1793 et reconstitué, en 1883, avec les restes recueillis à l'hôpital, au château de Sully-sur-Loire.
Écrits
Outre des traités de caractère technique – Traité de la guerre; Maréchal de camp, Instructions de police et de milice – et un Discours des desseins du roy lors de sa mort qui ne nous sont pas parvenus, Sully a rédigé Adieu de Monseigneur le duc de Sully à la cour, Abrégé de la vie de Henri Auguste, quatrième du nom, très victorieux et invincible roy de France et de Navarre (1609), Parallèles de César et de Henry le Grand (1615), Gélastide, ou les illustres princesses et belliqueuses pucelles du puissant empire de la grande Sclaramane de Dolosophomoris, les Sclarazones diamantées, Percy de Ruhicelle et Pyrope, un roman en quatre volumes dont un épisode a été publié en 1930 et les Mémoires des sages et royales Oeconomies d'Estat domestiques politiques et militaires de Henry le Grand, l'exemplaire des roys, le prince des vertus, des armes et des loix et le père en effet de ses peuples françois et des servitudes utiles, obéissances convenables et administrations loyales de Maximilien de Béthune, l'un des plus confidens familiers et utiles soldats et serviteurs du grand Mars des François, dédiez à la France, à tous les bons soldats et tous peuples françois (1640) qui contient Le Grand Dessein, un plan complet de réorganisation des Etats européens dirigés par un Conseil général.
Sources et bibliographie
- Les papiers d'État de Sully, conservés aux Archives nationales dans la série 120 AP, sont la source essentielle pour l'oeuvre financière de Sully.
- Le notaire Fournyer a été le praticien quasi exclusif de Sully, à Paris, à partir de 1600. S'y référer pour les affaires publiques et privées du ministre est une nécessité (A.N. Minutier central des notaires de Paris III 460-570). F. de Mallevoue en a montré tout l'intérêt (Les actes de Sully passés au nom du roi de 1600 à 1610 par devant maître Simon Fournyer, Paris, 1911, in 8°). Son second testament est annexé à celui du cinquième duc de Sully (A.N. Minutier Central CXXXIV 392, 10 mars 1729).
- Nombre de documents ne se trouvent que dans les Mémoires de Sully dont il convient de beaucoup se méfier.
Sully (Maximilien de Béthune duc de), Mémoires des sages et royales Oeconomies d'Estat, ed. Michaud et Poujoulat, Nouvelle collection pour servir à l'histoire de France, 2e série, tomes II-III, Paris, 1837, 2 vol.
Sully, Oeconomies royales, Èd. David Buisseret et Bernard Barbiche, Paris, Société de l'histoire de France, 1970-1988, tome I (1572-1594); tome II (1595-1599).
Les ouvrages les plus récents sont :
- B. Barbiche et S. de Dainville-Barbiche, Sully, Fayard, 1997, 698 pages
- I. Aristide, La fortune de Sully, Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 1990, 497 pages.
A signaler également : Sully tel qu'en lui même, Actes de la journée d’études tenue au château de Sully-sur Loire le 23 octobre 1999 sous la direction scientifique de Jean-Pierre Babelon Comité pour l'histoire économique et financière de la France, 2004, 100 pages.pages.
Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.
Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1
Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc