Vauban
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Ce dossier bio-bibliographique a pour but d’offrir aux chercheurs des éléments de bases sur Sébastien Le Prestre, Marquis de Vauban. Il n’a pas la prétention à l’exhaustivité.
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Ce dossier s’articule de la manière suivante :
Les ouvrages suivis d’une cote BH sont consultables à la bibliothèque historique et ceux avec BnF à la Bibliothèque nationale de France.
Les références BH : 8° NC (non catalogué) concernent les ouvrages rangés par ordre alphabétique d’auteur ou de titre pour les anonymes.
Les livres sont en consultation sur place. La bibliothèque accueille les lecteurs du lundi au vendredi de 9 h. à 18 h. sur rendez-vous.
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Sébastien Le Prestre Marquis de Vauban 1633 - 1707
« Le premier des ingénieurs et le meilleur des citoyens », Voltaire.
« Le plus savant homme dans l’art des sièges et des fortifications,
et le plus habile ménager de la vie des hommes. » Saint-Simon.
Sébastien Le Prestre, chevalier, seigneur (Marquis) de Vauban, Bazoches, Pierre-Pertuis, Pouilly, Cervon, la Chaume, Épiry, le Creuset, et autres lieux, maréchal de France, chevalier des ordres du roi, Commissaire général des fortifications, Grand-Croix de Saint-Louis, gouverneur de Lille (selon son « Bulletin de décès », Bibl. nat., manuscrit), ingénieur du roi. On lui doit de nombreux écrits sur les fortifications, la guerre, la marine, la forêt, le commerce, les finances publiques, la religion, la population, la monnaie, l’agriculture et la colonisation. Vauban est un homme robuste, intelligent, perspicace, curieux, volontaire, fier tout en restant humble, serviteur mais non servile, voyageur infatigable, travailleur acharné, observateur attentif au misère du monde, admiratif devant les richesses de la nature, écrivain, « éminence grise », homme d’une grande probité. C’est en grande partie à lui que l’on doit les frontières de la France, selon son célèbre concept de « Pré carré » des Flandres qu’il réclame au Roi dès 1675 et la construction de la fameuse « ceinture de fer », frontière fortifiée en profondeur qui restera opérationnelle jusqu’en 1870. Et il est aussi l’un des rares partisans du rétablissement de l’édit de Nantes, homme courageux et pourtant « le moins guerriers des militaires » (Bluche, p. 921). Vauban est aussi un écrivain comme le fait si justement remarquer Michèle Virol et ce que prouvent ses écrits.
Rares sont les villes frontalières de la France qui ne possèdent pas des traces du passage de Vauban. Toutes ces villes possèdent leur rue, avenue ou place Vauban, voir un hôtel, une caserne, un bâtiment qui porte son nom.
Véritable « image d’Épinal », son nom est devenu une figure emblématique, tout un symbole, comme dans l’expression « le Vauban de la revanche » (Le général Séré de Rivières : le Vauban de la revanche, par Henri Ortholan,… Paris, B. Giovanangeli, 2003) ou « le Vauban de la route » (Un Vauban de la route française, Pierre-Marie Jérôme Tresaguet, nivernais, 1716-1796, par Raoul Toscan. – Nevers, Impr. de la Nièvre, 1938. In-8°, 9 p. Extrait du Bulletin de la Société Nivernaise des lettres, sciences et arts. [BnF : 8° Ln27. 69913.]). François Lo Presti parle du Vauban des temps modernes à propos du général Guillaume Dode de la Brunierie (1775-1851).
Programme du tricentenaire de sa mort sur http://www.vauban.asso.fr/2007_agenda.htm
Voir pour les fortifications et Vauban le site officiel « Les chemins de mémoire » : http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichegh.php?idGH=61&idLang=fr
On consultera aussi le site du Réseau Vauban :
http://www.sites-vauban.org/article.php3?id_article=37
| II. | Iconographie |
Il existe de très nombreux portraits de Vauban, peints ou gravés, la plupart réalisés après la mort du maréchal. On retiendra ici les cinq portraits peints de Vauban : le premier est celui de Hyacinthe Rigaud (Perpignan 1659-Paris 1743), peintre du Roi (photographie Lauros-Giraudon) conservé au château de Bazoche avec deux autres portraits représentant l’un sa femme et l’autre sa fille Charlotte ; le deuxième représente Vauban à Cambrai (Photo SHAT) ; le troisième est attribué à l’atelier de François de Troy (Versailles, musée national du château, MV 8351), et les deux derniers non signés et non datés, qui se trouvent au château d’Aunay-en-Bazois (58500 Clamecy) et au château de Bazoches. Il existe deux copies, l’une de Louis-Eugène Larivière (1801-1823), à l’école Supérieure et d’Application du Génie/ musée du Génie d’Angers (106, rue Eblé - 49000 Angers, ouverture octobre 2007) et l’autre anonyme, dimensions réduites, du tableau de Rigaud au musée des Beaux-Arts de Dijon (Cat. peint. fr. 1968 n° 320) et des reproductions gravées d’après le portrait de Rigaud, dont une dessiné et gravé par Nicolas-Gabriel Dupuis (1695-1771) et une par Pierre-François Bertonnier (1791- ?), élève de Tardieu (A Paris, chez l’Auteur [Bertonnier], rue Saint-Jacques, no 100.), dont l’Association Vauban possède un tirage. Un portrait au pastel par Charles Le Brun (1619-1690) est conservé à la Bibliothèque du Génie, Service historique de la Défense, Vincennes (Photo Giraudon-Art). Le Musée Condé à Chantilly conserve un dessin daté de 1776 de la comtesse de Vauban (Henriette de Puget de Barbantane) par Louis Carrogis dit Carmontelle (Paris 1717-1806).
Gravure représentant Vauban en pied tenant de sa main gauche le bâton de maréchal appuyé sur une table où se trouve un plan de fortification. « A Paris, chez H Bonnart rue St Jacques, au Coq, avec privil. » Ayant pour légende : « Mr le Marechal de Vauban / Sebastien Le prestre Chevalier Seigneur de Vauban Grand Croix de l’ordre de St Louis Marechal de France et Gouverneur de la Citadelle de l’Isle en Flandres. » (Tondouze, p. 46-47, la date de 1703 ou 1704 et face p. 193.)
Buste (H. 64.7 ; L. 39.5 ; 25.5 Pr) en plâtre de Charles-Antoine Coysevox (Lyon 1640-Paris 1720), musée du Louvre, département des sculptures (RF 1839). Cat. 1933, no 1688, Sculpture française. II. Renaissance et Temps modernes. Sous la direction de Jean-René Gaborit. – Paris, RMN, 1998 Deux autres exemplaires au musée de l’armée à Paris.
Buste en terre cuite de Charles-Antoine Coysevox (Lyon 1640-Paris 1720) au Château de Bazoches, appartenant aux descendants de Charlotte de Vauban, fille aînée de Vauban (http://www.chateau-bazoches.com/).
Buste à mi-corps en marbre blanc au fort de Briançon, Pignerol.
Statuette en pied de Vauban par Adolphe-Désiré dit Gustave Crauk (Valenciennes, 1827- Meudon,1905) destiné à la façade du Louvre, 1855-1856 [Arch. Nat., F/21/1751], conservé au musée de Valencienne (réserve Carpeau, no 98.5.5. Photo Claude Thérriez).
Statue de Vauban par Charles-Antoine Bridan (1730-1808), musée de Versailles (Musée à toutes les gloires de la France).
Statue de Vauban en pied d’Antoine Etex. (Le 22 décembre 1855, la commission refuse la statue d’Antoine Etex pour la façade sur les places Napoléon et du Carrousel [Arch. Nat., F/21/1744, année 1855, F/21/1747, F/21/1753]).
Statue de Vauban au square à droite de l’Hôtel des Invalides.
Statue de Vauban par Frédéric-Auguste Bartholdi (1834-1905) à Avalon sur la place Vauban, inaugurée le 9 septembre 1873.
Statue en bronze d’Anatole Guillot (1865-1911) sur la place de Saint-Léger-Vauban., inaugurée le 10 décembre 1905 par Bienvenu Martin, ministre de l’éducation et des cultes.
Mausolée de Vauban réalisé par Antoine Etex (Paris, 1808-Chaville, 1888) en 1846-47, à Paris, Hôtel des Invalides. Le musée du Louvre possède un buste-portrait en plâtre (H. 33, l. 10.5, Pr. 13.5), esquisse pour le monument de Vauban commandé par le ministère de l’Intérieur le 6 juin 1843, et destiné à l’hôtel des Invalides, terminé en 1852 et érigé dans le bras droit du transept de l’église du Dôme des Invalides (inv. RF 2189 D.)
Médailles de Vauban dont une par Michel Petit (41 mm) à la Monnaie de Paris.
Timbre de Vauban, série célébrité. Dessinateur : André SPITZ, d’après Rigaud. Graveur : Claude Hertenberger. Impression : Taille-douce. Emission : 13-06-1955 Retrait : 15-10-1955.
Devise : « Bellicae virtutis praemium »,(le fruit de la vertu guerrière. Les faits d’armes sont la récompense du courage.) Devise de l’ordre militaire de Saint-Louis, créé par Louis XIV, que Vauban mit sous ses armoiries.
Blason : D’azur au chevron d’or, accompagné de trois trèfles et d’un croissant d’argent en chef.
III.
CHRONOLOGIE DE LA VIE DE VAUBAN
Notre chronologie présente les principaux éléments de la vie de Vauban. Elle s’appuie sur les ouvrages de Georges Tondouze (1954), fortement documenté et toujours utile, de Bernard Pujo (1991), d’Anne Blanchard (1996) et de Michèle Virol (2003). Pour l’exactitude et la richesse des informations, mieux vaut ce référer à l’ouvrage de Michèle Virol, étant le plus complet, comprenant des cartes et des annexes forts utiles.
1633. – Naissance début mai au fief de Rivière de Sébastien Le Prestre, fils de Urbain Albin Le Prestre (~1602-1652), écuyer, seigneur de Vauban et Edmée de Cormignolles. Il est baptisé le 15 mai 1633 en l’église de Saint-Léger-de-Fourcheret (depuis 1867 Saint-Léger-Vauban, près d’Avallon, Morvand, département de l’Yonne) par l’abbé Orillard (Mousnier, Pujo, Blanchard) et non Brillard (Coornaert).
1633-1651. – Jeunesse campagnarde. Formation auprès de l’abbé Fontaine au prieuré de Montréal, puis au collège des Carmes de Semur il est fort peu probable qu’il y apprit les mathématiques et le dessin qu’il dit avoir : « ayant une assez bonne teinture des mathématiques et des fortifications et ne dessinant d’ailleurs pas mal. » Peut-être est-ce auprès de Clerville qu’il eut cette formation !
1651. – Il entre comme cadet dans le régiment de Louis II, prince de Condé (1621-1686), gouverneur de la Bourgogne et chef de la Fronde, qu’il rejoint à Clermont-en-Argonne (Compagnie d’Arcenay). Il prend le patronyme de Vauban.
1652. – Avril, mort de son père. Il se distingue lors du siège de Sainte-Menehould (novembre). Il reçoit le poste d’enseigne, mais demande à passer « maître » dans la cavalerie.
1653. – Il est prit par les armées royales à l’été et Mazarin le place au service du roi. Mazarin l’envoie au siège de Sainte-Menehould (Novembre) où il se distingue une nouvelle fois.
1653-1659. – Guerre avec l’Espagne. Vauban est employé alternativement à la conduite des travaux de sape ou de mine puis à la réparation des forteresses. Il participe à 14 sièges. Affecté au régiment du chevalier de Clerville (Louis Nicolas, 1610-1677), ingénieur, commissaire général des fortifications en 1658, avec qui il apprend le métier d’ingénieur.
1654. – Siège de Stenay (août). Il reçoit une compagnie au régiment de Bourgogne et conduit les tranchées aux sièges d’Arras et Clermont-en-Argonne.
1655. – Siège de Saint-Ghislain, de Condé et de Landrecies. 3 Mai, Il reçoit un brevet d’ingénieur ordinaire du roi.
1656. – Il est nommé capitaine au régiment du maréchal Henri-François de La Ferté-Senneterre (1657-1703).
1657. – Siège de Montmédy (Lorraine) où il est quatre fois blessé et de Mardick (Octobre).
1658. – Siège de Gravelines (août) dont il trace les fortifications en 1660 et d’Ypres (août-septembre).
1659. – Il est capitaine-lieutenant du régiment d’infanterie de campagne de La Ferté et capitaine d’une compagnie à Nancy.
1660. – Retour de Vauban dans le Morvand où il visite sa famille. Mariage le 25 mars avec Jeanne Le Pelletier d’Osnay ou d’Aunay (16 ?-1705), fille de Claude d’Osnay, baron d’Épiry. Il aura un fils mort jeune et deux filles, l’aînée Charlotte et la cadette Jeanne-Françoise.
1661-1662. – Retour à Nancy où il est chargé de démolir les murailles, une des clauses du traité des Pyrénées.
1661. – Juin : Naissance de sa fille Charlotte, morte en 1709.
1662. – Il démolit avec Siffredy la ville vieille de Nancy.
1663. – Le roi lui donne un régiment dans la Compagnie de Picardie. Il est envoyer à Brisach et fait différentes « missions spéciales ».
1664. – Dirige le « revestissement » de Brisach.
1665-1666. – Vauban fait trois voyages en Allemagne et un au Pays-Bas pour reconnaître les places fortes.
1666. – Il fait fabriquer une petite machine militaire pour le dauphin, née en novembre 1661.
1667. – Guerre de Dévolution. Il participe au siège de Tournai, de Douai où il est blessé à la joue gauche par un coup de mousquet et de Lille (27 août).
1668. – Après la campagne de la Franche-Comté, le roi le charge de la fortification de Besançon (plans de mars 1668) et d’autres places de la région. Mais celle-ci est donnée au roi d’Espagne qui commence les travaux. Il est Gouverneur de la citadelle de Lille et réalise la fortification de celle-ci.
1669. – Pour l’exécution de ses plans, Vauban recrute l’ingénieur Antoine Riquet (1636-1726) qui travaille à Metz, Verdun, Antibes, en Languedoc, en Dauphiné et à Brest.
1670. – Deuxième voyage à Pignerol. Retour en Flandre pour accompagner le Roi, puis au Piémont. Décès de sa mère, Edmée Carmignolle.
1671. – Il voyage en Flandre, Hainaut et Picardie, et fortifie le port le Dunkerque. Il donne un Mémoire des choses à résoudre sur les travaux de la ville et cidatelle de Tournai (2 février).
1672. – Sièges d’Orsoy (24 mai-2 juin) et de Doesbourg (16-22 juin). Visites 22 places hollandaises occupées (juillet –août) et revient à Lille.
1673. – Lettre du 20 janvier à Louvois sur le « pré carré ». 30 juin, capitulation de Maëstricht après un siège de 13 jours. Le roi le gratifie Vauban de 80 000 livres. Le 10 août, Condé visite Maëstricht et le 13 écrit à Louvois : « Le poste me paraît le plus beau du monde et le plus considérable, et plus je l’ai examiné plus je trouve qu’il est de la dernière importance de le fortifier. M. de Vauban a fait deux dessins, le grand dessin est la plus belle chose du monde. » (Correspondance de Condé à Chantilly.)
1674. – Il est fait brigadier d’Infanterie. Prise de Besançon le 12 mai et la citadelle quelques jours plus tard.
1674-1711. – Construction de la Citadelle de Besançon (www.citadelle.com) et fortification de la ville.
1675. – Il voyage dans le Nord, en Champagne, les Trois Evêchés, puis revient dans le Morvan d’où il part en Franche-Comté. A son retour il achète le 25 juin la seigneurie et le château de Bazoches pour 69 000 livres qui avait appartenu à son arrière-grand-père Jacques Le Prestre de Vauban, et y installe sa famille.
1676. – Il est nommé Maréchal de camp. Vauban propose au Roi son système du « Pré carré » et de renoncer aux places prises très en avant des frontières. Système qui est réalisé avec la paix de Nimègue en 1678. Mai, prise de Condé. Il commence à remplir les fonctions de commissaire général des fortifications conjointement avec Clerville.
1677. – Prise de Valenciennes (17 Mars) et siège de Cambrai (4 avril et 17 août pour la citadelle).
1678. – 4 janvier, il devient officiellement commissaire général des fortifications. Prise de Gand. Création des nouvelles places fortes de Huningue, Longwy et Phalsbourg. 28 octobre, naissance de sa fille Jeanne-Françoise, morte en 1713.
1679. – Création de la nouvelle place forte de Sarrelouis.
1680. – 26 mars : Marie sa fille aînée Charlotte à un cousin, Jacques-Louis de Mesgrigny (1656-1712), comte d’Aunay, chevalier, baron de Villebertin, grand bailli de Troyes, fils de Nicolas de Mesgrigny, maréchal de Camp. Création de la nouvelle place forte de Mont-Louis (1679-1681).
(Sites de Montlouis : http://histoireduroussillon.free.fr/Villages/Histoire/MontLouis.php ou http://www.mont-louis.net/accueil.htm.)
1681. – Création du fort de Villefranche-de-Conflent, fortification de Saint-Martin-en-Ré.
1681-1682. – Vauban établit les plans pour le barrage de Strasbourg qu’il remet à Louvois dès octobre, avec une « Instruction générale » et un mémoire « pour achever de donner une parfaite idée de la bonté de son projet et quelques notions de l’usage qu’on peut faire des principales pièces et parties qui le composent. »
1682. – Naissance d’un fils mort au berceau (15 janvier-15 mars). Vauban est à Casal, Pignerol, Antibes, Toulon, puis en Alsace, en Lorraine et à Lille. Il rédige le Mémoire contre le projet de bombardement d’Alger (mai).
1683. – Vauban améliore la citadelle de Belle-Île. Début de la fortification de la rade de Brest. Il rédige le Mémoire sur les avantages que l’on doit attendre de l’Empereur d’Allemagne (15 août).
1683-1685. – Vauban établit les plans d’aménagement des rivières de L’Eure et des travaux, avec Philippe de La Hire (1640-1718), de l’aqueduc de Maintenon pour amener les eaux de l’Eure à Versailles.
1684. – Rachat de la terre de Vauban. Mai : Siège et prise de Luxembourg qui au dire de Vauban est une « place redoutable et qu’on croyait imprenable ». Le 30 mai 1684, le prince de Condé écrit à Vaulx : « Pour venir à bout d’une aussi bonne place qu’est Luxembourg, il fallait un aussi habile homme qu’est M. de Vauban ; si vous le voyez vous me ferez plaisir de lui faire mes compliments… » (Correspondance de Condé à Chantilly.)
1686. –Travaux d’aménagement du port de Cherbourg. Vauban nomme l’ingénieur Antoine Riquet pour l’exécution de ses plans du canal du Midi. Celui-ci les critique, disant « qu’il n’est pas d’avis de les exécuter », à quoi Vauban répond : « N’est pas d’avis, n’est pas une raison. »
1687 – 25 mai, le roi donne 12 000 écus d’argent comptant à Vauban (Dangeau, Mémoires, 1855, t. II, p. 45). Création de la nouvelle place forte de Fort-Louis-du-Rhin, détruite en 1794 ; de Montroyal, rasée en 1702 ; du fort Lagarde de Prats-de-Molló (Pyrénée). Il fortifie Belfort. Vauban invente la baïonnette à douille qui se fixe sur l’arme et non plus dans le canon permettant ainsi de tirer sans l’ôter.
1688-1692. – Au cours de la guerre d’Augsbourg, appelée guerre de Neuf Ans.
1688. – 24 août, il est fait Lieutenant-Général des armées du roi. Il prend Philippsbourg (reddition le 29 octobre), Mannheim (novembre) et Frankenthal dans le Bas-Palatinat. Le 18 novembre, le Roi le gratifie de 4 pièces de canon pour placer à Bazoches et 2.000 louis d’or, auxquels le Dauphin joint un don d’un diamant d’une valeur de 1.000 louis.
1689. – Il rédige son Mémoire pour le rappel des Huguenots., daté et signé de décembre.
1691. – En janvier, il marie sa deuxième fille Jeanne-Françoise (1678-1713) à Louis Bernin de Valentinay (1663-1740), marquis d’Ussé, fils d’un contrôleur général de la maison du Roi. Le 25 février il termine la rédaction de son Mémoire sur le canal du Languedoc. 15 mars-10 avril, siège de Mons qu’il remporte avec très peu de perte, ce qui lui vaut une gratification de 100 000 livres et dîne avec le roi le 9 avril, « honneur dont il a été plus touché que de l’argent » (Dangeau, Mémoires, 1855, t. III, p. 320).
1692. – Il s’empare de Steinkerque. En juillet, il enlève en trente jours la forteresse de Namur (26 mai-30 juin) et reçoit 40 000 écus du roi (Dangeau, Mémoires, 1855, t. IV, p. 122). Il fait un emploi presque systématique des « plans reliefs ». Création de la nouvelle place forte de Mont-Dauphin.
1693. – Il est reçu par le Roi les 21 et 27 avril. Il rédige ses Réflexions sur la guerre présente et sur les nouveaux convertis, qu’il date du 5 mai, et deux autres mémoires : en août, Mémoire des dépenses de la Guerre sur lesquelles le Roi pourrait faire quelques épargnes et le 22 octobre, Remarques sur les fautes faites de votre part dans la guerre présente d’Italie et celles qui ont précédé la guerre. (Archives privées.)
1694-1695. – Commandant en Bretagne.
1694. – Il fournit un nouveau mémoire, daté de janvier 1694, qui a pour titre : Place dont le Roi pourrait se défaire en faveur d’un traité de paix sans faire tort à l’État ni affaiblir sa frontière. Le 8 mai, il termine son Projet supplémentaire de Saint-Malo (Archives du génie). Le 23 décembre, il termine son Mémoire contenant les avis pour et contre le rétablissement de Dieppe où il propose un « plan corrigé des rues de Dieppe » dont le devis se monte à 208 670 livres. Les fortifications ne seront pas réalisées. (Pour voir le plan : http://www.chez.com/histoirededieppe/index.htm.) A la même date il signe son Mémoire sur la guerre de Piémont qui paraît la plus convenable au temps présent, la plus utile, la plus sûre et de la moindre dépense.
1695. – En février, Vauban rédige un Projet de capitation (Reproduit dans l’édition des « Oisivetés », t. II.) ; projet d’un impôt nouveau prélevé « à titre exceptionnel et pour la durée de la guerre seulement » et qui toucherait « tous ceux qui jouissent de revenus, y compris le clergé, les officiers civils et militaires, la Maison du Roi, les troupes, les fermiers généraux, les sous-traitants […] à l’exclusion du menu peuple qui ne vit que du travail de ses mains. » Le 9 mai, il est nommé par le roi grand-croix de Saint-Louis et reçu l’ordre le 30 (Dangeau, Mémoires, 1855, t. IV, p. 281 et 296). Le 3 novembre, il rédige son Mémoire concernant la caprerie (capre=corsaire, du hollandais kaaper).
1696. – Janvier : Il écrit sa Description géographique de l’élection de Vézelay, avec carte et tableau du dénombrement des peuples. (Reproduit dans l’édition de la Dixme royale par Émile Coonaert, 1933, p. 273-295.)
1697. – Avril : « le roi envoie Vauban visiter les places de Flandres, depuis la Meuse jusqu’à la mer » (Dangeau, Mémoires, 1855, t. V, p. 389). Juin : Siège d’Ath (Arthois Belgique), Vauban est blessé à l’omoplate « la balle avoit percé un sac à terre et ne lui a fait qu’une grande contusion » (Dangeau, Mémoires, 1855, t. VI, p. 128).
1698. – Création de la nouvelle place forte de Neuf-Brisach, sur un plan octogonal dans une étoile, modèle de défense avec remparts et tours bastionnées. (http://neuf-brisach.com/.)
1698-1699. – Rédige son mémoire sur les Moyens d’améliorer nos troupes et de faire une infanterie perpétuelle et très excellente qu’il termine en 1703, manuscrit de cinq cent pages. (Reproduit dans l’édition des Oisivetés, t. V.) Il commence la rédaction de la Dîme royale.
1699. – Nommé académicien honoraire à l’Académie des sciences. « Lundi 5 octobre, à Fontainebleau : Le roi nous dit à son dîner qu’il avoit reçu des mémoires de Vauban, qui vient de visiter toutes les places du royaume ; il y marque tout ce qu’il faut faire à toutes ces places pour les mettre dans leur perfection, ce qui presse le plus à faire, et ce qui presse le moins. Tous les travaux qu’il propose, et qu’on exécutera peu à peu, montent, à ce que nous dit S. M., à soixante millions. » (Dangeau, Mémoires, 1855, t. VII, p. 163).
1700. Vauban rédige le Projet d’une Dîme royale. Il écrit aussi le mémoire sur l’Intérêt présent des États de la Chrétienté. (Reproduit dans l’édition des Oisivetés).
1701. – Traité de la culture des Forests. Mémoire manuscrit avec bandeau en tête et lettre ornée. (Reproduit dans l’édition des Oisivetés).
1703. – 14 janvier : il est fait Maréchal de France. Il demande le 28 février au roi la grâce de l’envoyer au siège de Kehl. Le roi lui dit : « Mais songez-vous, M. le Maréchal, que cet emploi est au-dessous de votre dignité ? – Sire, lui répondit-il, il s’agit de vous servir, ce que je crois pouvoir faire utilement en cette occasion ici. Je laisserai le bâton de maréchal de France à la porte et j’aiderai peut-être à la prise de la place. Plus vous nous élevez et plus nous devons avoir envie de vous servir. » (Dangeau, Mémoires, 1855, t. IX, p. 129). Siège de Brisach (14 novembre).
1705. – 2 février : le Roi le promeut chevalier de l’Ordre du Saint-Esprit. Saint-Simon note : « S’il était gentilhomme, c’était bien tout au plus […]. Rien donc de si court, de si nouveau, de si plat, de si mince […] il était digne du bâton et de toutes les grâces que le seul mérite doit et peut acquérir. » 19 mars : Enterrement de Jeanne d’Osnay, son épouse. Il rédige un mémoire sur la noblesse : Idée d’une excellente noblesse et les moyens de la distinguer par les générations (Reproduit dans l’édition des Oisivetés, t. II.) où il y dénombre trente degrés de noblesse et plaide en faveur d’une vraie noblesse qui ne serait attribuée que « pour des services considérables rendus à l’État » ; son Traité de la défense des places et le Traité de la fortification des campagnes.
1706. – En février, il rédige les deux mémoires suivants : Projet de paix assez raisonnable pour que tous les intéressés à la guerre présente en dussent être contents, s’il avait lieu et s’il plût à Dieu d’y donner sa bénédiction (Reproduit dans l’édition des Oisivetés) et en novembre De la conduite à tenir par les gouvernements envers les peuples nouvellement soumis à leur domination, (Rochas… Journal des économistes, 1882, p. 334-337). 17 juin : Louis XIV lui confie le Commandement de la Flandre maritime (Dunkerque, Gravelines, Bergues et Furnes).
1707. – Impression clandestine, certainement à Lille, de la Dîme royale, qui est condamné en séance du Conseil privé du 14 février 1707 en même temps que le Factum de France de Boisguilbert.
30 mars 1707. – Mort de Vauban à Paris, en son hôtel rue Saint-Vincent (actuelle rue Saint-Roch), « d’une fluxion sur la poitrine qui lui faisoit cracher le sang » (Sourches, éd. Cosnac, 1890, t. 10, p. 291), à soixante-quatorze ans. La veille, le roi loua Vauban sur plusieurs chapitres et dit : « Je perds un homme fort affectionné à ma personne et à l’État. » (Dangeau, Mémoires, 1855, t. XI, p. 331). Le convoi funèbre a lieu le vendredi 1er avril 1707. Par décision impériale du 15 octobre 1804, son c½ur est transféré à l’Hôtel des Invalides à Paris le 26 mai 1808.
IV.
JUGEMENTS ET PORTRAITS DE VAUBAN
Par le duc de Saint-Simon :
« Vauban s’appeloit Leprestre, petit gentilhomme de Bourgogne tout au plus… mais peut-être le plus honneste homme et le plus vertueux de son siècle, et avec la plus grande réputation du plus savant homme dans l’art des sièges et de la fortification, le plus simple, le plus vray et le plus modeste. » (tome I, chap. XXXXVI, Tondouze, p. 11.)
« C’était un homme de taille médiocre, assez trapu, qui avait fort l’air de guerre, mais en même temps un extérieur rustre et grossier pour ne pas dire brutal et féroce. Il n’était rien moins. Jamais homme ne fut plus doux, plus compatissant, plus obligeant, plus respectueux, sans nulle politesse, et plus avare ménager de la vie des hommes, avec une valeur qui prenait tout, parfois, et donnait tout aux autres. Il est inconcevable qu’avec tant de droiture et de franchise, incapable de se prêter à rien de faux et de mauvais, il ait pu gagner au point qu’il fit l’amitié et la confiance de Louvois et du Roi. » (t. II, chap. XXXV, Tondouze, p. 45.)
« On a vu p. 379 [tome II, chapitre XXXV] quel étoit Vauban à l’occasion de son élévation à l’office de maréchal de France. Maintenant nous l’allons voir réduit au tombeau par l’amertume de la douleur, pour cela même qui le combla d’honneur, et qui, ailleurs qu’en France, lui eût tant mérité et acquis. Il faut se souvenir, pour entendre mieux la force de ce que j’en ai à dire, du court portrait de cette page 379, et servir en même temps que tout ce que j’en ai dit et à en dire n’est que d’après ses actions, et une réputation sans contredit de personne, ni tant qu’il a vécu, ni depuis, et que jamais je n’ai eu avec lui, ni avec personne qui tint à lui, la liaison la plus légère. Patriote comme il l’étoit il avoit toute sa vie été touché de la misère du peuple et de toutes les vexations qu’il souffroit. La connoissance que ses emplois lui donnoient de la nécessité des dépenses, et du peu d’espérance que le Roi fût pour retrancher celles de splendeur et d’amusements, le faisoit gémir de ne voir point de remède à un accablement qui augmentoit son poids de jour en jour. Dans cet esprit il ne fit point de voyage, et il traversoit souvent le Royaume de tous les biais, qu’il ne prît partout des informations exactes sur la valeur et le produit des terres, sur la sorte de commerce et d’industrie des provinces et des villes, sur la nature et l’imposition des levées, sur la manière de les percevoir. Non content de ce qu’il pouvoit voir et faire par lui-même, il envoya secrètement partout où il ne pouvoit aller, et même où il avoit été et où il devoit aller, pour être instruit de tout, et comparer les rapports avec ce qu’il avoit connu par lui-même. Les vingt dernières années de sa vie, au moins, furent employées à ces recherches, auxquelles il dépensa beaucoup. Il les vérifia souvent avec toute l’exactitude et la justesse qu’il y put rapporter, et il excelloit en ces deux qualités. Enfin il se convainquit que les terres étoient le seul bien solide, et il se mit à travailler à un nouveau système. Il étoit bien avancé, lorsqu’il parut divers petits livres du sieur Boisguillebert, lieutenant général au siège de Rouen, homme de beaucoup d’esprit de détail et de travail, frère d’un conseiller au parlement de Normandie, qui, de longue main touché des mêmes vues que Vauban, y travailloit aussi depuis longtemps. Il y avoit déjà fait du progrès avant que le chancelier eût quitté les finances. Il vint exprès le trouver, et, comme son esprit vif avoit du singulier, il lui demanda de l’écouter avec patience, et, tout de suite, lui dit que d’abord il le prendoit pour un fou, qu’ensuite il verroit qu’il méritoit attention, et qu’à la fin, il demeureroit content de son système. » (Tome III, chap. XXXIII, Saint-Simon, Mémoires, éd. Ramsay, 1978, t. 5, p. 346-353. »)
Philippe de Dangeau (1638-1720), addition de Saint-Simon :
« Vauban, la valeur même, la bonté, la vertu, la probité même, sous un extérieur rude, grossier et brutal, étoit de loin le premier homme de son siècle dans l’art des fortifications et des sièges et dans celui d’y ménager les hommes, et parmi cela la simplicité même. Le roi, sous lequel en personne il en avoit tant fait d’éclatants, crut se faire maréchal de France lui-même et couronner ses propres lauriers par le bâton qu’il lui donna avec complaisance. Ce fut le premier qu’obtint ce genre de mérite militaire ; son amour pour le roi et pour l’État ne l’en rendoient pas moins digne que sa capacité et ses actions. » (Dangeau, Mémoires, 1855, t. IX, p. 94-95).
« On a vu quel étoit Vauban à l’occasion de sa promotion à l’office de maréchal de France… C’étoit le meilleur homme et le meilleur patriote du monde, toujours occupé de l’État et du soulagement de toutes ses parties, ainsi que de l’avancement de sa gloire, avec un désintéressement parfait. Il étoit homme de grand ordre, de grand arrangement, de grand calcul. Les impôts, et encore plus la manière dont on les levoit, lui déplaisoient étrangement ; il s’appliqua plusieurs années à y chercher un remède, et crut l’avoir trouvé par le livre célèbre qu’il publia. On n’entrera point ici dans l’examen de cet ouvrage ; mais quel qu’il fût, c’étoit celui d’un excellent c½ur et d’un digne citoyen. Il se crut à portée d’oser traiter cette matière par la situation où, de longue main, il se trouvoit avec le roi ; et en cela il se trompa en plein. Son livre fit grand bruit, goûté, loué, admiré du public, blâmé et détesté des financiers, abhorré des ministres, dont il alluma la colère. Le chancelier Pontchartrain surtout en fit un vacarme sans garder aucune mesure, et Chamillart oublia sa douceur et sa modération. Les magistrats des finances tempêtèrent, et l’orage fut porté jusqu’à un tel excès que, si on les avoit crus, le maréchal auroit été mis à la Bastille et son livre entre les mains du bourreau. Le roi, qui ne s’y put résoudre, ne laissa pas de se laisser entraîner à ce torrent, assez pour contenter ses ministres, assez pour scandaliser étrangement sa cour, assez pour tuer le meilleur des François et celui qui avoit accueilli les lauriers dont le roi avoit environné son front. » (Dangeau, Mémoires, 1855, t. XI, p. 331-332).
Par Louis-François du Bouchet, marquis de Sourches (1639-1716) :
« Il n’y avait pas d’homme au monde qui dit ses sentiments aussi librement que lui au Roi et aux ministres : mais il s’était mis en droit de le faire, en ne disant jamais que ce qu’il croyait le plus utile pour le service de l’État, dont il était un serviteur zélé. » (Cité par François Bluche dans Louis XIV, Fayard, 1986, d’après les Mémoires du marquis de Sourches… Paris, 1882-1893. BH : 8° 1763.)
Par Bernard Le Bovier de Fontenelle (1657-1757) :
« Il aimoit mieux être plus utile, et moins récompensé, et pour suivre son goût , il n’auroit fallu payer ses premiers travaux que par d’autres encore plus nécessaires… » « Jamais les traits de la simple nature n’ont été mieux marqués qu’en lui, ni plus exempts de tout mélange étranger. Un sens droit et étendu, qui s’attachoit au vrai par une espèce de simpatie, & sentoit le faux sans le discuter, lui épargnoit les longs circuits par où les autres marchent ; & d’ailleurs sa vertu étoit en quelque sorte un instinct heureux, si prompt qu’il prévenoit sa raison. Il meprisoit cette politesse superficielle dont le monde se contente, & qui couvre souvent tant de barbarie ; mais sa bonté, son humanité, sa libéralité lui composoient une autre politesse plus rare, qui étoit toute dans son c½ur. Il seyoit bien à tant de vertus de négliger des dehors, qui, à la vérité, lui appartienent naturellement, mais que le vice emprunte avec trop de facilité. Souvent M. le Maréchal de Vauban secouru de sommes assez considérables des officiers qui n’étoient plus en état de soutenir le service ; & quand on venoit à le sçavoir, il disoit qu’il prétendoit leur restituer ce qu’il recevoit de trop de bienfaits du Roi. Il a été comblé pendant tout le cours d’une longue vie ; & il a eu la gloire de ne laisser en mourant qu’une fortune médiocre. Il étoit passionnément attaché au Roi, Sujet plein d’une fidélité ardente et zélée, & nullement courtisan ; il auroit infiniment mieux aimé servir que plaire. Personne n’a été si souvent que lui, ni avec tant de courage, l’introducteur de la vérité. Il avait pour elle une passion presque imprudente, et incapable de ménagements. »
« Désormais M. de Vauban est connu, & son Histoire devient une partie de l’Histoire de France »
« Quoique son emploi ne l’engageât qu’à travailler à la sûreté des frontières, son amour pour le bien public lui faisait porter ses vues sur les moyens le bonheur du dedans du royaume. »
(Éloge des académiciens… La Haye, 1740, t. 2, p. 122-140.)
Par Lazare (Lazare-Nicolas-Maguerite) Carnot (1753-1823) :
« Au seul nom de Vauban le patriotisme s’éveille, l’âme s’élève à de noble pensées, le c½ur sensible éprouve à la fois la vive impulsion qui porte à l’héroïsme & la douce émotion qui ramène de l’humanité. / Tel est le charme attaché à la mémoire des bienfaiteurs : l’enthousiasme de la vertu s’allume de lui-même dans ces âmes fortes ; mais c’est par le tableau touchant du zèle actif & pur qui l’anima ». (Carnot, Éloge de Sébastien Le Prestre… p. 2-3.)
Par Gabriel-Henri Gaillard (1726-1806) :
« Otez à Vauban ses talents, ses travaux, ses fortifications, ses sièges, il lui restera ses vertus ; dépouillez-le de sa gloire, il faudra encore lui donner le prix de bonté, du meilleur citoyen, du plus tendre ami de l’humanité. Jamais on n’a si constamment mis en pratique la maxime plus citée que suivie : Je suis homme, rien d’humain ne m’est étranger. Voilà en un seul mot l’histoire de toute sa vie, et l’emploi de tous ses moments. » (Son Éloge reproduit dans l’édition des Oisivetés par augoyat.)
Par François Bluche :
« L’administration de la guerre et les armées de Louvois sont et seront tenues en main par le monarque minutieux et un ministre génial, mais ce roi et ce ministre eussent été moins efficaces sans le concours de Vauban pour les fortifications et les sièges, du marquis de Chamlay pour les mille détails de la logistique. Vauban, qui sait tout (il tranche de tout) et parle au Roi sans timidité, Vauban qui est dans ce pays l’un des créateurs de la statistique moderne, sera plus écouté de Louis XIV, plus influent dans l’État, que les trois Phelypeaux de la Vrillière, obscurs titulaires de la quatrième charge de secrétaire d’État. » (F. Bluche, Louis XIV, Fayard, 1986, p. 163.) Sur Jules-Louis Bolé, marquis de Chamlay (1650-1717), maréchal général des logis des armées du Roi, conseiller militaire de Louis XIV on peut consulter le mémoire de DEA de Jean-Philippe Cénat (Paris 1) : http://marmouget.free.fr/ressources/chamlay.pdf.
Par Christine Bierre :
« Vauban est de loin le plus brillant des ingénieurs du Roi de l’époque. Il est surtout connu pour ses plans géométriques révolutionnaires des fortifications et pour les forts qu’il fait construire le long des frontières, mais c’est également un économiste et un personnage politique remarquable. C’est seulement à la suite d’un incident fâcheux de nature personnelle qu’il s’opposera à Colbert ; et ceci mettra fin à la collaboration entre les deux grands hommes, qui eût pu être si bénéfique à la nation. Colbert regrettera l’incident et tentera à plusieurs reprises de se faire pardonner, mais en vain. Colbert confie néanmoins à Vauban certaines tâches importantes, dont la supervision de l’élargissement du port de Toulon. Mais la plupart des grands projets de son règne seront supervisés par un homme moins brillant que Vauban, le chevalier de Clerville. » (Extrait du livre L’Europe, vecteur d’une reprise de l’économie mondiale, édité par l’Institut Schiller, 1992.)
Dans limage d’Épinal, Vauban est l’homme de fortification, le maître de la poliorcétique qui vient du grec poliorketikos, ce qui est relatif à la technique du siège des villes et places fortes, ou l’art et la technique du siège. C’est à travers l’étude des travaux de Jean Errard de Bar-le-Duc (1554-1610), Antoine de Ville (1596-1657) et François Blaise, comte de Pagan (1604-1655) que Vauban met au point sa méthodes d’attaque et de défense des places. Comme le fait remarquer François Bluche, Vauban fut sans rival en son temps, hormis peut-être l’ingénieur hollandais Coenhoorn (1641-1704) et s’appuyant sur les idées de Pagan, a eu le mérite : « 1° de les affiner, 2e de toujours savoir les adapter au terrain. Par contre la tour bastionnée est de son invention » (Bluche, p. 1568). Son but : réduire les pertes en hommes et la durée des sièges. Pour cela, il entoure les villes assiégées d’un système de tranchées en lignes brisées et reliées entre elles par des parallèles. Les assiégeants progressent par étapes successives, pendant que des batteries d’artillerie ouvrent des brèches. Pour cela, il invente le tir à ricochet « qui permet aux boulets de faire plusieurs rebonds et de démolir en un seul tir les défenses et les canons ennemis. »
Concevant un système d’attaque, Vauban en vient au système de défense correspondant. La ville fortifiée doit pouvoir commander autour d’elle, permettre des observations tactiques et empêcher les tirs plongeants de l’ennemi. D’où des fortifications comprenant des ouvrages massifs, avec de volumineux remblais consolidés en maçonnerie, pour se protéger des tirs. Il ajoute des remparts avec des bastions espacés pour éviter des tirs flanquant. Il multiplie les obstacles pour l’assaillant.
Sur le plan maritime, Vauban est l’un des promoteurs de « la guerre de course » avec son Mémoire concernant la caprerie. Pour protéger l’arsenal de Rochefort, il est décidé de construire un fort en mer : Le célèbre fort Boyard (http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/afficheLieu.php?idLang=fr&idLieu=1430). Cette construction décidée en 1763 ne sera terminée qu’en 1859. Vauban donna ses conclusions sur la faisabilité de ce projet à Louis XIV : « Sire, il serait plus facile de saisir la lune avec les dents que de tenter en cet endroit pareille besogne. »
Les multiples fortifications qui ceinturent la France et dont est responsable Vauban, ont fait sa gloire. Nous donnons plus bas la liste de celles-ci. Pour de plus amples renseignements, outre la bibliographie abondante que nous avons en partie citée ci-dessous, on pourra consulter avec intérêt la base de données très riche Structurae, réalisée et proposée par Nicolas Janberg, ingénieur des ponts franco-allemand : http://fr.structurae.de. On peut aussi lire « le système Vauban et la mise place du pré-carré flandrien » dans « Travaux d’histoire Moderne », site de Vincent Danet : http://histmoderne.club.fr/page232.htm. Pour compléter, voici un autre site sur les fortifications où l’on présente Vauban et son système de fortification : http://sabreteam.free.fr/fortif4.htm
Vauban est devenu économiste en parcourant la France pour la défendre et la fortifier. Pour cela il avait besoin d’une solide connaissance du terrain, des hommes, des ressources. Il la parcourut plusieurs fois en temps de paix comme en temps de guerre, ce qui lui a permis de voir les ravages que causent les guerres. Profondément terrien, proche de ses hommes, il sait que l’agriculture et l’élevage sont la force d’une nation. Il faut nourrir les hommes avant de leur demander quoique ce soit. C’est ainsi que dans son mémoire sur la Cochonnerie et sa Description géographique de la généralité de Vézelay Vauban met en évidence avec des statistiques précises les problèmes économiques de l’époque et les conditions de vie paysanne, puis propose des solutions pour y remédier.
Il s’intéresse à la population. Vauban, bien que catholique et au service du roi, s’oppose à la révocation (1685) de l’édit de Nantes appelé aussi édit de tolérance (1598), car il sait que cela aura des conséquences néfastes pour l’économie ; ce qui arriva effectivement. Son ½uvre s’attache autant aux aspects militaires qu’économique. Il analyse les remèdes à apporter à la misère du peuple et étudie les conditions économiques pour développer la puissance française. En 1698, il établit un recensement de la population qui le place parmi les précurseurs de la statistique économique.
Il s’intéresse au transport à travers entre autres les canaux et la navigation, mais aussi le commerce des colonies. À travers ce problème, il aborde les questions du commerce en général, de la monnaie, du commerce intérieur, de l’élevage, des céréales, des mines, etc. On retrouve là les préoccupations qui vont être l’une des caractéristiques des ingénieurs des Ponts et Chaussées tout au long du xviiie et xixe siècle. (Voyez l’inventaire du fonds Rosanbo, ci-dessous.)
Il s’intéresse aux impôts et à la juste répartition de ceux-ci. À la fin du xviie siècle, la France est épuisée. Les guerres, la révocation de l’édit de Nantes qui entraîne l’exode des Huguenots, les mauvaises récoltes (« Les biens de la campagne rendent le tiers moins de ce qu’ils rendaient il y a trente ou quarante ans », La Dîme royale), la hausse des prix et la baisse de la production sont autant de facteurs à l’épuisement de la France. C’est dans ce contexte que Vauban réfléchit à une réforme de l’impôt. Comme le souligne Henri Baudrillart, Vauban est l’un des premiers à « avoir proclamé l’impôt que nous appelons proportionnel, c’est-à-dire l’impôt réparti sur chacun, en proportion avec sa fortune, attesté par son revenu. Cette règle figure dans ses Maximes fondamentales, en tête de son projet. Qu’est-ce que l’impôt ? C’est le prix des services rendus par l’État… De l’obligation de l’impôt pour tous résulte l’égalité. C’est là la grande innovation de la dîme royale. » (Baudrillart, 1869, p. 318.)
Dans son célèbre ouvrage, Projet d’une dîme royale, qu’il rédige entre 1698 et 1706 et qu’il fait imprimer secrètement en 1707, Vauban critique le régime financier, en dévoile les abus les plus criants et propose pour simplifier l’impôt de substituer à toutes les taxes existantes (taille, aides, traites...) un impôt unique, pesant sur tous, égal au dixième du revenu. Dénonçant les profits scandaleux des privilégiés, ceux-ci s’acharnèrent à le faire tomber en disgrâce. Cet ouvrage est son « testament politique ».
Sur cet ouvrage, on relira avec la plus grande attention les remarquables et pertinentes analyses d’Henri Baudrillart et de Roland Mousnier. Toutefois, pour en saisir pleinement la teneur, voici d’abord un extrait de la présentation par Émile Coornaert que nous faisons suivre d’un extrait des propos liminaires de Vauban propre à éclairer sa démarche et sa pensée :
« C’est ce zèle pour l’ordre dans la nation et pour le mieux-être des petits qui, dans ses « oisivetés », le pousse à des études de politique économique et financière, – le violon d’Ingres de ce soldat.
« Son expérience personnelle lui a ouvert les horizons les plus variés et lui a assuré les sources les plus sûres d’information. « La vie errante que je mène depuis quarante ans et plus, m’ayant donné occasion de voir et visiter plusieurs fois, et de plusieurs façons, la plus grande partie des provinces de ce royaume, tantôt seul avec mes domestiques, et tantôt en compagnie de quelques ingénieurs, j’ai souvent eu occasion de donner carrière à mes réflexions, et de remarquer le bon et le mauvais des pays : d’en examiner l’état et la situation, et celui des peuples, dont la pauvreté ayant souvent excité ma compassion, m’a donné lieu d’en rechercher la cause. » Et Fontenelle dira, dans son Éloge : « Dans tous ses voyages, il avait une curiosité dont ceux qui sont en place ne sont communément que trop exempts. Il s’informait avec soin de la valeur des terres, de ce qu’elles rapportaient, de la manière de les cultiver, des facultés des paysans, de leur nombre, de ce qu’il fallait pour leur nourriture ordinaire, de ce que leur pouvait valoir en un jour le travail de leurs mains, détails méprisables et abjects en apparence, mais qui appartiennent cependant au grand art de gouverner. » A ces recherches il apporte sa précision d’ingénieur : il a le souci des mesures exactes ; pour l’appréciation d’une surface, il tient compte des « bossillements » du sol ; il fait faire des expériences sur le terrain ; il est satisfait quand ce qu’il avance se prouve « géométriquement ». De fait, dans le domaine propre de l’observation, il est remarquablement sûr.
« Sa curiosité dépasse, d’ailleurs, le champ de ses remarques personnelles. « Non content de ce qu’il pouvait voir et faire par lui-même, dit Saint-Simon, il envoya secrètement partout où il ne pouvait aller, et même où il avait été, et où il devait aller pour être instruit de tout, et comparer les rapports avec ce qu’il aurait connu par lui-même. Les vingt dernières années de sa vie au moins furent employées à ces recherches auxquelles il dépensa beaucoup. » (Mémoires, éd. Boislisle, XIV, p. 235). II échange des vues avec d’autres chercheurs ; il écoute ; il sollicite des avis. Il entre en contact avec Boisguillebert et ses amis de Rouen. Il interroge les intendants. C’est lui qui a établi les formulaires de l’enquête entreprise auprès d’eux en 1686 ; sans doute a-t-il contribué à provoquer celle de 1697. En tout cas, il a consulté et mis en ½uvre les mémoires qu’à cette occasion ces hauts fonctionnaires ont envoyés au contrôleur-général.
« Il a lu, avec ces travaux administratifs, des ouvrages de toutes sortes. Le texte de la Dîme renvoie aux livres du P. Le Comte sur la Chine, de même qu’au Détail de la France de Boisguillebert. Nul doute que, préoccupé de son projet depuis de longues années, Vauban n’ait pris contact avec la littérature, étonnamment abondante, consacrée au xviie siècle aux questions économiques et, spécialement, fiscales. Nul doute aussi qu’il y ait puisé au moins certaines orientations, certaines justifications de ses pensées. (Introduction au Projet d’une Dixme royale, par Émile Coornaert, éd. 1933, p. XVI-XVIII.)
L’ouvrage du jésuite Louis Lecomte (1655-1729) cité ici est ses Nouveaux mémoires sur l’état présent de la Chine, Paris, chez Anisson, directeur de l’Imprimerie royale, rue de La Harpe, 1696, 2 vol. in-12, [28]-508 p., portrait h.-t., 1 tableau h.-t. dépliant et 18 pl. h.-t. dont 2 dépliantes ; et [4]-536 p., 2 pl. h.-t. [BnF : 8° O2n. 29 et Gallica NUMM-88779.] Voir sa réédition sous le titre Un Jésuite à Pékin…, texte établi, annoté et présenté par Frédérique Touboul-Bouyeure, Paris, Phébus, 1990. 21 cm, 554 p., collection : d’Ailleurs. [BnF : 8° Ln27. 96794 et salle J : 910.95 LECO j.] Cet ouvrage, pas plus que celui de Boisguillebert ne se retrouve dans l’inventaire de sa bibliothèque bien que Vauban les cite dès les premières pages de la Dîme royale (Reproduit dans Michèle Virol, Vauban, annexe 6, p. 421-427).
Extrait de la Dixme royale de Vauban :
« La vie errante que je mene depuis quarante ans et plus, m’ayant donné occasion de voir et visiter plusieurs fois, et de plusieurs façons, la plus grande partie des Provinces de ce Royaume, tantôt seul avec mes domestiques, et tantôt en compagnies de quelques Ingénieurs ; j’ay souvent eu occasion de donner carrière à mes Réflexions, et de remarquer le bon et le mauvais des Païs ; d’en examiner l’état et la situation, et celuy des Peuples, dont la pauvreté ayant souvent excité ma compassion, m’a donné lieu d’en rechercher la cause. Ce qu’ayant fait avec beaucoup de soin, j’ay trouvé qu’elle répondoit parfaitement à ce qu’en écrit l’Auteur du Détail de la France, qui a développé et mis au jour fort naturellement les abus et mal-façons qui se pratiquent dans l’Imposition et la levée des Tailles, des Aydes et des Doüanes. » (Éd. Coornaert, 1933, p. 6.)
Sur les bornes de la Dixme : « On se peut joüer entre ces deux termes par rapport aux besoins de l’Etat, et jamais autrement ; parce qu’il est constant que plus on tire des Peuples, plus on ôte d’argent du Commerce ; et que celuy du Royaume le mieux employé, est celuy qui demeure entre leurs mains, où il n’est jamais inutile ni oisif. » (Éd. Coornaert, 1933, p. 22.)
« Maximes fondamentales de ce système / I / Il est d’une évidence certaine et reconnuë par tout ce qu’il y a de Peuples policez dans le monde, que tous les Sujets d’un Etat ont besoin de sa protection, sans laquelle ils n’y sçauroient subsister. / II / Que le Prince, Chef et Souverain de cet Etat ne peut donner cette Protection, si ses Sujets ne lui en fournissant les moyens ; d’où s’ensuit : / III / Qu’un Etat ne peut se soûtenir, si les Sujets ne le soûtiennent. Or, ce Soutien comprend tous les besoins de l’Etat, auquels par consequent tous les sujets sont obligez de contribuer. / De cette necessité, il résulte : / Premièrement, Une obligation naturelle aux Sujets de toutes conditions, de contribuer à proportion de leur Revenu ou de leur Industrie, sans qu’aucun d’eux s’en puisse raisonnablement dispenser. / Deuxièmement, Qu’il suffit pour autoriser ce droit, d’être sujet de l’Etat. / troisièmement, Que tout Privilège qui tend à l’Exemption de cette Contribution, est injuste et abusif, et ne peut ni ne doit prévaloir au préjudice du Public. » (Éd. Coornaert, 1933, p. 23-24.)
Vauban envisage une imposition proportionnelle « sur tous les revenus du Royaume, de quelque nature qu’ils puissent être, sans autre exception que la volaille domestique et les bestiaux, sur lesquels je ne voudrai rien imposer, afin de laisser cela libre au petit commerce de la campagne. » Cette dîme serait prélevée directement et en nature pour ce qui touche aux ressources de la terre : « Cette levée se ferait toujours en espèces et dans le temps que les biens sont sur la terre, il n’y aurait jamais pour un sol de non valeur et les levées en seraient très commodes pour le paysan et le pays. » (Lettre à son ami Roger Brulart, marquis de Puyzieulx et de Sillery, 1640-1719, ambassadeur du roi, cité par Pujo p. 239.) Quant aux taux de la dîme, il pourrait varier suivant les circonstances : « Cette dîme est supposée mobile du vingtième au dixième […]