Les souvenirs de Georges denoix
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Présentation du texte
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Quand on sait le rôle déterminant de la direction du Budget dans le système financier français hier et aujourd’hui, on pourra s’étonner du temps qu’il aura fallu pour la voir émerger : jusqu’en 1919, il y avait bien un Budget mais de direction ou de directeur du même nom, guère. Un simple bureau de la direction générale de la Comptabilité publique était alors la seule incarnation administrative du Budget. Faire passer la structure budgétaire de bureau à direction fut un moment important d’histoire administrative et financière. Georges Denoix, premier directeur du Budget et du contrôle financier, offre sur la création de cette direction et sur les cinq années qu’il a passé à sa tête un témoignage de première main dans ses Souvenirs. Quitte à rompre un moment avec la chronologie des documents que nous avons déjà présentés, osons un saut dans le temps d’un bon siècle et permettons-nous quelques va-et-vient d’une époque à l’autre.
Les mémoires de Georges Denoix, publiés par Nathalie Carré de Malberg dans les actes du colloque La direction du Budget entre doctrines et réalités, 1919-1944, sont un modèle fort acceptable pour qui voudrait à son tour témoigner de sa vie professionnelle. Sans prétention littéraire mais rédigés dans un style claire, ces souvenirs d‘un directeur du Budget font toucher du doigt au lecteur, à travers de nombreuses anecdotes enracinées dans l’histoire, la réalité souvent méconnue du métier budgétaire. Certes le point de vue du témoin est subjectif et à ce titre mérite d’être éclairé par la lecture d’études historiques sur le sujet. C’est ainsi que la scission de la direction générale de la Comptabilité publique entre direction du Budget et direction de la Comptabilité publique évoquée par l’auteur s’est faite avec moins de facilité qu’il ne le laisse entendre. Il n’empêche qu’un tel témoignage nous permet de franchir la froide façade des organigrammes administratifs et des mécanismes juridiques qui encadrent sur le papier la gestion des Finances publiques. Au-delà des textes et des structures il y a des hommes avec la dimension vécue de leur fonction. Ainsi Georges Denoix, premier directeur du Budget, se montre comme l’homme d’une époque et d’un métier.
Enracinés dans la période de l’entre-deux-guerres, ses souvenirs font surgir au fil des anecdotes Clémenceau, Pétain, Briand, Herriot parmi d’autres noms moins ancrés dans la mémoire collective. Ils sont sous-tendus par la fin de la première guerre mondiale et l’auteur ne manque pas de souligner avec force sa participation en tant qu’officier à celle-ci. Ils montrent aussi l’importance des deux Chambres, sous le régime parlementaire de la IIIème République, dans la gestion des Finances publiques Enfin l’attachement de Georges Denoix au principe de l’équilibre budgétaire et son inquiétude face à la notion d’impasse sont ceux de sa génération. Elle est le reflet de l’orthodoxie libérale qui dominait à l’époque.
Du métier on aperçoit les cadres généraux (grands principes, recettes et surtout nécessité de « comprimer » la dépense) mais aussi l’aspect humain. La personnalité du directeur contribue fortement à donner sa dimension à la fonction. Qu’il mette les politiques devant leurs responsabilités (Tardieu) ou se substitue à eux (Klotz et Briand) ou encore qu’il batte en brèche les projets des militaires (Pétain, Mangin), le directeur du Budget doit savoir allier fermeté et doigté. Ce ne sont pas seulement les critères et les arguments rationnels qui sont décisifs mais la capacité du directeur à toucher au bon moment le bon interlocuteur y compris dans sa dimension psychologique. Les aspects propres à la fonction sont également évoqués comme par exemple le rapport au temps et l’urgence qui découle du calendrier budgétaire, au point parfois de retarder artificiellement les aiguilles des horloges respectives des Palais Bourbon et du Luxembourg ! De même au plan du jargon interne : parle-t-on encore aujourd’hui d’ « aboyer » les ministères ?
Ce vécu qui ressort d’un témoignage, si il est rarement déterminant pour écrire l’histoire d’une organisation, donne de la chair et de la consistance au récit qu’on en fait. Mieux encore il permet souvent d’appréhender l’état d’esprit dans lequel agissaient et réfléchissaient les décideurs de l’époque.
La longueur et la richesse de ce document nous ont incité à en répartir la présentation sur trois numéros de la lettre du Budget. Il en résulte un découpage un peu arbitraire sous trois titres de notre cru :
-Directeur du Budget, 1919-1924 : un poste en « rodage ».
-Le directeur du Budget : l’homme qui dit toujours non ?
-De Poincaré à Herriot : le directeur du Budget, tributaire du climat politique ambiant.
De même, afin d’en faciliter l’abord, avons-nous choisi de jalonner chacune des trois parties du document de sous-titres qui ne figurent pas dans le texte originel.. C’est la première partie des souvenirs budgétaires de Georges Denoix, intitulée par nous « Directeur du Budget en 1919 : un poste en « rodage » », que nous publions dans la lettre du Budget de ce mois. Les deux suivantes seront publiées respectivement en septembre et en octobre.
Philippe Masquelier
Chargé de recherche auprès du Comité pour l’histoire économique et financière de la France