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XVIIe siècle - Page 8

Antoine Coiffier de Ruzé


Date de création
10-02-2006
Date de mise à jour
10-02-2006
Source de l'info
IGPDE
Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.

Antoine Coiffier de Ruzé

Né en 1581 à ?

Mort le 27 juillet 1632 à Lutzelstein

 

Action ministérielle

Quand Antoine Coiffier de Ruzé devient surintendant, si l'on en croit le rapport qu'il présente à l'assemblée des notables et d'autres pièces rédigées postérieurement, la situation est catastrophique. Les recettes de l'année courante sont presqu'entièrement épuisées; celles des années suivantes sont entamées pour près d'un tiers; il n'existe aucun fonds à l'Épargne; il est dû trois ans de solde aux garnisons, huit mois aux armées en campagne et deux ans aux pensionnaires les mieux payés. Le revenu net est de 16 000 000 livres; la dépense courante s'élève à 40 000 000 livres et l'arriéré à 50 000 000 livres. Les campagnes contre les protestants et l'engagement de la France dans la guerre « couverte » l'obligent à trouver les recettes nécessaires. Il emprunte d'abord 9 000 000 livres à 10% d'intérêt sur son crédit puis crée 420 000 livres de rentes sur l'Hôtel de ville à 6,25%. Les problèmes urgents étant ainsi résolus, il peut développer une politique financière.

Trois axes se dégagent nettement de son action (et de celle de Chateauneuf) durant les six ans de sa surintendance.

 

Faire prendre conscience au pays de la situation financière.

Une assemblée des notables, présidée par Gaston d'Orléans et vice-présidée par le cardinal de La Valette, le maréchal de La Force et le maréchal de Bassompierre est réunie entre le 2 décembre 1626 et le 24 février 1627. Les discussions, lancées par Richelieu et Marillac, ne se limitent pas aux finances qui sont insérées dans l'ensemble de l'économie. Les débats se nourrissent, outre l'intervention de d'Effiat le 11 janvier, des états de recettes et de dépenses qu'il communique aux députés, des Remontrances des gens des comptes adressées au Roi dans l'assemblée des notables et de l'Avis à MM. de l'Assemblée des notables. Afin de favoriser et accroître l'économie, les députés proposent de créer une marine de guerre pour protéger le commerce, d'assurer la liberté de circulation des grains à l'intérieur du royaume, sauf en période de disette, et d'établir des règlements sur la discipline, la marche, le logement et l'approvisionnement des troupes. Pour faire des économies, ils recommandent de raser les forteresses inutiles, de réduire les dépenses de la maison du roi au niveau de ce qu'elles étaient en 1619, de diminuer les pensions de 2 000 000 livres et de supprimer les acquits de comptant. Pour apurer la situation passée, ils offrent le rachat des rentes et des droits aliénés au denier 14 ou 16. Pour assurer les dépenses urgentes, ils se prononcent pour un doublement du taillon (de 1 200 000 à 2 400 000 livres) pour les besoins de la cavalerie et pour une contribution de 1 030 000 livres sur les villes et de 1 590 000 livres sur les Ètats pour celles des troupes ordinaires. Le roi promet de réaliser les réformes et d'alléger les tailles de 3 500 000 livres.

 

La réforme de la fiscalité

Le Code Michau, réalisé par le garde des sceaux Marillac, reprend tous les anciens édits relatifs à la fiscalité et à la comptabilité publique. Antoine Coiffier de Ruzé souhaite uniformiser les circonscriptions administratives dans lesquelles sont perçus les impôts directs. Seuls les Ètats de Dauphiné acceptent l'implantation d'élections. En Languedoc où vingt-deux bureaux de finances sont installés, les Ètats refusent : ils sont dissous. En 1631, ils sont autorisés à se réunir et on leur propose de monnayer le retrait de la réforme, ce qui est définitivement réalisé en octobre 1632, moyennant 4 285 000 livres. Il en va de même en Provence où les Ètats offrent 1 500 000 livres. En Bourgogne, la nouvelle déclenche une émeute à Dijon. Elle est réprimée par le souverain et les Ètats proposent 1 800 000 livres, ce qui est repoussé par le surintendant. L'accord se fait sur 1 600 000 livres en mars 1631. 

 

Le « bon ménage » des finances

Antoine Coiffier de Ruzé exige un règlement scrupuleux des comptes présentés par les trésoriers, les receveurs, les fermiers et les traitants. Il parvient à modérer les dépenses ordinaires : celles de la cour passent de 12 300 000 livres en 1626 à 10 000 000 en 1627, 11 000 000 en 1628, 11 200 000 en 1629, 9 200 000 en 1630 et 1631 et 7 800 000 en 1632 et les comptants de 17 502 986 livres en 1626 à 12 500 000 en 1627, 10 500 000 en 1628, 8 300 000 en 1630, 14 649 936 en 1631. Sauf en 1630, il réussit à maintenir les dépenses militaires en dessous des 19 600 000 livres auxquelles elles se montaient en 1625 : 14 850 000 livres en 1625, 14 800 000 en 1627, 19 600 000 en 1628, 18 900 000 en 1629, 15 600 000 en 1632, 19 600 000 en 1632. Conformément à la volonté des notables, – et vraisemblablement pour des raisons politiques – certaines forteresses sont démantelées. Pour couvrir les besoins, il fait appel aux recettes ordinaires et aux affaires extraordinaires. Contrairement aux promesses monarchiques, la taille n'a été réduite qu'en 1627 et 1628 et les arrérages antérieurs à 1624 remis qu'en 1629. A partir de 1629, l'imposition directe retrouve le niveau de 1626 (10 727 445). En matière de fiscalité indirecte, une nouvelle taxe de 30 sols par livre de tabac introduite dans le royaume est instaurée. Le prix du sel est revalorisé en 1627. Les anciennes impositions sont réaffermées à des conditions plus avantageuses que par le passé. Ainsi les fermes rapportent-elles plus : en 1625, elles sont à 5 500 000 livres; en 1626, à 7 515 000; en 1627, à 6 649 934; en 1628, à 9 824 242; en 1629, à 8 072 973; en 1630, à 6 350 000; en 1631, à 7 000 000 et en 1632, à 8 500 000. Cet accroissement est favorisé par la reprise du commerce intérieur ou extérieur (facilité par la création d'une marine de guerre conforme aux voeux des notables). Les finances extraordinaires proviennent des dons gratuits du clergé (3 000 000 livres en 1628 pour le siège de La Rochelle) et des pays d'Ètats (1627 : Languedoc, 760 000 livres; 1628, 1629, 1630 : Bretagne, 600 000, 700 000, 1 000 000 livres), des emprunts forcés sur les officiers (1630 : le quart de la valeur de l'office moyennant l'hérédité), des créations d'offices et des constitutions de rentes négociées à de meilleures conditions qu'autrefois. Les revenus des parties casuelles et des deniers extraordinaires sont donc contenus dans des limites raisonnables : 15 692 951, 16 000 000, 11 000 000, 16 500 000, 18 917 005, 17 227 609 livres jusqu'en 1631 pour les premiers; 10 194 620, 8 500 000, 12 960 000, 18 000 000, 5 000 000, 5 710 163, 10 418 987 pour les seconds.

Dans un mémoire rédigé après plusieurs années d'exercice, Antoine Coiffier de Ruzé se félicite de son action : les dépenses courantes sont acquittées et les comptes réglés. Il pense parvenir à accroître le revenu de l'État de 10 000 000 livres par an en cinq ans à condition que la paix se maintienne et qu'il soit toujours en poste.

 

L'après ministériat

Il n'en va pas comme il le souhaite. La carrière militaire qu'il mène parallèlement à la surintendance le conduit aux sièges de La Rochelle et de Privas. En 1630, il est nommé lieutenant général en Pièmont aux côtés de Montmorency et de La Force. Après la bataille d'Avigliano, il participe aux négociations avec Mazarin. Il obtient le bâton de maréchal (1er janvier 1631). En mai 1632, il commande avec La Force l'armée chargée de secourir l'archevêque de Trêves contre les Suédois et les Impériaux. Revenant d'observer Saverne, le 9 juillet, il est surpris par la pluie après une chaleur excessive. Il est pris d'une fièvre pourpre et meurt le 27 juillet 1632. Il est enterré dans l'église des prêtres de l'Oratoire à Effiat.

 

Écrits

Aucun écrit d'Antoine Coiffier de Ruzé n'a été imprimé sauf le Discours de d'Effiat aux notables (Mercure) et l'Etat des affaires du Roi, contenu dans la correspondance de Richelieu et faussement attribué au Cardinal. Le département des manuscrits de la B.N.F. compte, dans la collection Dupuy, volume 47, un Mémoire qu'a fait Monsieur le M...., lors de son décès, pour présenter au roi, rédigé par le maréchal d'Effiat sous l'inspiration du cardinal de Richelieu et, dans le Fonds français, volume 2408, un Avis à Monsieur le Maréchal d'Effiat sur le fait des finances.

 

Sources et bibliographie

Le cabinet des titres du département des manuscrits de la B.N.F. donne les informations généalogiques (Dossiers bleus 592, dossier 15589; Pièces originales 2597). L'étude notariale parisienne de la famille est l'étude XIX (Archives nationales). S'y trouvent, en particulier son contrat de mariage (363, f° 208, 30 septembre 1610) et les inventaires établis après son décès (404, 17 janvier 1633) et après celui de sa femme (494, 24 janvier 1670). Son testament est dans le Fonds français (15606) du département des manuscrits de la B.N.F.

Il n'existe pas de biographie d'Antoine Coiffier d'Effiat. Se reporter à :

- Tallemant des Réaux, Historiettes, N.R.F. La Pléiade, 1967, 2 volumes, Tome 1, page 294

- O. Ranum, Les créatures de Richelieu, Pedone, 1966, 259 pages

- R. Bonney, The king's debts. Finance and politics in France, 1589-1661, Oxford, Clarendon Press, 1981, 344 pages

- J. Jacquart, « Le marquis d'Effiat, lieutenant-général à l'armée d'Italie (été 1630) », XVIIème siècle, XLV, 1959, pages 298 à 313.


Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances

Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances  présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.

 

Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1

Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc

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