Claude de Bullion
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Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.
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Claude de Bullion
Né en octobre 1569 à Paris
Mort le 22 décembre 1640 à Paris
Action ministérielle
Selon Tallemant des Réaux, « Bullion faisoit quasy tout » dans l'équipe Bouthillier-Bullion. En réalité, il ne faisait rien sans Richelieu : « un jour que ce surintendant des Finances refusoit de signer une chose qui suffisoit pour luy faire faire son procez, il prit les tenailles du feu et luy serroit le cou en luy disant : "Petit ladre, je t'estrangleray". Et l'autre respondoit : "Estranglez, je n'en feray rien". Enfin, il le lascha et le lendemain, Bullion, à la persuasion de ses amys qui luy remonstrent qu'il estoit perdu, signa tout ce que le Cardinal voulut ». Quatre faits saillants marquent son action qui s'inscrit au moment où la France passe de la guerre « couverte » à la guerre « ouverte ».
La vérification et le rachat des rentes et des domaines
Par l'édit de janvier 1634, toutes les rentes sont déclarées remboursables au denier 14 (7,85%). Pour racheter celles qui sont gagées sur les tailles et les gabelles, on en crée de nouvelles pour 11 000 000 livres. Pour racheter les revenus engagés, on créera autant de rentes qu'il le faudra, sans les soumettre à l'approbation du Parlement.
La législation sur les tailles
Dans le but de mieux faire rentrer l'impôt direct, trois séries de mesures sont adoptées. De nombreuses dispositions sont prises pour en améliorer l'assiette : l'édit de mai 1634 réserve la taxation d'un certain nombre de petits officiers et de fermiers des nobles aux élus mais en juin 1635, les asséeurs ne doivent plus dresser les rôles en présence des élus; progressivement, les intendants supplantent les bureaux des finances pour la répartition de la taille dans les élections. Pour en uniformiser la gestion, la réalité de la taille devient peu à peu effective en Dauphiné. Pour accroître son revenu, l'édit de mai 1634 cherche à limiter le nombre des privilégiés –officiers, usurpateurs de noblesse – d'où la vérification qui est entreprise des titres nobiliaires et les limites fixées à leur port. Mais Bullion est obligé de revenir sur ces dispositions et de confirmer les privilèges des ecclésiastiques et des officiers des maisons royales en 1635 et 1636. A nouveau, l'édit de 1640 suspend les exemptions de taille mais il faut encore en limiter la portée pour les membres des cours souveraines et les secrétaires du roi.
La création des louis
Pour affirmer au monde l'excellence de la monnaie française et imposer dans le royaume la seule monnaie royale, alors qu'y circulaient toutes sortes de pièces étrangères, et particulièrement le double escudo espagnol (pistole), une nouvelle pièce d'or est créée le 31 mars 1640 : le louis. Au titre de 22 carats, elle pèse 6,75 grammes et est taillée exclusivement à la machine.
De l'argent pour la guerre
L'augmentation des dépenses est spectaculaire au moment où la France entre officiellement en guerre. En 1632, elles s'élèvent à 57 443 299 livres; en 1633 à 60 000 000; en 1634, à 120 561 614; en 1635, à 208 251 088. Elles diminuent durant les cinq années suivantes mais restent presque au double de leur niveau de 1632 : 108 800 000 en 1636; 86 760 000 en 1637; 98 000 000 en 1638; 89 400 000 en 1639; 92 250 000 en 1640. Pour faire face à ces considérables demandes, toutes les ressources du pays sont sollicitées. La taille passe de 10 100 000 livres en 1632 à 14 350 000 en 1633, 16 000 000 en 1637, 22 369 939 en 1638 et 27 802 000 en 1640, même si, en 1634, 1638 et 1640 un ou deux quartiers sont remis. Les taxes frappant les marchandises ou leur circulation sont doublement augmentées. D'une part, le taux d'imposition est accru : à Paris au lieu de 50 sous par muid de vin entrant dans la ville, il faut désormais en payer 110. D'autre part, les baux des fermes sont renforcés : les gabelles de France négociées, lors du bail Hamel de 1632, à 6 650 000 livres le sont, en 1640, à 13 624 200 par le même adjudicataire ; les cinq grosses fermes croissent de 2 450 000 livres en 1633 à 2 800 000 en 1642. Bullion y ajoute la subvention, taxe d'un vingtième sur toutes les marchandises. Ainsi les impositions indirectes qui fournissaient 8 500 000 livres en 1632 en donnent-elles 15 700 000 en 1640. Des offices sont créés et les officiers taxés. Les revenus des parties casuelles s'enflent donc : 17 227 609 livres en 1631; 28 231 028 en 1632; 35 854 510 en 1633 et encore 18 265 000 en 1640 après six années comprises entre 20 000 000 et 33 000 000. Les deniers extraordinaires fournissent le complément : 5 710 163 livres en 1631; 10 418 987 en 1632; 11 000 000 en 1633; 66 687 431 en 1634; 156 759 915 en 1635; 56 000 000 en 1636 et encore 28 943 012 en 1640. Le clergé qui donne 3 600 000 livres en 1636 et 5 500 000 en 1640; les Ètats – ceux de Languedoc versent 960 000 livres en 1636 et 1 650 000 en 1640; ceux de Bretagne, 2 000 000 livres en 1639 – les villes et certaines catégories sociales sont tour à tour ou simultanément sollicités. Les traitants inventent de multiples traités : 55 en 1632, 104 en 1633, 145 en 1635, 116 en 1639 pour des sommes variant de 30 484 424 à 76 025 848 livres. Les emprunts auprès de groupes ou de particuliers s'intensifient : 14 en 1632, 22 en 1635, 30 en 1637, 51 en 1638, 89 en 1639, 141 en 1640, pour 1 411 066 à 57 660 119 livres.
Bullion associe la prudence à sa gestion. Pour éviter les problèmes de trésorerie, il accumule de l'argent. Selon Tallemant, « il avoit tousjours six millions chez le trezorier de l'Espargne Fieubet ».
Un effort aussi considérable ne va pas sans difficultés. En 1635 et 1638, les parlements s'opposent à l'enregistrement d'édits financiers. Les Ètats de Provence sont supprimés pendant cinq ans pour avoir récriminé contre les demandes qui leur étaient faites. Surtout, les révoltes populaires éclatent dans tout le pays entre 1630 et 1640, la plus importante étant celle des Nu-Pieds, en Normandie en 1639. Elles sont partout réprimées. Ainsi comprend-on les pamphlets ou épitaphes peu amènes qui circulent sur son compte. « Cy-gist le fameux péager / Qui jamais ne fit qu'affliger / La France qui luy donna l'estre / Qui n'est point du tout regretté / De la mère qui l'a porté, / Ny des enfans qu'il a fait naistre; / Mais quoiqu'avec ses publicains, / Il ait fait les aisez coquins / Par mon regard je désespère / Qu'on ne trouve un autre Bullion; / Les pauvres ont perdu leur père : / Il en a fait un million » chantait Laffemas.
L'après ministériat
Bullion est mort en fonction, « après un grand repas » dit Malleville, « en moins de rien » selon Tallemant. Il est enterré dans l'église des Cordeliers dans le caveau des Lamoignon. « On l'y porta de nuit » dit Henri Arnauld.
Écrits
Bullion n'a publié aucun écrit. Le manuscrit 4076 du Fond français de la B.N.F. contient un mémoire vraisemblablement de sa main (f° 78–f° 112).
Sources et bibliographie
On trouve les principaux éléments généalogiques au cabinet des titres du département des manuscrits de la B.N.F. (Dossiers bleus 145, dossier 3580; Pièces originales 555, dossier 12506; Cabinet d'Hozier 72, dossier 1850; Carrés d'Hozier 142; Nouveau d'Hozier 75, dossier 1412). Les notaires ordinaires de la famille sont Hauldesens (LI) et Richer (LIV). Y sont répertoriés son contrat de mariage (LIV–478, 10 janvier 1612), le testament mutuel des deux époux Bullion (LIV–509, 14 juin 1627), les contrats de mariage de Marie (LI–171, 17 novembre 1633) et de Noël (LI–250, 24 février 1639) et l'inventaire établi après son décès (LI–259, 9 janvier 1641).
Il n'existe pas de biographie de Bullion, mais Jean-Pierre Labatut a fait une analyse de sa fortune qui permet de se faire une idée de sa carrière :
- J. P. Labatut, « La fortune de Bullion », XVIIème siècle, 1963, n° 60, pages 11 à 37.
Voir aussi :
- Tallemant des Réaux, Historiettes, Bibliothèque de la Pléiade, N.R.F., 1970, 2 volumes, Tome I, pages 300 à 304
- O. Ranum, Les créatures de Richelieu, Pedone, 1966, 259 pages
- R. Bonney, The king's debts. Finance and politics in France, 1589-1661, Oxford, Clarendon Press, 1981, 344 pages.
Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.
Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1
Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc