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Les ministres des Finances de 1790 à 1848 - Page 24

Humann (Jean-Georges)


Date de création
14-08-2007
Date de mise à jour
27-09-2007
Source de l'info
IGPDE
Jean-Georges HUMANN

Né à Strasbourg (Bas-Rhin) le 6 août 1780
Décédé à Paris, au ministère des Finances, le 25 avril 1842

Ministre des Finances du 11 octobre 1832 au 10 novembre 1834, du 18 novembre 1834 au 18 janvier 1836 et du 29 octobre 1840 au 25 avril 1842

Jean-Georges HUMANN

 

Né à Strasbourg (Bas-Rhin) le 6 août 1780

Décédé à Paris, au ministère des Finances, le 25 avril 1842

 

Ministre des Finances du 11 octobre 1832 au 10 novembre 1834, du 18 novembre 1834 au 18 janvier 1836 et du 29 octobre 1840 au 25 avril 1842

 

 

L’action ministérielle

Étant parvenu très jeune à faire une fortune considérable entre 1800 et 1810, Jean-Georges HUMANN devint une personnalité locale en vue en Alsace. Tour à tour membre de la Chambre de commerce de Strasbourg, juge au tribunal de commerce en 1811 et maintenu en 1814, membre de la commission administrative des hospices civils en 1816 et renouvelé en 1821, élu député du Bas-Rhin en 1820, il s’affirma rapidement comme l’une des principales figures parmi les tenants du libéralisme politique et économique, défenseur des intérêts alsaciens. Sur place HUMANN joua un rôle important dans l’approvisionnement en grains lors des disettes de 1812 et de 1816-1817. Il fut également envoyé à Paris dès 1814 comme député de la Chambre de commerce de Strasbourg pour plaider la cause des intérêts économiques alsaciens. HUMANN fut nommé membre du Conseil général du commerce, sous la présidence du ministre de l’Intérieur, CORBIÈRE, l’ami de VILLÈLE, à partir de là il se spécialisa dans les questions financières. Revenu à la Chambre en mai 1828, sa réputation d’expert en matière financière y fut confirmée avec éclat : membre de la Commission du budget, il fut chargé de la fonction de rapporteur du budget de 1830, ce qui constituait une consécration. Ce rôle lui fournit l’occasion de contester les choix du ministre des Finances, le comte ROY, qui fut toujours son adversaire politique et dont il critiquait la gestion financière. Élu député en 1830 et 1831, quatre rapports parlementaires, entre 1830 et 1832, achevèrent de hausser HUMANN au rang d’expert en finances et de le rendre « ministrable ».

Premier ministère (11 octobre 1832-10 novembre 1834) et deuxième ministère (18 novembre 1834-18 janvier 1836)

Le 11 octobre 1832 le roi constitua le ministère « de tous les talents » sous la présidence du maréchal SOULT (Guerre), le cabinet du 11 octobre réunissant le duc de BROGLIE (Affaires étrangères), THIERS (Intérieur) et GUIZOT (Instruction publique). Les Finances furent attribuées à HUMANN, ancien affidé des Doctrinaires et proche des anciens ministres des Finances MOLLIEN et LOUIS affrontant le clan des GAUDIN, CORVETTO et ROY. Avec quelques avatars dans sa composition et une brève interruption de quelques jours en novembre 1834, le ministère du 11 octobre dura jusqu’au début de 1836, mais HUMANN avait dû le quitter en janvier 1836, peu avant que ce ministère ne fût contraint de démissionner en février. HUMANN dirigea donc les Finances pendant plus de trois ans.

 

Lors de la première session de 1833 (19 novembre 1832-25 avril 1833), HUMANN réussit à faire voter la loi de règlement du budget de 1829, le projet de budget pour 1833, une réglementation relative aux dépenses supplémentaires ou extraordinaires ainsi que la loi de règlement du budget de 1830. Au cours de cette session, les représentants s’affrontèrent à propos de plusieurs affaires politico-financières : l’affaire MONTBEL, du nom du dernier ministre des Finances de la Restauration en fuite et non jugé comme ses collègues du gouvernement MARTIGNAC, l’emprunt d’Haïti dont on contesta les conditions de négociations, le butin de l’expédition d’Alger dont le montant était suspect, le prêt au commerce et à l’industrie alloué par la loi du 17 octobre 1830 dont on pouvait douter de son efficacité et de la destination des fonds, la question de la taxation respective du sucre colonial et du sucre produit en métropole, l’affaire KESNER, enfin, qui fut résolue lorsqu’HUMANN fit accepter un compte spécial dans le budget en excédent de 1834.

 

Les débats de la deuxième session de 1833 (26 avril-27 juin 1833) aboutirent aux votes des lois du 10 juin 1833 sur l’amortissement, du 27 juin 1833 sur les grands travaux, à la ratification de la garantie de l’emprunt grec conformément aux dispositions de la convention diplomatique qui reconnaissait l’indépendance de la Grèce, aux votes des crédits (minorés par des amendements) pour la liquidation de l’ancienne Liste civile de Charles X et du projet de budget de 1834

 

Les Chambres eurent à examiner pendant la session de 1834 les termes de la convention d’indemnisation conclue avec les États-Unis pour les pertes subies par ces derniers durant le Blocus continental, les articles de la loi de règlement du budget de 1831, les dispositions de la loi de finance pour 1835 ainsi que le projet de loi relatif à la réglementation des opérations et aux fonds de réserve de la Banque de France finalement adopté le 17 mai 1834.

 

Durant la session de 1835 rouverte le 29 novembre 1834, HUMANN joua un rôle important dans le vote de trois lois (celle du 12 février 1835 sur le monopole des tabacs, celle du 18 avril 1835 sur l’indemnité due aux États-Unis, celle du 5 juin 1835 sur les Caisses d’épargne), plus le vote des lois budgétaires habituelles (règlement du budget de 1832, loi de finance pour 1836) et d’une loi particulière sur l’indemnisation des héritiers de LESURQUES. En revanche il dut retirer son projet de loi sur les retraites des fonctionnaires.

 

Au cours de la session de 1836, le 14 janvier 1836 HUMANN présenta à la Chambre des députés le projet de budget de 1837. Dès le début de son exposé des motifs le ministre provoqua la stupéfaction générale, en annonçant la conversion de la rente 5 % afin d’alléger le poids de la dette. Il prévoyait une conversion à option pour les rentiers : soit conversion en 4 % avec une prime de 1 % pendant huit ans, soit conversion en 3 % avec une prime de 2 % pendant treize ans. Il n’avait jamais caché et avait plusieurs fois déclaré à la tribune que cette conversion nécessaire aurait lieu au moment opportun, mais il n’avait rien dit ni au roi ni à ses collègues ministres de son intention d’en annoncer l’exécution dans la présentation du budget de 1837 ! HUMANN tenait beaucoup à la conversion et il voulait marquer son ministère par un acte important auquel il attacherait son nom.

Le duc de BROGLIE et les autres ministres jugèrent qu’HUMANN avait commis une grave incorrection politique, en violant de manière flagrante le principe de la solidarité ministérielle : ils lui imposèrent sa démission le 18 janvier 1836. L’incident paraissait clos, mais le député GIRAUD, pour relancer le débat, sollicita une prise de position du gouvernement, en lui demandant de dire si la conversion était une mesure avantageuse, et, si elle était inopportune, pourquoi. Agacé, le duc de BROGLIE répliqua qu’il croyait s’être exprimé en termes clairs et catégoriques : « Je vais répéter, dit-il, et nous verrons si les termes sont clairs ou s’ils ne le sont pas. On nous demande s’il est dans l’intention du gouvernement de proposer la mesure. Je réponds : non ! Est-ce clair ? » Cette manière cassante de répondre à un « honorable parlementaire » fut jugée insolente et insultante : elle déchaîna un grondement d’indignation dans l’hémicycle. Se fondant sur l’article 15 de la Charte de 1830, qui avait conféré à la Chambre l’initiative des lois, un député, GOUIN, déposa immédiatement une proposition de conversion, pour forcer le président-duc à en traiter autrement que par un simple « non » cinglant et expéditif. Après renvoi dans les bureaux, la proposition GOUIN vint en débat public, du 4 au 6 février. THIERS fit une intervention remarquée : tout en admettant que la mesure était parfaitement fondée du point de vue juridique, financier et économique, il en contesta l’opportunité du point de vue social, en évoquant le sort des petits rentiers : « mesure atroce » lança-t-il, utilisant déjà en 1836, à propos de la conversion, le qualificatif qu’il emploierait en 1871 à propos de l’impôt sur le revenu.

Le gouvernement demanda donc l’ajournement du débat sur une nouvelle proposition provocatrice de loi de conversion qui fut rejeté par les députés par 194 voix contre 192. Mettant en pratique le principe de la solidarité ministérielle, le duc de BROGLIE et les autres ministres remirent collectivement leur démission au roi. Le ministère ayant démissionné à la suite d’un vote hostile de la Chambre des députés à propos de la conversion de la rente 5 % proposée par HUMANN, la logique parlementaire désignait ce dernier pour être appelé à former le nouveau ministère, puisque la proposition parlementaire n’avait fait que reprendre les arguments du ministre des Finances, et qu’il y avait à la Chambre une majorité pour voter la conversion. Mais HUMANN refusa de se désolidariser de ses collègues et il refusa la présidence du Conseil que le roi lui offrit.

 

Après sa sortie du ministère, HUMANN retourna à Strasbourg. Sa correspondance révèle ses soucis de santé, sa fatigue, son désir de solitude et de recueillement. Il fut nommé pair en octobre 1837 ce qui lui permit de revenir à Paris et en politique. Dans la succession de crises ministérielles qui agitèrent la vie politique en 1839 et 1840 HUMANN se tint en réserve, attendant son heure. Le 20 octobre 1840 Louis-Philippe provoqua la démission de THIERS dont il désapprouvait la politique étrangère belliciste, et il fit appel à SOULT et à GUIZOT, qui reconstituèrent le 29 octobre 1840, avec HUMANN aux Finances, une nouvelle version du ministère du 11 octobre 1832, mais sans THIERS ni BROGLIE, remplacés par DUCHÂTEL à l’Intérieur et GUIZOT aux Affaires étrangères.

Troisième ministère (29 octobre 1840-25 avril 1842)

La situation de HUMANN était particulièrement délicate. THIERS avait été pendant près de quatre ans son collègue dans le ministère du 11 octobre 1832. Or les membres du cabinet THIERS du 1er mars 1840, auxquels succédaient ceux du cabinet SOULT du 29 octobre 1840, ne voulaient pas reconnaître qu’ils avaient gravement obéré les finances, en multipliant les ouvertures de crédits par ordonnances royales, pendant la crise internationale de l’été 1840, et en créant des charges pour les budgets futurs. Immanquablement, chaque fois qu’HUMANN évoquerait ce lourd héritage qu’il avait à assumer, THIERS riposterait avec sa faconde habituelle : ils en arrivèrent parfois à des altercations qui tournèrent à l’incident de séance.

 

Lors de la session de 1841, tout de suite après l’ouverture de la session (5 novembre 1840), et après le vote de l’adresse, acquis par 247 voix contre 161, les députés procédèrent sans difficulté au règlement du budget de 1838, qui fut soldé par un excédent de 14 millions, transportés et affectés au budget de 1839. La loi de règlement fut promulguée dès le 15 janvier 1841. Au cours de cette session, HUMANN eut à traiter quatre dossiers principaux en matière financière : le 7 décembre 1840 il déposa le projet de loi d’homologation des dépenses supplémentaires ou extraordinaires de 1840, puis le 12 décembre 1840 celui pour les mêmes dépenses pour 1841, ainsi que le projet de loi sur les fortifications de Paris. Vint ensuite le projet de budget pour 1842. Quant aux projets de loi de règlement du budget de 1839, déposé le 4 mars 1841, le projet de loi sur les retraites des fonctionnaires, déposé le 18 mars 1841 (qui reprenait dans ses grandes lignes le projet de LACAVE-LAPLAGNE de 1838), et le projet de prorogation du privilège de la Banque de Rouen, déposé le 5 mai 1841, ils ne parvinrent pas au terme de la procédure législative au cours de cette session, et ils furent renvoyés à la session suivante.

Désireux d’éviter la création d’impôts nouveaux ou d’augmenter les impôts existants, HUMANN s’appliqua à améliorer le rendement de ces derniers. Ainsi le droit d’enregistrement sur les transmissions d’offices ne serait plus fixé d’après le montant du cautionnement, mais d’après la valeur réelle de l’office. De même la perception des droits sur les boissons fut rendue plus rigoureuse. Mais ce fut surtout l’opération du recensement qui fut la mesure la plus importante car elle impliquait une nouvelle répartition des contributions personnelle et mobilière et de la contribution des portes et fenêtres et visait une meilleure perception des patentes. Malgré les attaques virulentes de l’opposition, HUMANN resta ministre des Finances, et le recensement fut conduit à son terme. L’affaire du recensement préfigurait la Révolution de 1848. HUMANN fut blessé par l’incompréhension à laquelle il se heurta, et plus particulièrement par le vote du conseil municipal de Strasbourg, défavorable au recensement, mais le vote du conseil général du département du Bas-Rhin, en réélisant son président à l’unanimité, le consola et lui fit renoncer au projet de quitter l’Alsace.

 

À la suite de l’ouverture de la session de 1842 (27 décembre 1841) et de la discussion et du vote de l’adresse, HUMANN présenta le 31 janvier 1842 les trois projets rituels du début de session (règlement du budget de 1839, ratifications des ordonnances de dépenses supplémentaires et extraordinaires de 1841 et 1842, loi de finance pour 1843). Cette session eut également à connaître la question du chemin de fer de Paris à Strasbourg et consacra le double échec du projet d’union douanière franco-belge et de réforme des retraites des fonctionnaires.

 

Le 24 avril 1842 une légère enflure apparut à la joue d’HUMANN. Au chef de service qui s’en inquiétait, il répondit : « Ce n’est rien, mais je sens que je m’en vais. La vie que je mène me fatigue et m’éprouve. Je n’en ai pas pour longtemps. » Le lendemain, à son bureau au ministère, en fin de matinée, il était en train d’écrire « l’avenir du pays est déjà engagé pour 824 millions », quand il s’effondra, foudroyé par une congestion cérébrale, couvrant la page de son sang.

Écrits

HUMANN n’a rien publié. La Bibliothèque nationale conserve une importante collection de discours et de rapports faits à la Chambre des députés ou à la Chambre des pairs.

Sources et bibliographie

Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, N° 5 (Théodore RENOUARD de BUSSIÈRES), N° 6 (Jean-Pierre CARL, Jacques COULAUX), N° 8 (famille HUMANN)

Cercle généalogique d’Alsace, Bulletin N° 10, 1970, pp. 135-140, La famille HUMANN.

 

ARGOUT (comte d’), Éloge funèbre de Jean-Georges HUMANN, pair de France, ministre des Finances, prononcé dans la séance de la Chambre des pairs du 4 juillet 1843.

BOUDON (Jacques-Olivier), Les élites religieuses à l’époque de Napoléon. Dictionnaire des évêques et vicaires généraux du Premier Empire, 2002, p. 169, Jean-Jacques HUMANN.

PONTEIL (Félix), Un type de grand bourgeois sous la monarchie parlementaire, Georges HUMANN 1780-1842, 1977.

Archives nationales, Minutier central des notaires de Paris.

LXVIII-957, 21-22 novembre 1842, Dépôt de la liquidation et du partage SSP du 16 novembre 1842 de la succession de Jean-Georges HUMANN.

Archives départementales du Bas-Rhin à Strasbourg.

7 E 57, 3/39, 3 Pluviôse an XI, Dépôt du contrat de mariage SSP du 5 Fructidor an X, de Jean-Georges HUMANN et de Madeleine-Barbe HEILIGENTHAL.

7 E 57, 10/51, 23 octobre 1809, Partage de la société de Jean-Georges HUMANN et de Jean-Pierre CARL.

7 E 57, 6/60, 25, 30 et 31 décembre 1836, Liquidation de la communauté matrimoniale de Jean-Georges HUMANN et de feue Madeleine-Barbe HEILIGENTHAL.

 


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Extrait d'une notice publiée dans l'ouvrage :

Les ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire. Dictionnaire biographique - 1814-1848

Tome II

Guy Antonetti

624 p. 40 ¤

2007

ISBN 978-2-11-094807-6

 

Ce dictionnaire rassemble, en quarante-cinq notices réparties en trois volumes, les biographies très documentées des ministres des Finances, de la Révolution française jusqu’à la fin du Second Empire. Illustrées pour la plupart d’un portrait, enrichies par le dépouillement d’archives jusqu’alors inexploitées, telles que les archives notariales, elles détaillent les précisions recueillies sur la proche famille de chaque ministre, sur son éducation, sur l’histoire de sa fortune familiale et personnelle, et enfin sur sa carrière et sur son rôle dans la gestion supérieure des finances. Toute l’histoire financière de la France à cette époque est évoquée à travers les parcours individuels de chacun de ces ministres.

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