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Les ministres des Finances de 1790 à 1848 - Page 21

Baron de Montbel (Guillaume)


Date de création
14-08-2007
Date de mise à jour
27-09-2007
Source de l'info
IGPDE
Guillaume-Isidore, baron de MONTBEL

Né à Toulouse (Haute-Garonne) le 4 juillet 1787
Décédé à Frohsdorff (Autriche) le 3 février 1861

Ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique (8 août-18 novembre 1829)
Ministre de l’Intérieur (18 novembre 1829-19 mai 1830)
Ministre des Finances (19 mai-29 juillet 1830)

Guillaume-Isidore, baron de MONTBEL

 

Né à Toulouse (Haute-Garonne) le 4 juillet 1787

Décédé à Frohsdorff (Autriche) le 3 février 1861

 

Ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique (8 août-18 novembre 1829)

Ministre de l’Intérieur (18 novembre 1829-19 mai 1830)

Ministre des Finances (19 mai-29 juillet 1830)

 

L’action ministérielle

Conseiller municipal de Toulouse et lié d’amitié à VILLÈLE, puis nommé maire de Toulouse en 1818, élu député de la Haute-Garonne en 1827, il se fit l’avocat de la politique que VILLÈLE avait conduite et il combattit le ministère MARTIGNAC. Il fut successivement ministre des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique, puis ministre de l’Intérieur dans les ministères POLIGNAC de 1829-1830. Lorsque le roi prononça la dissolution de la Chambre des députés, deux ministres, COURVOISIER et CHABROL, donnèrent leur démission. MONTBEL voulut en faire autant, mais Charles X le retint et il finit par accepter de rester et de prendre le ministère des Finances, laissé vacant par la démission de CHABROL (19 mai 1830).

 

MONTBEL ne fit que passer aux Finances, et aucun acte important ne marqua ce bref passage, si ce n’est le refus opposé au président du Conseil, le prince de POLIGNAC, qui lui avait demandé d’opérer en Bourse avec des fonds prélevés sur le Trésor afin de soutenir le cours de la rente : après avoir consulté le directeur du mouvement des fonds au Trésor, RIELLE, qui lui rappela que CORVETTO avait été sévèrement jugé pour avoir procédé de la sorte, MONTBEL refusa de le faire. Cela devait lui valoir les compliments rétrospectifs de MARTIN du Nord dans son rapport du 10 avril 1832 à propos de l’affaire KESSNER : cette approbation laudative est d’autant plus plaisante que la Chambre lui reprochait alors avec une bassesse mesquine le mandat qu’il avait accepté de délivrer le 28 juillet au soir pour des raisons justifiées (voir ci-dessous).

 

Le résultat des élections, fin juin-début juillet, fut un désastre pour le ministère : l’opposition des 221 emporta 274 sièges. Charles X et ses ministres décidèrent de passer outre, en promulguant le 25 juillet 1830 quatre ordonnances, sur le fondement de l’article 14 de la Charte : la première rétablissait l’autorisation préalable pour la parution des journaux, la seconde prononçait la dissolution de la Chambre qui venait d’être élue et qui ne s’était pas encore réunie, la troisième modifiait le régime électoral en écartant la patente pour le calcul du cens électoral, et enfin la quatrième fixait les élections en septembre. Les ordonnances, dont MONTBEL fut cosignataire avec les autres ministres, déclenchèrent la Révolution des 27, 28 et 29 juillet, au cours de laquelle MONTBEL, en tant que ministre des Finances, prit une décision qui lui valut la censure sévère de la monarchie de Juillet : au soir du 28 juillet, alors que plusieurs positions essentielles étaient perdues, la manutention des vivres militaires fut enlevée par les insurgés. Pour éviter que les soldats de l’armée royale, sans aucune nourriture après une si dure journée, ne commissent des actes de pillage qui aurait encore aggravé l’impopularité du régime, le maréchal MARMONT proposa aux ministres d’accorder une indemnité aux soldats afin qu’ils pussent acheter régulièrement de quoi se nourrir. En raison de l’impossibilité où se trouvait le ministre de la Guerre de communiquer avec ses bureaux, alors envahis par les insurgés, MONTBEL accepta de délivrer un mandat de 371 000 F sur le Trésor : lors du règlement du budget de 1830, les Chambres devaient refuser, en 1833, de régulariser cette dépense, mais sans adopter l’amendement ISAMBERT, qui avait proposé l’exécution immédiate du recouvrement de cette créance sur les biens personnels de l’ancien ministre.

 

Le 29 juillet MONTBEL se montra hostile à la tentative de conciliation conduite par SEMONVILLE et d’ARGOUT auprès du maréchal MARMONT. Il partit pour Saint-Cloud avec ses collègues, mais seul avec CAPELLE il accompagna Charles X à Rambouillet, où le 1er août il fit une expédition de l’ordonnance royale qui nommait le duc d’ORLÉANS lieutenant général du royaume. Jugeant alors que ses services étaient devenus inutiles, il rentra de nuit à Paris, et deux jours plus tard il prit une voiture publique pour sortir de France.

L’après-ministériat

MONTBEL se rendit d’abord à Vienne en Autriche. Dans le procès instruit devant la Chambre des pairs contre les ministres signataires des ordonnances du 25 juillet, le cas des trois ministres contumaces, dont MONTBEL, fut disjoint. Les quatre ministres qui avaient été arrêtés furent condamnés le 21 décembre 1830 à la prison perpétuelle. Réfugié à Vienne, MONTBEL fit transmettre à la Chambre des pairs, par l’entremise de l’ambassadeur de France à Vienne, une Protestation, datée du 21 janvier 1831, par laquelle il déclinait la compétence de la Cour des pairs et déclarait illégale la procédure instruite contre lui. Comme la procédure de la contumace interdisait la production de défenses écrites, la protestation fut ignorée par la Cour des pairs, qui condamna le 11 avril les trois ministres contumaces à la même peine de la prison perpétuelle. La Quotidienne, journal des légitimistes, révéla l’existence de cette protestation, dont, la veille du jour où la Cour devait statuer, chacun des pairs reçut un exemplaire imprimé.

 

Ce document suscita des réactions mitigées, car il contenait de nombreuses affirmations, sur les événements des 25-29 juillet 1830, qui contredisaient les affirmations sur lesquelles les ministres condamnés le 21 décembre avaient étayé leur défense. Il ressortait de là que pour sauver leur tête les condamnés du 21 décembre avaient menti dans leurs dépositions ! En publiant de telles assertions, MONTBEL, qui était libre à Vienne, rendrait beaucoup plus difficile l’exercice de la clémence royale à l’égard de ses anciens collègues emprisonnés à vie.

 

Quant aux commissaires de la Chambre des députés, ils formulèrent des réserves au sujet des droits que le Trésor pourrait exercer sur les biens personnels du ministre ordonnateur des 371 000 F ordonnancés pour éviter que la troupe ne se livrât au pillage. Cet acharnement haineux contre le ministre déchu donnait la mesure de la duplicité des artisans de la « glorieuse » Révolution de 1830 : au lieu d’avoir la générosité de savoir gré au ministre d’avoir eu l’humanité de pourvoir au ravitaillement de la troupe pour éviter le pillage, ils lui faisaient finalement grief d’avoir empêché celui-ci, ce qui aurait aggravé à leur profit l’impopularité de leur adversaire !

 

L’histoire de la fin de la vie de MONTBEL reste imprécise. D’après le Dictionnaire biographique d’HOEFER et le Dictionnaire des parlementaires de COUGNY, à la suite de l’amnistie accordée par le ministère MOLÉ en octobre-novembre 1836, MONTBEL serait rentré en France, où il se serait tenu à l’écart de la vie politique. Mais ces deux dictionnaires mentionnent bien son décès à Frohsdorff en 1861, auprès du comte de Chambord. La présentation des Souvenirs de MONTBEL par son petit-fils ne fait aucune allusion à un retour en France : au contraire, elle souligne l’attachement personnel aux princes en exil. À la fin de sa vie, il aurait cependant conçu « un désir ardent d’aller se fixer avec les siens dans sa ville natale qu’il aimait tant » : « En 1851, aussitôt après la mort de la duchesse d’ANGOULÊME, il s’ouvrit au comte de CHAMBORD de son projet de revenir en France, mais le prince mit une affectueuse insistance à combattre une pareille intention », et MONTBEL « resta, dix ans encore, à Frohsdorff », où il mourut.

Écrits

- Protestation de M. de MONTBEL contre la procédure instruite contre lui devant les pairs, et exposé de sa conduite pendant et avant les événements de juillet 1830, 32 p., 1831.

- Lettre sur le choléra à Vienne, extrait de la Revue des Deux Mondes, 1832.

- Le duc de Reichstadt, notice sur la vie et la mort de ce prince, rédigée à Vienne sur des documents authentiques, 484 p., 1832, 2e éd. 1833, 3e éd. 1836.

- Dernière époque de l’histoire de Charles X, ses derniers voyages, sa maladie, sa mort, ses funérailles, son caractère et ses habitudes dans l’exil, s.d.

- Le comte de Marnes, fils aîné du roi de France Charles X, 156 p., 1844, réédité en 1845, 172 p. sous le titre Le duc d’Angoulême, dauphin, comte de Marnes, fils aîné du roi de France Charles X.

- 1787-1861, Souvenirs du comte de MONTBEL, publiés par son petit-fils Guy de MONTBEL, 436 p., 1913.

Bibliographie

Duc d’AUDIFFRET-PASQUIER, Mémoires du chancelier PASQUIER, t. VI, 1895.


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Extrait d'une notice publiée dans l'ouvrage :

Les ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire. Dictionnaire biographique - 1814-1848

Tome II

Guy Antonetti

624 p. 40 ¤

2007

ISBN 978-2-11-094807-6

 

Ce dictionnaire rassemble, en quarante-cinq notices réparties en trois volumes, les biographies très documentées des ministres des Finances, de la Révolution française jusqu’à la fin du Second Empire. Illustrées pour la plupart d’un portrait, enrichies par le dépouillement d’archives jusqu’alors inexploitées, telles que les archives notariales, elles détaillent les précisions recueillies sur la proche famille de chaque ministre, sur son éducation, sur l’histoire de sa fortune familiale et personnelle, et enfin sur sa carrière et sur son rôle dans la gestion supérieure des finances. Toute l’histoire financière de la France à cette époque est évoquée à travers les parcours individuels de chacun de ces ministres.

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