Abel Servient
|
Extrait de la notice publiée dans le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances.
|
Abel Servient
Né en novembre 1593 à Grenoble
Mort le 17 janvier 1659 à Meudon
Action ministérielle
Le choix de Mazarin s'explique par la fidélité dont l'un et l'autre des surintendants ont fait preuve pendant la Fronde. Pour Servient, il remercie également les services rendus à Munster. La commission lui avait d'ailleurs déjà été proposée en 1649. L'ancien surintendant La Meilleraye le recommande chaudement pour son intégrité. Il n'est cependant pas très compétent en matière de finances. C'est pourquoi Mazarin leur adjoint Barthélémy Hervart à l'énigmatique poste de la « commission des finances ». En août 1655, Servient le dénonce – vainement – à Mazarin. En 1653 et 1654, Servient agit seul, sous les ordres du Cardinal. Mais il ne réussit pas à sortir le pays de ses difficultés financières et à s'assurer la collaboration des financiers. Pour financer les 109 833 202 et 147 334 778 livres de dépenses – dont le remboursement des emprunts réalisés pendant la Fronde – , les tailles ne fournissent que 30 378 923 et 29 362 945 livres. L'apport des financiers est donc nécessaire soit pour hausser les montants des fermes (9 501 669 et 9 321 554 livres), soit pour assurer la vente des offices (parties casuelles : 9 552 425 et 11 266 887 livres), soit pour monter toutes sortes de traités et de prêts (affaires extraordinaires : 56 546 498 et 88 158 753 livres) qui permettent d'assurer, en temps voulu, les dépenses nécessaires. Servient ne comprend pas les exigences des gens d'affaires – de forts taux d'intérêt et le remboursement des pertes subies lors de la banqueroute de 1648 – mais ne peut se passer d'eux. Il n'est pas assez créatif pour inventer de nouvelles sources de revenus. Ce n'est donc pas l'homme de la situation, au contraire de Fouquet. En décembre 1654, un modus vivendi est trouvé : Servient dispose des dépenses et Fouquet des recettes. Ce dernier prend le pas sur Servient et s'empare de la surintendance bien que les deux hommes restent en place jusqu'au décès de Servient.
L'après ministériat
Servient meurt le 17 février 1659. Il est enterré à Saumur.
Écrits
Le manifeste des sieurs Servient, le Tellier et Lionne rendant un fidèle témoignage de toute l'administration du gouvernement qu'ils ont eu depuis la délivrance de MM. Les princes, 1651, in 4°, 24 pages, étant apocryphe, Abel Servient a publié surtout des mémoires concernant son ambassade, en français ou en hollandais, entre autres :
Harangue de M. le Comte de la Roche Servient, conseiller du roi en ses conseils et son ambassadeur extraordinaire pour la paix générale faite à La Haye en l'assemblée de MM. les États généraux des Provinces-Unies, Paris, 1647, in 4°, 18 pages
Escript donné à MM. les États généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas par M. l'ambassadeur de France le 4 mars 1647, Paris, 1647, in 4°, 28 pages
Escript donné par l'ambassadeur de France à MM. les États généraux des Provinces-Unies des Pays-Bas, sur la garantie, le 11 avril 1647, Paris, in 8°, 15 pages
Escrit ou mémoire contenant 19 articles, présenté le 22 mai 1647 avec les remarques qui y ont été faites le 1er de juin de la même année, 1647, in 4°, 22 pages
Harangue de M. Servient faicte aux Hollandais sur le sujet de leur traité de paix avec l'Espagnol, 1649, in 4°, 15 pages
Lettre escrite de Munster à M. le nonce du pape sur le sujet de la paix, 1649, in 4°, 10 pages.
Toutefois, la lettre interceptée de M. Servient escrite à M. Gaultier avec la réponse contre lad. lettre, Paris, S. de Larru, 1652, in 4°, 6 pages, montre qu'il n'est pas resté absent des conflits de la Fronde.
Sources et bibliographie
Le cabinet des titres du département des manuscrits de la B.N.F. permet de fixer la généalogie d'Abel Servient (Dossiers bleus 613, dossier 16157; Pièces originales 2695, dossier 59856; Cabinet d'Hozier 311, dossier 8559; Carrés d'Hozier 582).
Au Minutier central des notaires parisiens (Archives nationales), l'étude notariale privilégiée de la famille Servient semble être l'étude XXIV où un certain nombre d'actes ont été repérés. Cependant, l'inventaire établi après son décès est dans l'étude LXIV (104, 19 mars 1659).
Il n'existe pas de biographie de Servient. Mais l'article de D. Dessert, « Fortune politique et politique de la fortune : à propos de la succession du surintendant Abel Servient », La France d'Ancien Régime, Mélanges offerts à Pierre Goubert, 1984, tome I, p. 207-215, est beaucoup plus large que son titre ne veut le dire.
Le Dictionnaire des surintendants et contrôleurs généraux des finances présente sous forme de notices autobiographiques, illustrées de portraits et documents autographes, les prédécesseurs des ministres des finances d'aujourd'hui en évoquant leurs origines, leur formation, leur carrière et leur action ministérielle.
Françoise BAYARD, Joël FELIX, Philippe HAMON
216 pages (2000) - 38,11 ¤
ISBN 2.11.090091.1
Format 28,5 x 23 cm, illustrations en noir et blanc