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XVIIe siècle - Page 5

Charles de La Vieuville


Creation Date
09-02-2006
Update time
09-02-2006
Source:
IGPDE
Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.

Charles de La Vieuville

Naissance vraisemblable dans les années 80 du XVIe siècle

Mort le 2 janvier 1653 à Paris

 

Action ministérielle

Sa première surintendance

Les vingt mois de sa première surintendance sont marqués par une volonté de rupture avec les pratiques de Schomberg et par un essai d'uniformisation des institutions financières. Son idée essentielle est de réduire les dépenses. La paix de Montpellier l'aide à diminuer les débours militaires qui passent de 23 000 000 livres à 12 000 000 et 13 000 000 en 1623 et 1624. Pour les pensions nobiliaires, il obtient l'approbation de Louis XIII, qui lui laisse six mois pour ce faire, lors d'un conseil élargi auquel assiste la haute noblesse, en mars 1623. Il parvient à les réduire en 1623 – elles passent de 10 800 000 livres en 1622 à 8 700 000 en 1623 – mais pas en 1624 – 11 000 000. De même, les comptants (dépenses non justifiées par le roi à la Chambre des comptes) déclinent de 15 000 000 à 11 000 000 livres. Du coup, les recettes ordinaires et les fermes restent au même niveau (10 000 000 ; 5 500 000), les revenus des parties casuelles décroissent (20 050 000; 17 417 000; 12 000 000) comme les deniers extraordinaires (11 000 000; 3 000 000 ; 5 000 000). La Vieuville a donc financièrement réussi. En revanche, il ne peut introduire des élus en Quercy, pays d'Ètats. Une révolte populaire se déclenche. Elle est écrasée par les troupes du maréchal de Thémines en juin 1624. Surtout, il échoue dans le domaine politique.

Sa position se renforçant au sein du gouvernement, puisqu'il entre au Conseil étroit du roi, il souhaite se débarrasser de ses anciens protecteurs, mettre en place des alliés politiques, particulièrement aux sceaux, et prendre davantage de pouvoir en politique étrangère pour mieux faire aboutir ses mesures financières. Les Brûlart sont éliminés à la fin de l'année 1623, mais le roi nomme chancelier Étienne d'Aligre au début du mois de janvier, ce qui n'est pas pour lui plaire puisqu'il espérait y placer le président Le Jay, un parent de sa femme. Les affaires extérieures sont distribuées entre les quatre secrétaires d'État, selon une base purement géographique, ce qui est probablement son oeuvre. Pour renforcer ses liens avec la reine mère, en février 1624, il propose à Richelieu d'abord la présidence du Conseil des dépêches puis, sous prétexte de soulager le cardinal de La Rochefoucauld gravement malade, son entrée au Conseil du roi, avec pour seule mission d'y opiner en séance - ce qui provoque une certaine rancoeur chez la reine – , le 29 avril. En mai-juin 1624, il exige le renvoi et l'exil de Ornano, le gouverneur et confident de Gaston d'Orléans, ce qui complique ses relations avec la reine, Gaston et les principaux seigneurs de la cour, déjà touchés par sa politique d'économie. Il se fâche aussi avec des familiers de Louis XIII. Il a donc très peu d'alliés quand la manière dont il traite de la politique extérieure lui attire de nombreux ennemis. Les dévôts sont choqués du renforcement de l'alliance hollandaise en juin 1624, du retour de l'alliance avec la Savoie et Venise, de la concentration des troupes près de Lyon et de l'envoi du marquis de Coeuvres en Valteline pour y susciter une insurrection contre les Habsbourg. La manière personnelle dont il règle le mariage de la soeur du roi avec le prince de Galles, sans en parler au souverain, et les manoeuvres de Richelieu l'achèvent. Le Cardinal fait écrire, en mai et en août, plusieurs pamphlets, dont Le mot à l'oreille et La Voix publique au Roi, par Fancan. Il y dénonce l'impéritie de La Vieuville et désigne le candidat qui s'impose à sa succession. Parallèlement, Richelieu prouve au souverain que son ministre mène une politique étrangère personnelle. Plusieurs altercations opposent alors La Vieuville et le Cardinal en juillet et au début d'août 1624. Il est arrêté et emprisonné à Amboise le 13 août.

La Chambre de justice de 1624-1625 opère une purge politique parmi les alliés du surintendant et élimine notamment son beau-père. Lui-même s'enfuit d'Amboise. Un procès lui est fait par contumace. Il est condamné à mort. Sa femme se sépare de biens d'avec lui et se bat avec ses créanciers. Il semble qu'il se soit rendu en Hollande. Après la mort de Richelieu et de Louis XIII, il rentre en grâce, moyennant, disent certains, le paiement de 400 000 livres de pot de vin à Mazarin. Le 6 juin 1643, il reçoit des lettres patentes du roi. Sa Majesté, « voulant prévenir les mauvais jugements que la postérité pourrait faire de la condamnation de mort rendue par défaut contre La Vieuville" et "étant informée de sa fidélité et qu'il n'avait rien fait de tout ce qui est contenu au procès, puisqu'il était sorti du royaume pour se garantir de la pression de ses ennemis », « met à néant » tout ce qui a été fait contre lui et le rétablit dans tous ses biens et honneurs. Le Parlement enregistre les lettres le 24 juillet 1643. Le 30 septembre, il réintégre l'ordre du Saint-Esprit. 

Sa deuxième surintendance

Son retour à la surintendance a lieu le 8 septembre 1651, soit après vingt-sept ans de mise à l'écart, ce qui est unique sous l'Ancien Régime. Plusieurs raisons l'expliquent. En premier lieu, l'homme n'a plus la réputation qu'on lui a faite quand on a voulu l'écarter. Il est même réputé avoir exercé la surintendance avec probité et n'avoir succombé qu'en raison de la persécution de Richelieu. En second lieu, on sait qu'il a l'écoute des financiers qui depuis avril 1651 le mettent en avant et affirment qu'il est le seul à pouvoir restaurer la confiance dont les finances monarchiques ont tant besoin. Enfin, Anne d'Autriche et Mazarin ont eu loisir d'apprécier sa fidélité depuis 1643. Lieutenant général en Champagne, il a bien tenu sa province et a même, en 1649, été attaqué par la foule, à Reims, en raison de sa loyauté envers le ministre. Dans les gelées hivernales, les révoltés l'ont promené, en chemise, dans les rues de la ville puis conduit à un gibet, en dehors de la cité. Il n'a dû son salut qu'à l'intervention des magistrats. Maintenant qu'on est en pleine révolte des princes, Conti étant gouverneur de Champagne, on attend beaucoup de lui. C'est pourquoi il est nommé duc et pair en décembre 1651.

La Vieuville prend donc les mesures de choc qu'il estime favorables au retour de l'argent des financiers, de manière à en finir avec la guerre civile et à faire revenir Mazarin et l'ordre, gages de la bonne tenue des affaires. Sa tactique consiste à dépenser le moins possible et à faire rentrer le plus d'argent qu'il le peut. Il suspend immédiatement tous les paiements qui doivent avoir lieu le 15 septembre. A la fin du même mois, il anticipe le tiers des revenus des tailles de 1652 (13 300 000 livres sur 40 000 000 livres), afin de payer la campagne militaire contre Condé. Le 7 octobre, il suspend le versement de tous les gages et de toutes les rentes, sauf à Paris. Le 8 janvier 1652, considérant que les finances royales n'ont jamais été dans une telle situation, il interdit de régler les sommes assignées sur 1652, y compris les rentes et les gages des Parisiens, cette dernière disposition étant refusée par Mazarin rentré d'Allemagne avec une armée de mercenaires, en janvier 1652, et installé à Poitiers avec le souverain et le gouvernement. Le 23 juillet, il ne verse pas les rentes parisiennes.

L'armée des princes rencontre beaucoup de difficultés, notamment à Paris où un coup d'État royaliste est fomenté le 14 octobre 1652. Le 21 octobre, la cour rentre dans la cité. Le 22, un lit de justice interdit au Parlement de s'occuper des affaires de l'État, des finances et du travail des ministres, toutes les interventions dans ces domaines étant prohibées rétroactivement. Le paiement des rentes reprend. Mais les fonds nécessaires ne sont pas suffisants : pour assurer 112 232 627 livres de dépenses, on ne dispose que de 24 696 390 livres de recettes ordinaires, de 9 000 000 livres provenant des impositions indirectes et de 2 867 490 livres issues des parties casuelles. Il est donc nécessaire de faire appel aux financiers. Ces derniers, qui ne sont pas intervenus sur la scène politique mais n'ont pas dédaigné la négociation favorable des baux des fermes quand elle était possible (ainsi les cinq grosses fermes adjugées 1 900 000 livres quand elles le seront à 4 400 000 huit ans plus tard), pensent alors que la monarchie va l'emporter. La Vieuville trouve un groupe de financiers prêts à aider le souverain : Pierre Monnerot, Martin Tabouret, Claude Boylesve, Pierre Girardin, Philippe Gruyn. A l'automne 1652, ils avancent – chèrement – la plupart des taxes directes pour 1653. Complément indispensable du retour des financiers, le 16 décembre 1652, il est mis fin à la limite des comptants. En 1652, ils représentent 3 800 000 livres; en 1653, 20 900 000 livres. Le 31 décembre 1652, un lit de justice restaure toutes les taxes qui ont été annulées en 1648.

La politique volontaire de La Vieuville a eu raison de la Fronde.

 

L'après ministériat

Charles de La Vieuville meurt en fonction le 2 janvier 1653, après une courte maladie. Il est enterré dans l'église des Minimes, couvent qu'il a contribué à édifier et dans lequel il possède une chapelle qui lui a été cédée par Brûlart, Comte de Puisieux en 1623.

 

Écrits

On ne connaît guère de lui que des écrits de combat : en 1625, une Lettre de M. le marquis de La Vieuville à Monseigneur le chancelier, in 8°, 19 pages; Lettre de M. le marquis de La Vieuville à un sien ami, in 8°, 12 pages et des Lettres de M. le marquis de La Vieuville escrites au Roi, à la Reine et à la reine mère, in 8°, 14 pages, dans lesquelles il demande les raisons de son enfermement et proclame son attachement au roi. En 1649, avec le président de Maisons, il signe un pamphlet contre Particelli d'Hémery : Avertissement très important touchant le retour du sieur d'Émery avec l'arrest de la cour contre Jean Particelly et autres complices du 9 avril 1620, in 4°, 23 pages.

 

Sources et bibliographie

Aux Archives nationales, son contrat de mariage est dans l'étude LXII (liasse 46, 28 décembre 1610). Au début de sa carrière, l'étude familiale est l'étude LI mais d'autres sont utilisées (VIII; XII; XXIV; XXIX; CV). L'inventaire fait après son décès est dans l'étude CXII (liasse 338, 12 août au 6 novembre 1660). Le partage de ses biens est dans la même étude (liasse 354, 1er septembre 1668).

Il n'existe pas de biographie de La Vieuville.

Des indications très précieuses dans : J. Bergin, L'ascension de Richelieu, Payot, 1993, 367 pages ; J. P. Labatut, Les ducs et pairs en France au XVIIème siècle, P.U.F., 1972, 456 pages ; R. Bonney, The King's debts. Finance and Politics in France 1589-1661, Oxford, 1981, 344 pages


Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances

Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances  présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.

 

Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1

Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc

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