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Les récits autobiographiques - Page 1

Présentation des concours autobiographiques


Creation Date
08-11-2004
Update time
18-11-2004
Source:
IGPDE
Les concours autobiographiques s'adressent aux retraités de l'administration que le Comité invite à écrire leurs souvenirs, à
« raconter leur vie ». Ils permettent de collecter des récits originaux sur l'histoire des directions du ministère, de constituer un fonds inédit
« d'archives provoquées », complément des sources écrites traditionnelles. Ce sont des actions de longue durée qui mobilisent un chercheur pendant plusieurs années et offrent l'avantage d'atteindre de multiples objectifs en terme de connaissance du passé, de communication et de formation professionnelle. Les documents recueillis sont exploités sous forme de publications.

LES REALISATIONS

 Trois concours autobiographiques ont été organisés par le CHEFF auprès des directions du ministère suivantes : la Comptabilité publique, la direction générale des Impôts, la direction générale des Douanes et des Droits indirects.

 

Le concours Mémoire du Trésor public, lancé en 1993, s'est adressé à 17 000 retraités. 177 d'entre eux s'inscrivirent et, après les neuf mois qui leur avaient été laissés pour rédiger leurs mémoires, 120 manuscrits parvinrent au Comité, ce qui représente 8 200 pages de récits. Le premier prix a été attribué à Blanche Py dont l'ouvrage, Blanche, mémoires d'une employée du Trésor public, fut publié par le Comité en 1995. Le second récit primé, celui de Jean Forgeron, " Mon Trésor, tranches de vie", et le troisième, de Bernard Garet, " Trésor public, un membre de la famille", ont été publiés dans la revue du Comité, Etudes et documents, l'un dans le numéro VII (1995), l'autre dans le numéro VIII (1996).

Un recueil de morceaux choisis a été réalisé à partir des textes recueillis dans le cadre du concours. Il a pour titre Vies de percepteurs, fragments autobiographiques, 1918-1993, morceaux choisis et commentés par Catherine Jumeau. Publié en 2001, cet ouvrage contient un historique de longue durée concernant chacune des attributions des services du Trésor, dont certaines ont récemment disparu (la collecte de l'épargne est beaucoup décrite), une analyse de la manière dont les auteurs se représentent leur pratique professionnelle et une étude complète du développement de la promotion interne et de la genèse de la formation professionnelle, des années vingt aux années quarante. Il est possible de la sorte de mieux comprendre en quoi consiste cette fameuse responsabilité personnelle et pécuniaire des comptables du Trésor, qui est leur fardeau et leur honneur.

 

En 1996, le concours Mémoire des Impôts a été lancé auprès des 32 000 retraités de la DGI (auxquels se sont ajoutés 1 240 agents encore en activité âgés de plus de 60 ans au 1er janvier 1996). 303 candidats s'inscrivirent et le Comité reçut 177 manuscrits soit 11 500 pages de récits. Remis le 28 avril 1998 dans le cadre de la commémoration du cinquantième anniversaire de la DGI (décret du 16 avril 1948), le premier prix a été attribué à Yvonne Mathé pour son ouvrage, La longue marche d'une auxiliaire des Impôts, publié par le Comité en avril 1998 dans la série Mémoire. Le deuxième prix a été remis à Maryse Bellini-Faliguerho dont le récit,  "Integrazione... pour un Code général" est paru dans le numéro XI de la revue Etudes et documents (1999) ; le troisième prix a été décerné à Louis Menuet pour son  "Récit autobiographique de 1930 à 1995", paru dans Etudes et documents, XII (2000).

Le recueil de morceaux choisis composé à l'issue du concours autobiographique s'intitule Hommes et femmes des Impôts, récits autobiographiques, 1920-1990, morceaux choisis et commentés par Jean-François Costes. Ce livre sortira à la fin du mois de novembre. Retraçant l'évolution des services fiscaux de 1920 à 1990, il montre comment les agents des Impôts ont dû faire face et s'adapter à une réforme administrative d'une ampleur considérable, rendue nécessaire par le changement du système fiscal : la longue transformation des trois anciennes régies financières (Enregistrement, Contributions directes, Contributions indirectes) en une seule administration, la direction générale des Impôts. Les récits présentés, commentés et replacés dans leur contexte historique, font revivre la grande variété des métiers exercés au sein de l'administration fiscale qui n'est plus cette entité abstraite souvent méconnue, redoutée ou décriée par le grand public.

 

Le concours Pour la mémoire des Douanes, organisé en 2000, a fait appel aux 9 000 retraités de la DGDDI et a permis de réunir 118 manuscrits sur 302 candidats inscrits, ce qui représente 11 433 pages de récits. Le lauréat est René Drelon ; son livre, Par le cor et la grenade, a été publié par le Comité en mai 2003. Le récit de Guy Lurmin,  "Un périple douanier", qui a obtenu le deuxième prix, paraîtra en décembre 2004 dans le numéro XIII de la revue Etudes et documents ; le troisième récit primé, d'Armand Alleysson,  "Chemin faisant", sera dans le numéro XIV. Le recueil de morceaux choisis est en cours de réalisation.

 

Un concours autobiographique vient aussi d'être lancé auprès des 1 300 retraités de la DGCCRF.

 

Enfin, le CHEFF a participé au concours organisé en 1997 par la Caisse générale de retraite et l'Association pour l'histoire des Caisses d'épargne auprès des 5000 retraités des Caisses d'épargne. Il a apporté son aide à d'autres concours autobiographiques relevant de différents services historiques (La Poste : auprès des anciens receveurs puis des postiers ; ministère de la Défense : auprès des personnels de l'Armement ; SEITA-Altadis : auprès des receveurs buralistes ; à la Sécurité sociale).

 

L'IDEE ORIGINELLE

Au début des années 1990, Florence Descamps est secrétaire scientifique du Comité. Elle tente de répondre à deux demandes institutionnelles, celle de Pierre Bérégovoy qui, en juin 1990, demande au Comité "d'enrichir ce fonds d'archives orales d'un volet concernant l'histoire interne de notre ministère" et celle de la Comptabilité publique qui s'apprête à fêter l'anniversaire du décret de 1962. Il s'agit désormais de recueillir les souvenirs de populations nombreuses et diversifiées, tant géographiquement que hiérarchiquement. Les moyens humains et matériels du Comité n'y peuvent suffire. Comment faire ?

 C'est alors que naît l'idée, inspirée du modèle de Jacques Ozouf et de ses instituteurs de la Belle Epoque, de lancer une collecte de récits de vie auprès des retraités du Trésor public. Le rapport spécifique de ces personnels à l'écrit et à leur passé conduit à préférer le cadre plus ludique d'un concours au questionnement proposé aux instituteurs. Une lettre est adressée en 1993 à chaque retraité, l'invitant à écrire ses souvenirs et, tout particulièrement le récit de sa vie de fonctionnaire. L'invitation prend la forme d'un concours assorti d'un prix financier et de la publication du lauréat. Quant aux textes non primés, ils doivent faire l'objet d'un recueil de morceaux choisis et donner lieu à une recherche universitaire sur l'histoire des services du Trésor.

 

LES OBJECTIFS

 Les concours autobiographiques présentent l'avantage de répondre, en une seule opération, à trois objectifs essentiels d'un service historique.

LA MISSION PATRIMONIALE DE COLLECTE D'ARCHIVES

 

- « Fabriquer » une source : il s'agit d'inciter les anciens d'une institution à rédiger des «récits de vie» ; il s'agit donc de « fabriquer » une source.

- Récits de vie et entretiens oraux :  les points communs avec les archives orales sont évidents : le caractère provoqué de la collecte, la volonté de recueillir des matériaux qualitatifs, le recours à la méthode du récit de carrière, l'inscription dans une histoire du changement administratif et dans une histoire nationale. La grande différence, c'est bien entendu le recours à l'écrit et l'aspect littéraire de l'exercice, puisque la méthode choisie pour inviter les retraités à écrire leurs souvenirs est celle du concours autobiographique avec à la clé la publication du premier prix .

- Intérêt du concours : ce concours n'est qu'un prétexte, un aiguillon, un jeu. La référence aux concours littéraires est délibérée. Elle permet de valoriser la « mise en écriture de soi », elle donne un caractère solennel à cet acte, un prix étant remis dans les locaux de l'institution concernée. Il s'agit aussi de retrouver les récits déjà rédigés, à des fins personnelles ou familiales, par les retraités ou par leurs aïeux : il est apparu en effet que ces textes étaient fréquents.

 

LA COMMUNICATION INTERNE ET EXTERNE

 

- « Donner la parole » : le concours autobiographique cherche à « donner la parole» - même s'il s'agit d'une parole écrite ! - aux anciens acteurs d'une institution.

- « Restituer cette parole » : offrir aux retraités une occasion de s'exprimer ne suffit pas. Il convient ensuite de « restituer » leur récit, c'est-à-dire de le diffuser, de le faire connaître. C'est là un devoir vis à vis de tous les auteurs non primés qui verraient sinon leur effort de mémoire anéanti par un nouvel oubli.

- Communiquer à l'intérieur de l'institution : de tels récits permettent de créer un lien entre la génération des anciens et celle des actifs, les uns transmettant leur expérience, les autres se montrant curieux d'un passé tout récent. Ces témoignages font connaître l'histoire de l'institution, ils renforcent le sentiment d'appartenance à une culture commune.

- Communiquer à l'extérieur de l'institution : de tels récits sont de nature à faire connaître l'institution à l'extérieur d'elle-même, ce qui est bénéfique pour son image.

- Publier sous deux formes complémentaires : il est important que l'édition du ou des lauréats puisse être suivie de l'élaboration d'une anthologie thématique. Il s'agit en effet de remédier à l'injustice, à l'arbitraire, au paradoxe de la sélection. Comment un concours peut-il se dire « autobiographique » ? Chaque récit de vie n'est-il pas également digne d'intérêt ? Les auteurs ont été incités à s'exprimer, il faut que le travail de mémoire de chacun soit utilisé et valorisé.

- Promouvoir les publications : ces deux produits éditoriaux présentent l'avantage d'être attrayants pour un large public et d'atteindre aisément le seuil de rentabilité.

 

LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

 

- Diversité et complexité des méthodes d'exploitation : la richesse du matériau n'a d'égale que la difficulté de l'interpréter. Les conditions de production de la source influent sur son contenu et les modes d'interprétation peuvent se décliner selon toutes les disciplines des sciences humaines.

- L'histoire des directions du ministère : notre comité a choisi la voie d'une histoire plutôt organisationnelle, économique et financière. Les récits recueillis s'inscrivent en effet dans une évolution de longue durée, celle de l'Etat et de ses finances, dont la connaissance est indispensable à leur compréhension. Ils s'inscrivent aussi dans une histoire des directions concernées du ministère, actuellement mise en chantier, notamment par les chercheurs responsables des concours autobiographiques.

- Les anthologies : au-delà de leur objectif premier de communication, elles constituent déjà une première exploitation. Elles traitent de la formation des anciens fonctionnaires, de leur pratique professionnelle et des conditions d'exercice de leur métier. Pour comprendre et faire comprendre au public les témoignages des auteurs, il a fallu les commenter et pour cela, inventorier la bibliographie et les diverses sources puis entreprendre leur étude.

- Les thèses : la source collectée permet enfin de dégager de nouveaux axes de recherches et de réaliser des travaux scientifiques dans le cadre de thèses, portant sur l'administration concernée ou ses personnels.

 

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