République française - Ministère de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi - Ministère du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique
Institut de la Gestion Publique et du Développement Economique
English | Deutsch



Recherche avancée

Catalogue de formation 2010

Accès réservé
En vous identifiant ici, vous accédez à vos espaces privés :




J'ai oublié mon mot de passe !


Logo Service Public
Les ministres des Finances de 1790 à 1848 - Page 23

Thiers (Adolphe)


Date de création
14-08-2007
Date de mise à jour
27-09-2007
Source de l'info
IGPDE
Marie-Louis-Joseph-Adolphe THIERS

Né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 26 Germinal an V-15 avril 1797
Décédé à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) le 3 septembre 1877

Sous-secrétaire d’Etat aux Finances du 4 novembre 1830 au 13 mars 1831
Ministre de l’Intérieur du 11 octobre au 31 décembre 1832, du 4 avril au 10 novembre 1834, et du 18 novembre 1834 au 22 février 1836
Ministre du Commerce et des Travaux publics du 31 décembre 1832 au 4 avril 1834
Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères du 22 février au 6 septembre 1836 et du 1er mars au 29 octobre 1840
Chef du pouvoir exécutif du 17 février au 31 août 1871
Président de la République du 31 août 1871 au 24 mai 1873

Marie-Louis-Joseph-Adolphe THIERS

 

Né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 26 Germinal an V-15 avril 1797

Décédé à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) le 3 septembre 1877

 

Sous-secrétaire d’Etat aux Finances du 4 novembre 1830 au 13 mars 1831

Ministre de l’Intérieur du 11 octobre au 31 décembre 1832, du 4 avril au 10 novembre 1834, et du 18 novembre 1834 au 22 février 1836

Ministre du Commerce et des Travaux publics du 31 décembre 1832 au 4 avril 1834

Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères du 22 février au 6 septembre 1836 et du 1er mars au 29 octobre 1840

Chef du pouvoir exécutif du 17 février au 31 août 1871

Président de la République du 31 août 1871 au 24 mai 1873

 

 

Avant  le  sous-secretariat  d’Etat  aux  Finances

 

Installé à Paris, le jeune THIERS fut introduit par le député libéral Jacques-Antoine MANUEL auprès du banquier Jacques LAFFITTE et du publiciste ETIENNE, patron du journal Le Constitutionnel. Sous son égide, il se lança dans la carrière de journaliste et fut introduit auprès du baron LOUIS et de TALLEYRAND par LAFFITTE. Tout en publiant des articles de critique artistique, il s’intéressa aux questions financières. Dès 1824, lors du grand débat ouvert par le projet de conversion de VILLELE, il fut le porte-plume de LAFFITTE, rédigeant pour lui des Réflexions sur la réduction de la rente et sur l’état du crédit, mais l’identité véritable de l’auteur fut connue et lui valut déjà une réputation de compétence en matière financière.

 

Dans cet opuscule, il traita successivement des questions que posait le projet de conversion : était-elle légitime ? équitable ? opportune ? A ces questions, il répondit que le droit de l’Etat n’était pas douteux, que les rentiers devaient subir les effets de la baisse du taux de l’intérêt, comme tous les autres capitalistes, et que dans la situation du marché des capitaux la conversion n’était donc pas intempestive. Puis il contesta la contre-proposition qui avait été faite, de réduire l’amortissement plutôt que de convertir la rente, mesure qui entraînerait « la complète désorganisation du système du crédit, l’affaiblissement de la puissance de l’Etat et la ruine des contribuables. » En conclusion, il préconisait la conversion du 5% en 4%, soit très exactement ce que proposa à la Chambre des députés HUMANN, lui-même lié au baron LOUIS et à TALLEYRAND. THIERS appartenait désormais à cette constellation qui gravitait autour des deux hommes, et qui allait bientôt tirer les ficelles de la « glorieuse révolution ».

 

En 1826, il publia dans l’Encyclopédie progressive une notice sur Law et son système de finances, qui consacra sa notoriété. Par le rôle qu’il joua en 1830 dans le lancement et le succès du journal d’opposition Le National, il figura parmi les protagonistes de la Révolution de 1830. Nommé conseiller d’Etat dès le 12 août 1830, décoré de la Légion d’Honneur, il fut pris par le baron LOUIS comme secrétaire général du ministère des Finances, pour le décharger de la gestion administrative de ce ministère. Après la démission de LOUIS et la formation du ministère LAFFITTE, le président du Conseil, également ministre des Finances, le promut sous-secrétaire d’Etat au département des Finances le 4 novembre, quelques jours après son élection comme député (21 octobre 1830).

 

au  sous-secretariat  aux  finances

 

Des quatre dossiers que LAFFITTE traita en matière financière au cours de son bref ministère, de novembre 1830 à mars 1831 [voir la notice de LAFFITTE], THIERS n’eut pas à intervenir dans l’affaire de l’emprunt d’Haïti, mais il se manifesta, avec plus ou moins de bonheur, dans les trois autres.

 

1° Dans le débat sur l’affectation du surplus de l’indemnisation des émigrés, THIERS parut pour la première fois à la tribune le 9 décembre 1830 pour soutenir le projet de loi qu’il jugea comme un acte de haute justice, mais comme une faible réparation pour un des plus grands dommages causés au pays. Il proclama que les lois qui avaient frappé les émigrés avaient été nécessaires et suffisamment justifiées par leurs « entreprises parricides contre la patrie ». Il lut son intervention, ennuya ses auditeurs et ne reçut pas le moindre applaudissement et ce fut LAFFITTE qui emporta l’adhésion des députés.

 

2° Dans le débat sur la réforme de la contribution mobilière, il commença le 19 janvier 1831 par susciter des rires ironiques en déclarant : « L’impôt est un art qui se perfectionne tous les jours, et avec le temps on parviendra à le rendre tout à fait parfait. » Mais bientôt des interpellations interrompirent l’orateur lorsqu’il estima qu’il serait préférable de confier cette tâche aux contrôleurs du fisc, qui avaient l’habitude des répartitions, plutôt qu’à des répartiteurs communaux qui n’avaient aucun intérêt à y apporter le même soin. Il fut tellement malmené que le ministre dut voler à son secours, se plaignant que l’on fît retomber sur le commissaire du roi des reproches qui pouvaient être formulés à l’égard de la loi. Cette fois encore LAFFITTE l’emporta et son projet fut entériné.

 

3° Dans le débat sur l’amortissement, lorsque MAUGUIN et MOSBOURG demandèrent que le partage de la dotation de l’amortissement se fît proportionnellement à la somme des arrérages annuels, THIERS, soutenu par HUMANN, rapporteur du projet de loi, répliqua qu’il fallait considérer le capital et non les arrérages payés. Sur cette question, LAFFITTE ne parvint pas à faire passer son projet, repoussé par les pairs le 28 février, et peu après il fut remplacé par Casimir PERIER à la présidence du Conseil (13 mars 1831). Ce dernier rappela le baron LOUIS aux Finances, mais THIERS ne fut pas reconduit dans ses fonctions : probablement Casimir PERIER le jugeait-il trop lié à LAFFITTE. 

 

Tel fut donc le maigre bilan du bref passage de THIERS au ministère des Finances. Ce premier poste ministériel, fut suivi d’une brillante carrière ministérielle, mais jamais THIERS ne devint jamais ministre des Finances, quoiqu’il eût bénéficié de la réputation d’un excellent spécialiste de ces questions. Pourtant jusqu’à la fin de sa carrière politique, il intervint constamment dans les grands débats financiers, et parfois de manière décisive, en particulier comme défenseur du protectionnisme douanier et comme adversaire résolu et efficace de l’impôt sur le revenu.

 

L’après-ministèriat

En raison de la position délicate où l’affaire KESSNER avait placé le baron LOUIS, celui-ci se fit discret lors des délibérations budgétaires au début de 1832 et ce fut THIERS qui, indépendamment de son rôle de rapporteur du budget des dépenses, défendit le projet de budget qu’il avait présenté le 19 août 1831. L’adoption définitive se fit attendre, en partie à cause de la surcharge de travail qui pesait sur la Commission du budget, mais également en raison de l’idée accréditée avant la Révolution de 1830 par l’opposition que les gouvernements de la Restauration avaient surchargé les budgets de folles prodigalités, alors qu’un examen attentif du budget ne permettait que 10 millions d’économies. Il fallait bien justifier un chiffre que l’opinion publique n’était pas prête à accepter.

 

Dans la discussion du budget présenté par le gouvernement, deux questions suscitèrent les échanges les plus vifs : l’amortissement et les pensions. Les adversaires du gouvernement demandaient que les rentes rachetées par la Caisse d’amortissement fussent annulées, au lieu d’être conservées pour renforcer la puissance de l’amortissement. En cas d’annulation, l’Etat n’aurait plus à payer les arrérages des rentes rachetées, mais la capacité d’amortissement serait affaiblie puisque la Caisse ne disposerait plus de ces arrérages annulés. A propos des pensions, la gauche demandait avec insistance l’annulation des pensions accordées depuis 1814 pour services militaires accomplis dans les armées de la Vendée et celles de l’émigration. Une fois encore, ce fut THIERS qui tint tête à ces revendications, mais sans que le baron LOUIS, pourtant titulaire du département des Finances, s’en mêlât. Ce dernier ne parut que dans la discussion des crédits de son ministère, et encore ses interventions n’eurent pas grand succès. Finalement, le budget des dépenses fut voté avec 10 millions d’économies, mais avec 3 ½ millions d’augmentations…

 

Du 11 octobre 1832 au 22 février 1836, THIERS fut ministre, soit de l’Intérieur, soit du Commerce et des Travaux publics. Deux fois président du Conseil, en 1836 et en 1840, il fut sans discontinuer député de 1830 à 1851. Ecarté de la vie politique à la suite du coup d’Etat du 2 décembre 1851, il redevint député en 1863 et fut constamment réélu jusqu’à son décès. Chef du parti orléaniste sous le Second Empire, il désapprouva la déclaration de guerre en 1870. Après le désastre militaire et la chute de Napoléon III, il fut appelé à assumer le rôle ingrat de négociateur de l’armistice du 28 janvier 1871, et de signataire du traité de Francfort du 10 mai 1871. A la suite de l’armistice eurent lieu les élections du 8 février : THIERS fut élu dans 26 départements, par deux millions d’électeurs, parce qu’il était l’homme de la paix, contre GAMBETTA, partisan de la poursuite du combat.

Réunie à Bordeaux, l’Assemblée conféra le pouvoir à THIERS le 17 février, avec le titre de « chef du pouvoir exécutif de la République française ». Il dut affronter l’insurrection parisienne de la Commune puis, investi des fonctions de président de la République, il se consacra principalement à obtenir la libération anticipée du territoire, subordonnée au paiement de l’indemnité de 5 milliards fixée par le traité de Francfort. Pour faire face au paiement rapide de celle-ci, THIERS procéda à l’émission d’emprunts qui furent très facilement couverts et obtint l’évacuation anticipée le 15 mars 1873.

 

Pour payer l’énorme dette ainsi contractée, de nombreux députés et des personnalités éminentes du monde des affaires comme Henri GERMAIN, Jean CASIMIR-PERIER, Louis WOLOWSKI, se déclarèrent favorables à l’établissement d’un impôt progressif sur le revenu. Les grands bourgeois libéraux, qui réclamèrent alors l’établissement de l’impôt progressif sur le revenu, le firent, entre autres raisons, pour éviter que le gouvernement  ne recourût plutôt au relèvement des droits de douane, ce qui mettrait un terme à l’expérience libre-échangiste entreprise en 1860. Ce projet se heurta à l’opposition farouche de THIERS, pour qui l’impôt sur le revenu, qualifié d’ « atroce », était une ressource odieuse, un instrument d’oppression, une résurrection de la taille. La discussion commença à l’Assemblée le 22 décembre 1871. Dans un grand discours, qui occupa presque toute la séance du 26 décembre, THIERS fit une critique virulente de l’impôt sur le revenu, instrument de la tyrannie de l’Etat sur les riches. Par ses habiles man½uvres de tactique parlementaire, il parvint non seulement à éviter un vote sur la proposition d’impôt sur le revenu (qui se trouva ainsi discrètement enterré comme en 1848-1849), mais encore à faire accepter les mesures qui avaient sa préférence (hausse de diverses taxes indirectes, dont les droits de douane, recours à l’emprunt). La seule concession qu’il fit aux partisans de l’impôt sur le revenu se traduisit par la loi du 29 juin 1872, qui institua un impôt de 3% sur le revenu des valeurs mobilières, à l’exception des rentes de l’Etat françaises ou étrangères. En revanche, le revenu des créances, les profits de l’industrie ou du commerce, les traitements et salaires furent épargnés.

 

Finalement persuadé que la division des royalistes rendait impossible la restauration de la monarchie en France, il se déclara favorable le 13 novembre 1872 au maintien définitif d’une « république conservatrice ». Pour s’en débarrasser, les royalistes  le poussèrent à la démission, en obtenant de l’Assemblée un vote qui lui était défavorable (24 mai 1873). Il démissionna sur le champ, persuadé qu’il était irremplaçable et qu’il serait rappelé, mais le soir même il fut remplacé par le maréchal de MAC MAHON. Tout en restant député, il fut définitivement écarté de gestion des affaires publiques.

 

Sur les 283 discours prononcés par THIERS entre 1830 et 1872 et publiés par CALMON en 15 volumes, 105 eurent pour objet une question financière, soit 37 % du total. Sur le protectionnisme, il se prononça dans les grands débats de 1836, 1851 et 1872. Quant à l’impôt sur le revenu, il fut condamné avec éclat et passion dans deux discours célèbres, l’un le 26 juillet 1848 contre la proposition de PROUDHON, l’autre le 26 décembre 1871 contre la proposition de Jean CASIMIR-PERIER. Il n’y eut guère de grand débat en matière financière où THIERS ne fût pas intervenu.

 

Écrits

Eloge de Vauvenargues, 1820.

Salon de 1822, 1822.

Les Pyrénées ou le Midi de la France pendant les mois de novembre et décembre de 1822, 1823.

Salon de 1824, s. d.

Réflexions sur la réduction de la rente et sur l’état du crédit, 1824 [publié sous le nom de Jacques LAFFITTE].

Law et son système de finances, publié dans l’Encyclopédie progressive, 1826, p. 49-128.

Histoire de la Révolution française depuis 1789 jusqu’au 18 Brumaire, 1ère éd. en 10 vol., 1823-1827. Nombreuses rééditions.

La monarchie de 1830, 1831.

De la propriété, 1848.

Histoire du Consulat et de l’Empire, 20 vol., 1845-1862.

Histoire de Law, 1858.

Congrès de Vienne, 1863.

Discours parlementaires, publiés par Marc-Antoine CALMON, en 15 vol., plus 1 vol. de tables, 1879-1889.

Notes et souvenirs de M. Thiers, publiés par les soins de sa belle-s½ur, Félicie DOSNE, 2 vol., 1901-1902.

 

Sources et bibliographie

HOEFER,  XLV  176-197

COUGNY,  VI  400-408

 

AUBERT (Jean), De quoi vivait Thiers, 1952.

FREMY (Dominique), Quid des présidents de la République, 1981.

GUIRAL (Pierre), Adolphe Thiers, ou de la nécessité en politique, 1986.

MALO (Henri), Thiers 1797-1877, 1932.

SEMENTERY (Michel), Les présidents de la République française et leur famille, 1982.

 

Archives nationales, Minutier central des notaires de Paris

 

XIV-814, 9 et 15 avril 1847, Vente d’un denier de la Compagnie d’Anzin à THIERS.

LXIX-1033, 5 novembre 1833, Contrat de mariage THIERS / DOSNE

 

Archives de Paris

 

DQ7 12388, N° 219, 2 mars 1878, Déclaration de la succession d’Adolphe THIERS.

Etat civil reconstitué, passim.

 

Archives municipales de Marseille

 

Etat civil et registres paroissiaux, passim.


Retour à la liste des ministres

 

Extrait d'une notice publiée dans l'ouvrage :

Les ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire. Dictionnaire biographique - 1814-1848

Tome II

Guy Antonetti

624 p. 40 ¤

2007

ISBN 978-2-11-094807-6

 

Ce dictionnaire rassemble, en quarante-cinq notices réparties en trois volumes, les biographies très documentées des ministres des Finances, de la Révolution française jusqu’à la fin du Second Empire. Illustrées pour la plupart d’un portrait, enrichies par le dépouillement d’archives jusqu’alors inexploitées, telles que les archives notariales, elles détaillent les précisions recueillies sur la proche famille de chaque ministre, sur son éducation, sur l’histoire de sa fortune familiale et personnelle, et enfin sur sa carrière et sur son rôle dans la gestion supérieure des finances. Toute l’histoire financière de la France à cette époque est évoquée à travers les parcours individuels de chacun de ces ministres.

Haut de page
© Ministère de l’Économie, de l'Industrie et de l’Emploi - Ministère du Budget, des Comptes publics, de la Fonction publique et de la Réforme de l’Etat - IGPDE

Dernières parutions

 

visuel ouvr 1

Sous la direction de Sylvie Trosa

 

Visuel ouvrage 2

Colloque des 10 et 11 mai 2007