Johannot (Jean)
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Jean JOHANNOT
Né à Genève (Canton de Genève, Suisse) le 30 juin 1748 Décédé à Echandens (Canton de Vaud, Suisse) le 15 janvier 1829 Membre le plus influent du Comité des Finances de la Convention au printemps 1795, après la disgrâce de CAMBON. |
Jean JOHANNOT
Né à Genève (Canton de Genève, Suisse) le 30 juin 1748
Décédé à Echandens (Canton de Vaud, Suisse) le 15 janvier 1829
Membre le plus influent du Comité des Finances de la Convention au printemps 1795, après la disgrâce de CAMBON.
Avant la députation
Jean JOHANNOT débuta à Genève dans le négoce des cotonnades indiennes. En 1782, il fut élu au Conseil des Deux Cents, mais invalidé pour refus de serment, puis réintégré en 1783. Engagé dans le parti des représentants, il liquida en 1783 la société de commerce et quitta Genève : il était à Bruxelles en 1785 et en 1787, est envoyé par ses associés SENN, BIDERMANN et Cie pour en prendre la direction de la manufacture de Wesserling, dans le Val Saint-Amand près de Mulhouse. Installés à Paris au début de 1789, SENN, BIDERMANN et Cie comptaient également CLAVIERE parmi leurs associés : CLAVIERE et JOHANNOT se trouvaient donc associés dans la même entreprise.
Dès le début de la Révolution, JOHANNOT soutint les idées nouvelles et fut élu en 1792 au directoire du département du Haut-Rhin avant d’être élu député à la Convention par le département du Haut-Rhin le 5 septembre 1792.
Députè à la convention
Régicide, JOHANNOT fit constamment partie du Comité des Finances de septembre 1792 à octobre 1795, y exerçant une influence prépondérante avec CAMBON et RAMEL et dirigeant en fait les Finances de la République.
Le 7 mai 1793, il déposa un rapport plus important sur le projet d’émission de 1 milliard 200 millions Tout en reconnaissant les dangers de cette augmentation, JOHANNOT la justifiait par deux considérations : l’impérieuse nécessité du Salut Public et le solde positif du bilan des Finances. Selon ses estimations, 3 100 millions d’assignats en circulation, plus 1 200 millions à émettre et 600 millions de dettes exigibles, formaient un passif de 4 900 millions, tandis que l’actif était généreusement évalué à 7 700 millions (dont 2 milliards restant dus sur les biens nationaux à vendre, 3 milliards sur les biens des émigrés à vendre et 1 200 millions de bois et forêts). Après cette intervention qui lui conféra la notoriété, il resta discrètement dans l’ombre de CAMBON jusqu’à sa disgrâce puis devint le principal rapporteur du Comité des Finances. Il fut en particulier l’auteur de trois grands rapports sur la situation financière de la République, le 12 Nivôse an III-1er janvier 1795, le 25 Germinal an III-14 avril 1795 et le 16 Floréal-5 mai 1795.
Le rapport du 12 Nivôse an III-1er janvier 1795 fut déposé au moment où le Maximum venait d’être aboli, le 4 Nivôse an III. La libération des prix n’avait de sens qu’accompagnée d’un assainissement monétaire : au 9 Thermidor an II avaient déjà été créés, disait-il, dix milliards d’assignats et les onze milliards étaient dépassés au 30 Frimaire an III. Pourtant le rapport de JOHANNOT reposait sur un postulat simpliste : si la hausse de l’émission des assignats enchérissait les prix des produits, elle enchérissait d’autant le montant des adjudications de biens nationaux qui pouvaient être évalués à douze milliards pour les biens nationaux non encore vendus. Et de conclure triomphalement que jamais papier-monnaie n’avait reposé sur une base aussi solide.
Le reste du rapport n’en relevait pas moins d’une tout autre inspiration puisque JOHANNOT préconisait tout un ensemble des mesures qui tendaient à faire espérer un retour à un état de choses régulier. Il fallait donc revenir aux principes d’ordre et aux pratiques d’économie. D’où un ensemble de mesures disparates : réduction du nombre des commis et employés salariés de la République, réorganisation des agences et commissions administratives, substitution du système des adjudications au rabais à celui des achats directs par une commission administrative pour les approvisionnements militaires, abrogation de toutes les lois restrictives de la liberté du commerce et de l’industrie. Simultanément, il proposait d’autoriser de nouveau l’exportation du numéraire, à la condition d’en faire rentrer en France la contre-valeur en biens de première nécessité.
D’une manière plus générale, le rapport sollicitait l’établissement d’un état des dépenses ordinaires et des dépenses extraordinaires, la recherche de toutes les réductions dont elles étaient susceptibles, et enfin l’établissement d’un compte général de toutes les recettes et dépenses de la Caisse de l’Extraordinaire et de la Trésorerie jusqu’au 1er Nivôse courant.
Même si les dispositions générales du Rapport restèrent lettre morte, la grande loi du 13 Nivôse an III-2 janvier 1795 sur les Finances et le crédit public entérina telles quelles la plupart de ses propositions : accélération de la vente des biens des émigrés (afin de décourager les espoirs des royalistes à l’approche de la paix et afin de procurer des fonds à la Trésorerie) ; injonction aux Comités compétents de donner l’état des dépenses ordinaires et de veiller à la diminution des dépenses extraordinaires ; permission d’exporter le numéraire, à condition d’en faire rentrer la contre-valeur en biens de première nécessité ; proclamation du principe de la liberté du commerce, le gouvernement ne se réservant que les approvisionnements des armées de terre et de mer, ainsi que ceux « d’administration générale ».
Le 14 Nivôse, ces mesures furent complétées par la levée du séquestre sur les biens de nationaux de pays en guerre avec la France, et le 17 Nivôse fut supprimée la Commission du commerce et des approvisionnements. Mais comme il était impossible d’abandonner de butte en blanc l’approvisionnement de Paris au commerce libre, BOISSY d’ANGLAS fit créer une nouvelle Commission des subsistances, avec un personnel moins nombreux qui fonctionna jusqu’au 1er septembre 1795, où elle fut à son tour supprimée. Toutes ces difficultés provenaient de la même cause, l’avilissement accéléré de l’assignat, question que le rapport du 12 Nivôse avait écartée par un sophisme, mais que le rapport suivant, du 25 Germinal, essaya de résoudre.
Le rapport du 25 Germinal an III-14 avril 1795 propose une nouvelle politique financière et l’adoption d’un traitement curatif de la maladie des assignats, alors que le contexte international est plus favorable après la signature de la paix avec la Prusse le 14 avril 1795 Même si la guerre continuait avec l’Angleterre et l’Autriche, son poids serait moins lourd à supporter. On pouvait donc commencer à entrevoir un retour à la normale. Au lieu d’évacuer le problème des assignats par une pirouette, comme en janvier, le rapporteur lui consacra une place importante dans son plan sur « les divers moyens d’améliorer les Finances publiques ». Ces « divers moyens » prirent la forme de seize projets de décret, que l’on peut regrouper sous trois rubriques :
1° Le rétablissement d’un cours normal de la monnaie et des échanges par le rétablissement de la circulation métallique et la fin du cours forcé de l’assignat complétés par des mesures complémentaires : fixation, sous la surveillance du gouvernement, du cours légal de l’assignat en marc d’argent ; réouverture de la Bourse de Paris ; vente des biens nationaux sur le pied du marc d’argent ; paiement des baux et service des rentes en valeur nominale des assignats. L’Etat lui-même restituerait les biens confisqués des condamnés des tribunaux révolutionnaires, en revanche la confiscation des biens des émigrés serait solennellement confirmée et même immédiatement aliénés par voie de loterie pour enlever tout espoir de restitution.
2° La résorption de la circulation des assignats qui ne seraient désormais plus acceptés qu’à la valeur de leur cours, ce qui permettait à la République de faire d’une pierre deux coups dans la vente des biens nationaux : en recevant des assignats au cours, elle en recevrait beaucoup, ce qui lui permettrait d’en diminuer la masse et les acquéreurs de biens nationaux seraient intéressés au relèvement du cours des assignats, de manière à en donner moins. Sur cette base, JOHANNOT proposait le plan suivant : si les biens nationaux représentaient une valeur totale de 17 milliards et que sur les dix milliards d’assignats émis, il en restait 7 milliards ½ en circulation, on pourrait encore créer environ 3 milliards d’assignats avant d’en arrêter la fabrication. En déduisant les 10 milliards nécessaires à la garantie des assignats mis en circulation, il resterait encore 7 milliards de biens libres de toute hypothèque et susceptible de soutenir un système de crédit sous la forme d’une Caisse hypothécaire, qui jouerait tout à la fois le rôle de banque d’émission et de banque de crédit hypothécaire, tant pour les particuliers que pour l’Etat. L’instrument de ce crédit serait la « cédule hypothécaire », billet de reconnaissance de dette avec promesse de remboursement garantie par affectation hypothécaire de biens immobiliers. Afin de hâter le retour des assignats, ceux-ci seraient acceptés jusqu’au 1er Vendémiaire an IV-22 septembre 1795 trois-quarts au cours, un quart valeur nominale puis le tout au cours. Les cédules seraient acceptées en paiement des biens nationaux. Le succès de l’opération était subordonné à sa rapidité et à la confiance que le public accorderait à ces cédules. Un tel système visait en fait à revenir à la conception originelle de l’assignat comme titre de créance hypothécaire et non comme monnaie.
3° La réduction des dépenses publiques, en particulier du nombre des salariés de l’Etat, et la poursuite de la rentrée des avances faites aux collectivités locales et aux entreprises privées.
Le rapporteur insista sur la cohérence nécessaire de toutes ces mesures qui formaient un tout indissociable mais reposait sur l’évaluation de l’assignat au cours, ce que la gauche jacobine considérait comme une trahison de la Révolution, un crime de lèse-Révolution !
L’Assemblée, divisée et hésitante, se borna finalement à ne reprendre que quelques propositions principalement l’aliénation des biens nationaux par voie de loterie (28 Germinal), l’autorisation du commerce de l’or et de l’argent et la réouverture des Bourses (6 Floréal).
Le rapport du 16 Floréal an III-5 mai 1795 proposait une nouvelle fois mais sous une forme légèrement modifiée les plans précédents mais se heurtait de la même façon aux oppositions de la gauche jacobine qui s’accrochait désespérément à l’idée d’un rétablissement des assignats et de la droite qui osait envisager la démonétisation pure et simple des assignats.
Un nouveau plan fut bien exposé par VERNIER le 23 Floréal, se proposant de diminuer la masse des assignats en circulation à hauteur de 5 milliards et de créer Caisse hypothécaire analogue à celle qu’avait proposée JOHANNOT, mais la Convention ne vota que la seule démonétisation des assignats à face royale.
Trois jours plus tard, ce fut l’émeute du 1er Prairial-20 mai 1795 et la Convention, toute occupée à traiter la crise politique, renonça à remédier à la crise financière pour se consacrer à l’élaboration de la Constitution. Désireuse de léguer ce dossier explosif au gouvernement qui lui succéderait, elle préféra laisser aux Comités de Salut Public et des Finances la responsabilité des émissions d’assignats qui connurent au cours de l’été et de l’automne 1795 une inflation délirante et incontrôlée.
Aprés la députation
Profitant de la loi qui imposait l’élection des deux tiers des députés des Assemblées du Directoire parmi les anciens conventionnels, JOHANNOT fut réélu le 22 Vendémiaire an IV député du Haut-Rhin et siégea au Conseil des Anciens. Spécialisé dans les questions financières, il fit encore quelques rapports ou émit des opinions (sur le tarif des douanes le 18 Thermidor an IV-6 août 1796, sur les marchandises anglaises les 4 et 21 Pluviôse an V-23 janvier et 9 février 1797, sur les créances détenues par des créanciers ou fournisseurs de la République le 3 Ventôse an V-22 février 1797, sur la vente de maisons contre des inscriptions au Grand Livre le 9 Germinal an V-28 mars 1797), et fut élu secrétaire du Conseil des Anciens le 1er Messidor an IV-19 juillet 1796. Sorti du Conseil des Anciens le 20 mai 1797, il quitta définitivement la vie politique.
Il s’installa à Vaucresson dont il fut maire de Vaucresson d’octobre 1799 à novembre 1810. C’est en 1797 que JOHANNOT se lia d’affaires à Michel SIMONS, ancien associé de la banque GREFFULHE, MONTZ et Cie reconverti dans les marchés de fournitures aux armées et dans les spéculations immobilières sur les biens nationaux. Il devient son associé dans la Compagnie formée par PAULEE pour conserver ses biens acquis en Belgique comme dans la maison SIMONS Frères fondée à Anvers le 1er janvier 1803 dont il est un des commanditaires.
Pendant les Cent Jours, JOHANNOT a sans doute adhéré au régime impérial, puisqu’il est tombé sous le coup de la loi du 12 janvier 1816 qui excluait du bénéfice de l’amnistie les anciens conventionnels régicides qui avaient fait allégeance à Napoléon lors de son retour. Il se retira dans sa propriété d’Echandens, dans le canton de Vaud, et bien qu’autorisé à rentrer en France en juin 1818, il n’usa pas de cette liberté et finit sa vie en Suisse, tandis que son fils poursuivit une brillante carrière à Paris, à la direction générale du mouvement des fonds au ministère des Finances.
Écrits
Jean JOHANNOT n’a rien publié. Ses écrits politiques imprimés (rapports, lettres, avis…) se trouvent dans deux collections, l’une aux Archives Nationales [voir infra], l’autre à la Bibliothèque Nationale [voir le Catalogue des imprimés de la B..N.].
Sources et bibliographie
COUGNY, III 417
ROMAN d’AMAT, XVIII 705-706
KUSCINSKI (A.), Dictionnaire des Conventionnels, 1917.
CHOISY (A.) et DUFOUR-VERNES (L.), Recueil généalogique suisse, t. 2, 1907, p. 300-307.
BUNGENER (Eric), Filiations protestantes, Vol. II, Suisse t. 2, 2002, p. 293-299.
ANTOINE (François), La vente des biens nationaux dans le département de la Dyle, 1997.
BASTID (Paul), Benjamin Constant et sa doctrine, t. I, 1966, p. 41-42.
BURNAND (René), Les JOHANNOT d’Echandens, Revue historique vaudoise, t. LXVI, 1958, p. 177-189.
Archives Nationales
F7 4796 N° 5000, Cartes de sûreté du Comité de Sûreté générale, JOUENNEAUT (René).
Archives Nationales, Minutier central des notaires de Paris
XIX-922, 2 Frimaire an XI-23 novembre 1802, Procuration donnée par Jean-Louis JOHANNOT à Jacques-Antoine ODIER, de Genève, comme préposé des affaires de la société JOHANNOT CARIE JAQUET et Cie, de Paris.
XV-1582, 19 octobre 1810, Vente du terrain de Bercy par Jean JOHANNOT au baron LOUIS.
LIII-815, 27 janvier 1816, Donation de la forêt de La Brenne par Jean JOHANNOT à son fils.
LIII-815, 20 février 1815, Vente de Jardy par Jean JOHANNOT à son fils.
Archives de Paris
D 31 U3 (4) N° 205, Acte de dissolution de la société JOHANNOT, CARIE, JAQUET et Cie, 31 décembre 1808.
D 31 U3 (4) N° 206, Contrat de la société JOHANNOT, CARIE et Cie, 1er janvier 1809.
DQ7 3561, 4 août 1836, Déclaration de la succession de Jean-Louis JOHANNOT, décédé le 2 juillet 1833.
V 10 E 7, Mariage de Jean JOHANNOT et d’Eugénie-Antoinette-Louise DELARODDE, 10 Floréal an VII [La mention de ce registre constitue une énigme : Jean JOHANNOT y est bien mentionné comme veuf de Marie AGUITON, mais sa filiation est fausse. Les parents qui sont mentionnés, Jean-Baptiste JOHANNOT et Marguerite GUIGAL, ne sont pas ses parents, mais un ménage de lointains cousins. Pourquoi a-t-il produit une fausse filiation ?]
Archives d’Etat, République et Canton de Genève (Suisse)
Registres des baptêmes et des mariages, XVIIIe siècle.
Notaire Jacques-Antoine DU ROVERAY, vol. 1, 18 septembre 1772, Contrat de mariage de Jean JOHANNOT et de Jeanne-Etiennette MAYOR.
Notaire Jacques-Antoine DU ROVERAY, vol. 3, 24 août 1776, Contrat de mariage de Jean JOHANNOT et de Marie-Charlotte AGUITON.
Archives Cantonales Vaudoises, Etat de Vaud (Suisse)
DK 65 / 24, 1er juillet 1820, Testament de Jean JOHANNOT.
K XIX 21 / 81, p. 88-112, 1er octobre 1827, Inventaire des biens de Jean JOHANNOT à la suite de son interdiction.
K XIX 21 / 104, p. 330, 19 janvier 1829, Succession de Jean JOHANNOT.
K XIX 21 / 5, p.316-322, 19 janvier 1829, Succession de Jean JOHANNOT.
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Extrait d'une notice publiée dans l'ouvrage :
Les ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire. Dictionnaire biographique - 1790-1814
Tome I
Guy Antonetti
376 p. 40 ¤
2007
ISBN 978-2-11-094805-2
Ce dictionnaire rassemble, en quarante-cinq notices réparties en trois volumes, les biographies très documentées des ministres des Finances, de la Révolution française jusqu’à la fin du Second Empire. Illustrées pour la plupart d’un portrait, enrichies par le dépouillement d’archives jusqu’alors inexploitées, telles que les archives notariales, elles détaillent les précisions recueillies sur la proche famille de chaque ministre, sur son éducation, sur l’histoire de sa fortune familiale et personnelle, et enfin sur sa carrière et sur son rôle dans la gestion supérieure des finances. Toute l’histoire financière de la France à cette époque est évoquée à travers les parcours individuels de chacun de ces ministres.