Nicolas de Valdec de Lessart (Antoine)
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Antoine NICOLAS de VALDEC de LESSART
Né à Paris, baptisé passe Saint-Roch le 25 novembre 1741 Massacré à Versailles le 9 septembre 1792 Ministre des Finances du 30 novembre 1790 au 27 avril 1791 Ministre des Contributions et revenus publics du 27 avril au 24 mai 1790 Ministre de l’Intérieur du 25 janvier au 20 novembre 1791 Ministre des Affaires étrangères du 20 novembre 1791 au 10 mars 1792 |
Antoine NICOLAS de VALDEC de LESSART
Né à Paris, baptisé passe Saint-Roch le 25 novembre 1741
Massacré à Versailles le 9 septembre 1792
Ministre des Finances du 30 novembre 1790 au 27 avril 1791
Ministre des Contributions et revenus publics du 27 avril au 24 mai 1790
Ministre de l’Intérieur du 25 janvier au 20 novembre 1791
Ministre des Affaires étrangères du 20 novembre 1791 au 10 mars 1792
Avant le ministère des Finances
Licencié en droit et détenteur d’un beau paquet d’actions de la Compagnie des Indes héritées de son père, le jeune Antoine NICOLAS de VALDEC entra dans les bureaux de la Compagnie vers 1760 ; nommé syndic de la Compagnie le 15 janvier 1765, il resta en fonction jusqu’en 1770, dans l’entourage de PANCHAUD et NECKER. A la suite de liquidation de la Compagnie des Indes, dont le privilège avait été suspendu en 1769, il devint enfin l’un des administrateurs de cette liquidation entre 1771 et 1784.
Conseiller à la Cour des Aides depuis le 16 mars 1768, il devient maître des requêtes le 30 novembre 1768, en charge à partir de 1776 du « Détail de l’Administration des Finances » près les directeurs généraux des Finances successifs NECKER et JOLY de FLEURY. Le Contrôleur général des Finances CALONNE le nomme « intendant au département des municipalités, revenus et dépenses des villes, bourgs et communautés d’habitants » avant que le retour de NECKER aux affaires ne le place à la présidence d’un comité pour les affaires d’administration. Ainsi, pendant près de vingt ans celui-ci occupa, au plus haut niveau, des fonctions dirigeantes au Contrôle général des finances, et plus spécialement dans le domaine de la liquidation de la Compagnie des Indes, du commerce de l’Inde et des monnaies. D’autre part il occupa, de 1777 à 1786, la charge de surintendant des finances de Monsieur, comte de Provence.
Dans le conflit financier qui opposait les partisans de NECKER (partisan d’une émission fiduciaire par une banque nationale indépendante) et ceux de MIRABEAU (partisan d’une émission fiduciaire par la Nation elle-même, c’est-à-dire en fait par l’Assemblée Constituante), VALDEC de LESSART intervint comme rapporteur (et donc actionnaire) de la commission nommée par les actionnaires de la Caisse d’escompte : il critiqua le décret de l’Assemblée Constituante du 19 décembre 1789, qui autorisait la Caisse d’escompte, en contrepartie des services qui lui étaient imposés, à créer 25 000 actions nouvelles à 4 000 livres, lui préférant un appel de 1 600 livres par action ancienne, contre remise d’une demi-action, opération beaucoup plus avantageuse pour les actionnaires. Le 12 janvier 1790, NECKER appuya par une lettre au président de l’Assemblée Constituante les dispositions arrêtées par l’assemblée générale des actionnaires, qui avaient été homologuées par un arrêt du conseil du 3 janvier.
L’action ministérielle
« Ministre des finances et du dedans » selon les termes du marquis d’ARGENSON, le contrôleur général des finances était à la tête d’un département ministériel aux attributions élargies et apparaissait comme « l’hydre du despotisme ministériel » que l’Assemblée Constituante s’employa à détruire.
Dans la crise politique de juillet 1789, NECKER, rappelé par Louis XVI reçut le 29 le titre de « premier ministre des finances » et fut secondé par le conseiller d’Etat LAMBERT, rappelé comme « contrôleur général des finances » ; le tandem ne tarda pas à subir les critiques et les attaques orchestrées à l’Assemblée Constituante par MIRABEAU, porte-parole de feu PANCHAUD et de CLAVIERE, les adversaires de longue date de NECKER. Devenus impopulaires, tenus en suspicion par la gauche de l’Assemblée et réduits par celle-ci à l’impuissance, ils démissionnèrent, NECKER le 3 septembre 1790 et LAMBERT le 30 novembre.
Louis XVI fit alors appel à un néckérien fidèle, VALDEC de LESSART, qui reçut le titre de « ministre des Finances » (30 novembre 1790) et son ministère fut marqué par la mise en place des rouages de la nouvelle administration financière, que l’Assemblée Constituante créa avec le souci de démanteler cette forteresse toute-puissante qu’était devenu le Contrôle général des finances via l’adoption d’un nouveau système fiscal attribuant aux contribuables eux-mêmes ou à leurs représentants localement élus le soin d’établir l’assiette et de procéder à la perception des nouveaux impôts directs, rebaptisés contributions publiques (la contribution foncière, la contribution personnelle et mobilière, la patente) et l’abolition des anciens impôts indirects à l’exception des droits de douane aux frontières et des droits d’enregistrement. L’Assemblée créa ensuite le nouveau « ministère des contributions et revenus publics » (27 avril 1791), « ombre amaigrie de l’ancien Contrôle général » (M. BRUGUIERE) puisque ministre des contributions perdait toute compétence dans le domaine économique intérieur, attribué au nouveau ministère de l’Intérieur et dans le domaine commercial extérieur, conservé au ministère des Affaires étrangères ; mais surtout l’Assemblée qui, par le moyen de la Caisse de l’Extraordinaire qu’elle avait créée, des assignats dont elle réglait les émissions, et des contributions, dont elle fixait le montant, qui détenait en réalité le pouvoir en matière financière, réduisant le titulaire du département des finances à un rôle d’exécutant subalterne.
Louis XVI et VALDEC de LESSART essayèrent en vain d’empêcher une destruction de cette ampleur et VALDEC de LESSART cumula les portefeuilles des Finances et de l’Intérieur à la suite de la démission du comte de SAINT-PRIEST le 24 décembre 1790, avant que l’Assemblée contraignit le ministre cumulard à choisir : il opta pour l’Intérieur.
Pendant son court passage aux Finances, VALDEC de LESSART s’attacha principalement à mettre en mouvement le fonctionnement de la nouvelle machine fiscale et financière en stimulant le zèle des administrations locales électives comme en usant du droit de nomination aux emplois, consacré par l’Assemblée Constituante au profit du « pouvoir exécutif ». Il fit ainsi nommer en décembre 1790 un néckérien notoire, appelé à faire par la suite une longue et brillante carrière dans les finances publiques, Louis-César-Alexandre DUFRESNE SAINT-LEON (1751-1836), à la tête de la « Direction générale de la liquidation », ainsi que les six premiers commissaires de la Trésorerie nationale dont cinq appartenaient à l’ancienne Finance (Jean de VAINES, LAVOISIER, SAVALETTE de LANGES, DUTREMBLAY et ROUILLE de l’ETANG ; le sixième était le banquier franco-anglo-suisse HUBER, parent de NECKER, bientôt acculé à la démission et remplacé par CORNUT de LA FONTAINE). Et à la veille de quitter le ministère, VALDEC de LESSART fit nommer par le roi au début de mai les huit membres de la commission instituée par la loi du 3-10 avril 1791 pour surveiller la fabrication des monnaies : BOUTIN, FARGES, DORIGNY, SILVESTRE de SACY, TILLET, MAGIMEL, ROCHON et SOLIGNAC.
Enfin il est généralement admis que Louis XVI recourut dès le début de la Révolution à des pratiques de corruption du personnel politique, en particulier en soudoyant d’influents députés de l’opposition et s’appuya pour cela sur VALDEC de LESSART, entre autres. Ce rôle le désigna bien vite à la vindicte de nombreux députés de l’opposition, qui encaissaient sans vergogne les subsides, tout en continuant d’attaquer le roi et ses ministres ; il en savait trop, et devenait gênant : ce fut la cause de sa perte.
L’après-ministèriat
Cantonné au ministère de l’Intérieur à partir du 24 mai 1791, VALDEC de LESSART fut confronté à toutes les difficultés créées par la fuite du roi et la grave crise politique qui s’ensuivit pendant l’été 1791. Après la réunion de l’Assemblée Législative (1er octobre 1791), la gauche belliciste s’en prit au ministre des Affaires étrangères, le comte de MONTMORIN, partisan de la paix, qui démissionna et fut remplacé par VALDEC de LESSART qui, poursuivant la même politique fut en butte aux mêmes attaques.
Au nom du Comité diplomatique de l’Assemblée, BRISSOT fit un rapport qui était un virulent réquisitoire contre VALDEC de LESSART, accusé de « trahison » et L’Assemblée vota le 10 mars un décret d’accusation qui renvoyait le ministre sous ce chef d’inculpation devant la Haute Cour constitutionnelle qui siégeait à Orléans. Incarcéré dans cette ville au moment du coup de force du 10 août 1792, il fut ramené à Paris sur exigence des Septembriseurs qui le massacrèrent dès l’arrivée du convoi.
Écrits
VALDEC de LESSART n’a rien publié. La « Lettre de M. de LESSART à Madame N[ECKER] », conservée à la Bibliothèque Nationale [8° Lb39 6523], est en réalité une supercherie : c’est un pamphlet antinéckérien anonyme, en réponse à la publication par NECKER de son ouvrage De l’administration des finances de la France en 1784. Cette diatribe apocryphe ne présente qu’un seul intérêt : elle confirme, s’il en était besoin, l’intimité des relations de NECKER et de VALDEC de LESSART.
La Bibliothèque Nationale conserve le rapport fait à l’assemblée générale des actionnaires de la Caisse d’escompte le 29 décembre 1789 [Vp 20766] et dix lettres ou circulaires imprimées, envoyées par VALDEC de LESSART entre décembre 1790 et octobre 1791 : huit d’entre elles ont été envoyées par le ministre de l’Intérieur. Des deux autres, la première [4° Lb31 9583, 4 décembre 1790] a été envoyée aux administrations départementales lors de l’entrée en fonction du ministre des Finances : après les nécessaires circonlocutions patriotiques, elle recommande d’ « accélérer le recouvrement des perceptions arriérées ». En effet, la plupart des contribuables avaient inféré de la déclaration du 17 juin 1789 que les impôts anciens étaient « illégaux » et ils ne les payaient plus, bien que l’Assemblée Constituante eût répété par la suite qu’ils restaient cependant exigibles tant que les nouvelles contributions ne seraient pas levées. La seconde [8° Lb39 4427], aux mêmes destinataires, recommande de « poursuivre avec ardeur cette opération [la vente des biens nationaux] qui donne une nouvelle vie au corps politique, parce qu’elle multiplie les propriétaires, parce qu’en emportant rapidement les assignats vers leur destination elle assure d’autant plus la juste confiance qui leur est due, parce qu’enfin elle fait rentrer dans la circulation ces capitaux oisifs que l’inquiétude générale avait enlevés à l’agriculture et au commerce. »
On trouve également à la Bibliothèque Nationale trois rapports de novembre 1791, qui sont des pièces imprimées par ordre de l’Assemblée Législative, et une réponse aux accusations de FAUCHET, lue à l’Assemblée Législative le 22 décembre 1791. Ces pièces concernent soit le ministre de l’Intérieur, soit le ministre des Finances.
Sources et bibliographie
MICHAUD, XXIV 300-301
HOEFER, XXX 962-963
COUGNY, IV 133-134
ANTOINE (Michel), Le gouvernement et l’administration sous Louis XV, Dictionnaire biographique, 2ème éd. 2004.
ANTONETTI (Guy), « Les man½uvres boursières du contrôleur général Le Peletier des Forts et la réglementation du marché des valeurs mobilières (1730) », Revue historique de droit français et étranger, vol. 62, 1984, p. 577-597.
BLANC (Olivier), La corruption sous la Terreur (1792-1794), 1992.
BOSHER (J.-F.), « The Paris Business World and the Seaports Under Louis XV, Speculators in Marine Insurance, Naval Finances and Trade », Histoire sociale – Social History, vol. 12, 1979, N° 24, p. 281-297.
GAEBELE (Yvonne-Robert), Des plages de Coromandel aux salons du Consulat et de l’Empire, Vie de la princesse de TALLEYRAND, 1948.
HAUDRERE (Philippe), « L’origine du personnel de direction générale à la Compagnie française des Indes », Revue française d’histoire d’Outremer, 1980, p. 339-371.
LÜTHY (Herbert), La Banque Protestante en France, de la Révocation de l’Edit de Nantes à la Révolution, t. II, 1961.
TUETEY (Alexandre), Répertoire général des sources manuscrites de l’Histoire de Paris pendant la Révolution, tome V.
Archives Nationales
AD IX 496, Rapport à l’assemblée générale des actionnaires de la Compagnie des Indes, 29 décembre 1789
MM 1124, f° 442 (baccalauréat), f° 445 (licence)
V 1/440, pièce N° 449, 16 mars 1768, lettres de provision d’office, conseiller à la Cour des Aides
V 2/41, 3 janvier 1737, lettres de provision d’office, secrétaire notaire du roi (Gabriel MORIN)
V 4/268 v°- 269 r°, 30 novembre 1768, lettres de provision d’office, maître des requêtes
Y 4622B, 23 avril 1744, tutelle Antoine NICOLAS de VALDEC
Y 12147, scellés Claude NICOLAS de VALDEC, décédé le 16 avril 1744
Archives Nationales, Minutier central des notaires de Paris
XXIII-324 19 avril 1670, contrat de mariage, NICOLAS-BLANCHET
XCIX-329 11 août 1691, inventaire après décès, Marie BLANCHET, épouse NICOLAS
CXII-430bis 10 avril 1704, contrat de mariage, MORIN-OURSEL
XCIX-366 24 juin 1704, société, Jean-Pierre et Antoine NICOLAS
XCIX-376 16 mai 1707, inventaire après décès, Jean-Pierre NICOLAS
LXVI-326 4 décembre 1710, transaction, consorts NICOLAS
XCIX-398 26 septembre 1715, bilan, Antoine NICOLAS
29 septembre 1715, atermoiement, Antoine NICOLAS
4 novembre 1715, état des créances et des dettes, Antoine NICOLAS
XXXI-119 5 décembre 1740, contrat de mariage, NICOLAS-MORIN
XXXI-124 28 janvier 1743, partage, consorts MORIN
XXXI-126 31 mars 1744, testament, Claude NICOLAS de VALDEC
28 avril 1744, inventaire après décès, Claude NICOLAS de VALDEC
CX-377 9 juillet 1751, inventaire après décès, Antoine NICOLAS
21 juillet 1751, dépôt de testament, Antoine NICOLAS
15 décembre 1751, partage, consorts NICOLAS
CII-411 21 juillet 1761, acquisition du fief de LESSART
XXXIX-512 24 février 1767, liquidation et partage de succession, Jean-Pierre NICOLAS
CXII-753bis 25 avril 1772, liquidation et partage de succession, Jean-Gabriel MORIN
XIII-375 24 février 1773, compte de tutelle, NICOLAS de VALDEC-MORIN
XIII-467 25 juillet 1791, notoriété, NICOLAS de VALDEC-MORIN
XIII-474 12 novembre 1792, inventaire après décès, NICOLAS de VALDEC de LESSART
XIII-477 27 mai 1793, renonciation, veuve NICOLAS de VALDEC
12-30 juin 1793, abandon, veuve NICOLAS de VALDEC, union des créanciers, NICOLAS de VALDEC de LESSART
18 juin 1793, testament, veuve NICOLAS de VALDEC
20 juillet 1793, cahier de délibérations des créanciers de l’union
XIII-499 7 Ventôse an V, inventaire après décès, veuve NICOLAS de VALDEC
Archives de Paris
DC6/260, f° 106 v°, 6 février 1782, testament, président de GASCQ
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Extrait d'une notice publiée dans l'ouvrage :
Les ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire. Dictionnaire biographique - 1790-1814
Tome I
Guy Antonetti
376 p. 40 ¤
2007
ISBN 978-2-11-094805-2
Ce dictionnaire rassemble, en quarante-cinq notices réparties en trois volumes, les biographies très documentées des ministres des Finances, de la Révolution française jusqu’à la fin du Second Empire. Illustrées pour la plupart d’un portrait, enrichies par le dépouillement d’archives jusqu’alors inexploitées, telles que les archives notariales, elles détaillent les précisions recueillies sur la proche famille de chaque ministre, sur son éducation, sur l’histoire de sa fortune familiale et personnelle, et enfin sur sa carrière et sur son rôle dans la gestion supérieure des finances. Toute l’histoire financière de la France à cette époque est évoquée à travers les parcours individuels de chacun de ces ministres.