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XVIIe siècle - Page 6

Jean Bochart


Creation Date
09-02-2006
Update time
09-02-2006
Source:
IGPDE
Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.

Jean Bochart

Né en 1561(?) à Paris

Mort le 27 avril 1630 à Paris

 

Action ministérielle

La commission de la charge de surintendant des finances donnée conjointement à Jean Bochart et Michel de Marillac, le 27 août 1624, s'inscrit dans le cadre de l'accession au pouvoir de Richelieu. Avec l'aide de la reine mère et du parti dévôt, il revient au Conseil le 29 avril 1624 et y occupe rapidement la première place, devenant le principal ministre. Après l'élimination du surintendant La Vieuville, il propose son remplacement par trois personnes « qui s'éclairassent l'un l'autre », « qui s'appellent chefs ou administrateurs des finances, qui feront la charge que faisoit le surintendant, sans néanmoins pouvoir rien ordonner qu'il ne soit arrêté au conseil ». Ils doivent présenter un certain profil : « ni de trop haute ni de trop basse condition », qui « ne soient pas gens d'épée, d'autant que telles gens ont trop d'ambition et de vanité, et prétendent incontinent des charges et des gouvernements au préjudice de l'État » mais plutôt « des gens de robe longue, dont les prétentions ne pensent à aller à des offices de la couronne ou gouverneurs comme les autres »; des gens « qui fussent modérés de réputation publique, telle que leur probité donnât bonne odeur au gouvernement futur ». Sollicité par le roi de fournir des noms, Richelieu finit par livrer ceux de Bochart, Marillac et Molé. « Il lui dit que le sieur de Champigny qui étoit contrôleur des finances, demeurant, par la retraite du sieur de La Vieuville, le premier aux finances, comme d'ailleurs il étoit le plus ancien du conseil, il n'y avoit point d'apparence de le changer, étant reconnu de tout le monde pour homme de probité tout entière. Il dit en outre que la réputation de M. de Marillac étoit si entière et sa capacité si grande, qu'il croyoit que son emploi ne serviroit pas peu à faire croire que les finances seroient administrées avec ménage. Il nomma aussi le sieur Molé, procureur général du parlement, comme personne de si singulière probité et dont les mains innocentes aideroient beaucoup au dessein qu'on avoit de bien administrer les finances et le faire connoître, outre que les communautés verroient qu'on choisissoit dans le corps des gens pour l'administration de l'État ». C'est donc à la fois pour sa sagesse d'ancien (il a alors vraisemblablement soixante-quatre ans), son appartenance au monde de la robe et à un grand corps de l'État, son absence d'ambition et de vanité, sa modération et son honnêteté en même temps que son appartenance au parti dévôt et à la famille de Richelieu que Bochart est choisi.

Le règlement du roi sur la fonction de la charge de surintendant des finances dont ont été pourvus Champigny et Marillac, daté du 2 septembre 1624, précise les tâches de tous ceux qui sont impliqués dans le processus financier. Les intendants des finances, le trésorier de l'Épargne et les surintendants doivent s'assembler deux fois par semaine (plus si c'est nécessaire) au logis du plus ancien pour préparer les affaires et les apporter au conseil de la direction. Ils ordonnent les dépenses courantes de jour en jour jusqu'à 1 000 livres et signent les expéditions sur les ordonnances commandées par le roi et paraphées par les secrétaires d'État suivant l'état du trésorier de l'Épargne qui le présente, avec les surintendants, au roi qui l'arrête et le signe tous les quinze jours ainsi que le secrétaire d'État en service, le garde des sceaux et les surintendants. Pendant la quinzaine, un état des autres dépenses à effectuer est dressé. Il est soumis au roi. Les comptants doivent être signés par le monarque, un secrétaire d'État, le garde des sceaux, les surintendants et les intendants. L'état général des finances qui se fait en début d'année ainsi que ceux qui en découlent sont présentés au roi et aux ministres par les surintendants pour être jugés et arrêtés par le souverain. A la fin de chaque année, tous les états de recettes et dépenses de tous les comptables qui doivent compter par état au Conseil sont arrêtés par les surintendants et les intendants des finances. Le trésorier de l'Épargne, qui doit faire toute la diligence nécessaire pour entrer dans les fonds devant lui parvenir, produit tous les six mois son état de recettes et dépenses aux surintendants qui le vérifient et l'arrêtent. Les traités et partis sont résolus en présence du roi et des ministres. Les ordonnances ou acquits pour dons ordonnés par le monarque ne doivent pas être acquittés sur des recettes provenant des impositions. Tous les paiements, assignations et réassignations doivent être vérifiés au Conseil et avoir été prévus au début de l'année. Les acquits patents, mandements, quittances des parties casuelles et autres expéditions doivent être contrôlés par les surintendants.

De septembre 1624 à février 1626, deux tâches mobilisent les surintendants : la Chambre de justice et le financement des affaires quotidiennes. Réunie le 21 octobre 1624, conformément à la promesse faite par la monarchie aux États généraux de 1614 d'en tenir une tous les dix ans – et pour y inclure le procès de La Vieuville – , dans une ambiance de délation et d'hostilité générale dont témoignent les pamphlets, tels ceux de Jean Bourgoin, qui circulent dans le pays, la Chambre se termine le 17 mai 1625. Ses vingt juges prononcent treize peines - cinq confiscations de biens, deux bannissements temporaires, cinq condamnations à mort dont une seule est exécutée, et une admonestation – frappant tous les individus ayant malversé aux finances du roi, sauf, selon le brevet du 28 octobre 1624, les financiers Charlot et Feydeau, pour les prêts de deniers faits au roi et les remises qui leur ont été accordées et, selon celui du 13 novembre 1624, tous ceux qui ont avancé de l'argent au souverain et ont obtenu des remises en vertu des arrêts du Conseil. Elle se conclut par une taxe qui frappe tous les officiers de finance proportionnellement à la valeur de leur charge. 7 008 074 livres doivent ainsi entrer dans les caisses de l'État. Tous ne payent cependant pas : un certain nombre s'adresse au souverain pour en être dispensé. Le 24 février 1627, les trésoriers de l'épargne Raymond et Balthazar Phélippeaux, qui doivent payer 300 000 livres, en sont déchargés moyennant un prêt au roi de 200 000 livres remboursable par moitié dans les deux prochaines années. Autant dire que la taxe ne peut rapidement assurer le quotidien.

Or les dépenses monarchiques s'accroissent de manière considérable. De 33 750 000 livres en 1624, elles passent à 48 500 000 livres en 1625 et sont encore à 44 750 000 livres en 1626, cette croissance s'expliquant avant tout par l'augmentation des besoins de l'armée pour l'expédition en Valteline (13 000 000; 19 600 000; 14 850 000 livres) et des comptants (11 400 000; 21 616 000; 17 502 986 livres). Les impositions – taille et impôts indirects — sont peu sollicitées : en 1624, 10 957 000 livres et 5 500 000; en 1625, 6 977 451 et 5 500 000; en 1626, 10 727 445 et 7 515 600. Ce sont donc les parties casuelles et les deniers extraordinaires qui fournissent l'essentiel : en 1624, 12 000 000 et 5 000 000 livres; en 1625, 16 624 263 et 21 715 302; en 1626, 15 692 951 et 10 194 620. Seize traités sont signés en 1624 et vingt-huit par an en 1625 et 1626. Dix-huit, dix-sept et trente et un prêts sont consentis au cours des trois années. De plus, selon l'« Etat auquel estoient les finances quand M. le Marquis d'Efiat y est entré et ce qu'il a fait depuis qu'il y est », les anticipations sont nombreuses - « toute la recepte de toute l'année dès le cinquième mois, tout le quartier de janvier 1627 des receptes générales estoit mangé, celuy d'apvril entamé et de mesme des gabelles et des cinq grosses fermes » – et malgré tout, les dépenses essentielles n'étaient pas assurées - « il estoit deub aux garnisons trente mois. A celles qui sont les mieux payées, deux ans, à toutes celles qui sont à la campagne, deux mois de l'année passée et toute celle-cy, à toute la noblesse de la cour, les gratifications de l'année passée et de celle-cy; à l'armée qui est revenue d'Italie, toutes ses soldes; à celle de la Valteline de même; à Montpellier, le fort de La Rochelle, les isles et la marine de mesme. Toutes ces despences montans à plus de 20 000 000 livres ».

Pour faire face aux demandes financières, les surintendants n'ont donc pas innové mais accru la dépendance de l'État vis à vis des financiers.

 

L'après ministériat

Après le complot de Chalais, au début de l'année 1626, le roi remanie le gouvernement et y renforce le courant Richelieu. Michel de Marillac prend les sceaux en juin; le marquis d'Effiat le remplace le 9 juin. Bochart a démissionné en janvier. On est en droit de s'interroger sur cette décision. Il est possible que des raisons morales l'y aient poussé : en 1624, alors que son frère s'inquiète de le voir prendre ce poste craignant que « la facilité de s'enrichir dans ces hautes fonctions n'éveillât la cupidité et l'avarice dans son coeur », il répond : « N'ayez aucune crainte, mon frère, je ne demeurerai pas longtemps dans cette charge ». Il peut aussi y avoir été contraint par les difficultés qu'il rencontre.

Il demeure malgré tout un fidèle du Cardinal. A la mort de d'Hacqueville (novembre 1628), il devient premier président du parlement de Paris. Il y joue un rôle modérateur dans la conduite des débats et informe son cousin de ce qui s'y passe et des réactions des officiers.

Il meurt le 27 avril 1630. Son coeur est déposé dans la tombe familiale, en l'église des Blancs Manteaux et son corps, enseveli dans le sépulcre de ses pères, en la seigneurie de Noroy.

 

Sources et bibliographie

Le cabinet des titres du département des manuscrits de la B.N.F. est assez riche : Dossiers bleus 104; Pièces originales 375-376; Cabinet d'Hozier 48, dossier 1218; Nouveau d'Hozier 48, dossier 941.

Le notaire principal de la famille est Monhenault (Minutier central des notaires parisiens, étude XXVI). Outre de nombreux documents variés, y ont été trouvés les inventaires après décès de sa mère (XXVI-37, 14 avril 1587), de son père (XXVI-39, 29 décembre 1599), le partage de leurs biens (XXVI-20, 20 mai 1600) et les contrats de mariage de ses filles (XXVI-24 et 35, 18 juillet 1604, 11 février 1619). Son deuxième contrat de mariage est dans l'étude LXI (40, 7 mai 1595). Son inventaire après décès et le partage de ses biens dans l'étude XXIV (353, 10 mai 1630; 329, 22 mai 1630). Les contrats de mariage de ses fils sont dans les études LXXXVIII (46, 5 février 1614) et LXVI (56, 27 août 1628).

Il n'y a pas de travaux sur Jean Bochart.

On trouve, cependant des références dans des ouvrages présentant d'autres membres de la famille.

- R. Rapin, Histoire du jansénisme depuis son origine jusqu'en 1644, Paris , 1861, 515 pages.

- P. Henry de Calais, Histoire de la vie, de la mort et des miracles du R.P. Honoré Bochart de Champigny, capucin, Paris, Librairie Poussulgue et Rusaind, 1864, nouvelle publication de l'ouvrage de 1649.

- F.Mazelin, Histoire du vénérable serviteur de Dieu, le père Honoré de Paris, 1882, 458 pages.

- J. Barbier, Les intendants de province et les commissaires royaux en Poitou de Henri III à Louis XIV, Mémoires de la société des antiquaires de l'Ouest, 1902, pp. 293 à 637.

- F. Bluche, L'origine des magistrats du parlement de Paris, Paris, 1956, 412 pages.

- J.C. Dubé, Les intendants de la Nouvelle-France, 1984, 327 pages.


Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances

Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances  présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.

 

Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1

Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc

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